«C’est la première fois depuis 1950 que l’on s’ouvre un nouveau continent», se félicite Benoit Bazin, le directeur général de Saint-Gobain. Avec l’acquisition, prévue pour être finalisée au second semestre 2024, de l’australien CSR, le groupe français va décupler une présence jusque-là discrète en Australie.
Ce marché ne représente aujourd’hui qu’un chiffre d’affaires de l’ordre de 100 millions d’euros, avec une empreinte industrielle limitée à «trois petites usines», selon Benoit Bazin, qui ne recense que 200 collaborateurs sur ce territoire. Leader local des matériaux de construction légère, CSR enregistre des ventes annuelles d’environ 1,2 milliard d’euros, générées à 95% en Australie et 5% en Nouvelle-Zélande. L'entreprise compte 2500 salariés, et détient 30 usines dans le pays ainsi que 120 plateformes logistiques.
Saint-Gobain s’empare d’un leader dynamique sur un marché australien en plein essor
Saint-Gobain déboursera 2,7 milliards d’euros pour s’emparer de CSR. Un prix important que le groupe français justifie à la fois par le dynamisme de sa cible et celui du marché local. Ces dix dernières années, CSR a affiché une croissance moyenne annuelle de près de 7% de ses ventes, et de plus de 12% de son Ebitda. La marge d’Ebitda atteint ainsi aujourd’hui 17,7%. Numéro 1 en Australie de la plaque de plâtre, de l’isolation, des éléments de toiture ou des solutions de façade, CSR est spécialisé dans l'enveloppe du bâtiment résidentiel et non-résidentiel, avec des solutions intérieures et extérieures, comme Saint-Gobain. En outre, 92% des ventes concernent le marché de la construction neuve, en plein essor en Australie. «C’est un marché très attractif en raison d’une tendance démographique forte qui représente trois fois la croissance moyenne de la population des pays de l’OCDE», avec «400 000 immigrés par an pour près de 27 millions d’habitants», a commenté Benoit Bazin lors d’une conférence de presse en ligne le 26 février, jour de l’annonce de l’opération. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs déployé de grands fonds d’aides pour accompagner l’essor des besoins d’habitation, estimés à 1,2 million de nouveaux logements d’ici à cinq ans.
Deux activités de CSR, dans le foncier et l’aluminium que Saint-Gobain «monétisera»
Financièrement, Saint-Gobain estime que l’opération permettrait de dégager des synergies de 60 millions de dollars australiens (un peu plus de 36 millions d’euros) par an sous trois ans, essentiellement à travers des synergies de coûts. Pour alléger l’effort d’acquisition, le groupe français compte également «monétiser» deux autres petites activités de CSR qui ne sont pas destinées à rester dans le périmètre. D’une part, l’acteur australien détient du foncier, comme des anciens sites, carrières et bâtiments industriels, qu’il réhabilite et revend. Saint-Gobain espère tirer 800 millions d’euros de la vente de ce foncier dans les trois ans qui viennent. La seconde activité porte sur une participation de 25%, aux côtés du géant minier Rio Tinto qui en détient 75%, dans une coentreprise spécialisée dans l’aluminium. Benoit Bazin estime que le groupe «explorera plusieurs options pour cette activité qui n’est pas au cœur de notre business», et qui ne sera d’ailleurs pas consolidée dans les comptes de Saint-Gobain.
En plus de payer un prix jugé attractif pour les actionnaires actuels de CSR, Saint-Gobain entend apporter à sa cible «ses meilleures pratiques industrielles, en matière de consommation de matière, de vitesse de lignes, de consommation énergétique, de digital», décrit Benoit Bazin. Il évoque aussi pour certaines usines de CSR des saturations actuelles de capacités, assurant que Saint-Gobain a «déjà des idées de dégoulottages ne nécessitant pas de gigantesques investissements». Le groupe entend aussi apporter des solutions pour plus de durabilité, en s’appuyant sur ces récentes développements dans la laine de verre avec des matériaux recyclés ou encore la production bas carbone de plaques de plâtre. Benoit Bazin est ainsi convaincu que l’acquisition de CSR est très stratégique et présente un «alignement parfait» avec l’ambition de Saint-Gobain «de devenir un leader mondial de la construction durable».



