C’est un bout de désert peuplé d’installations industrielles, quadrillé de routes un peu mornes, sans arbre, où défilent camions et semi-remorques. Au sud d’Abu Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, la vaste zone industrielle est écrasée par un incessant soleil, avec des températures hivernales proches de 30°C. «Il fait frais en ce moment», sourit un ouvrier en pause en ce début décembre, avant de retourner à ses activités dans l’usine Weber. Héritée de la reprise du groupe libanais Sodamco en 2009, cette usine de mortiers se déploie sur 25 000 m², avec deux bâtiments productifs principaux, le premier pour la formulation et le remplissage en sacs de prémélanges, automatisé, le second pour les formulations et les adjuvants liquides, où le remplissage s’effectue encore manuellement.
Entre les deux s’étend une grande étendue de stockage qui ne contient pourtant l’équivalent que d’une journée de production, avec un ballet incessant de camions, témoignage de l’effervescence de l’activité. A Abu Dhabi, cette usine (98 salariés) Weber est l’un des 46 sites que dénombre Saint-Gobain au Moyen-Orient et le sud de la Méditerranée, une zone qui s’étend de la Turquie à l’Arabie saoudite, de l’Egypte à Oman. Et une région stratégique pour le groupe français, qui y enregistre une forte croissance.
Au Moyen-Orient, Saint-Gobain a doublé ses ventes en deux ans
Début décembre 2023, lors d’une tournée dans la région et une participation à la COP 28, Benoit Bazin, le directeur général, expliquait que le groupe dépensait environ 4% de son chiffre d’affaires annuel en investissements industriels et acquisitions mais qu’au Moyen-Orient «on dépense plus de 10%. Ce qui n’est pas choquant dans une zone qui croît entre 8% et 10% par an». Dans cette région qui comprend aussi le Qatar, la Jordanie, le Liban et le Koweït, et où officient 3 500 salariés de Saint-Gobain, le groupe génère environ 2% de son chiffre d’affaires mondial, établi en 2022 à 51,2 milliards d’euros. Ici, Benoit Bazin vise à l’horizon 2030 des ventes régionales de l’ordre de 1,5 milliard d’euros, grâce à «une croissance à deux chiffres». «Nous avons déjà multiplié nos ventes par deux en cinq ans, et nous voulons tripler dans les 6 ans», ajoute Hady Nassif, directeur général de Saint-Gobain pour la région Méditerranée de l’Est et Moyen-Orient.
Le groupe est implanté dans la région depuis 40 ans avec comme premier marché, au début des années 1980, celui des canalisations en fonte ductile de Saint-Gobain Pont-à-Mousson (PAM). Le tissage du réseau industriel s’est fait doucement, entre de petites implantations qui se sont graduellement renforcées ainsi que par acquisitions. «Les investissements du groupe se répartissent aujourd’hui environ à parts égales entre les capex et les fusion-acquisitions», indique Thierry Fournier, directeur général Europe du Sud, Moyen-Orient et Afrique. Précisant que la croissance organique est de mise car «nous avons atteint une taille critique dans la plupart de ces pays». Les acquisitions sont privilégiées «quand il nous manque un métier dans un pays par exemple». Mi-novembre, Saint-Gobain a ainsi repris le groupe Izomak Industries en Arabie saoudite, spécialiste des produits d’étanchéité, complétant la présence industrielle locale du groupe où il disposait de trois usines pour l’isolation et les mortiers.
Aux Emirats, seulement 10% de la production de plaques de plâtre de Saint-Gobain part à l'export
Aux Emirats arabes unis, Saint-Gobain recense cinq usines, dont trois pour les mortiers, une de sa filiale Chryso pour la chimie de la construction, et d’un site de plaques de plâtres. Situé un peu plus au nord de l’usine de mortiers dans la zone industrielle d’Abu Dhabi, ce site de 70 salariés de la filiale Gyproc a été bâti en 2010, sur un lot de 70 000 m², dont 23 000 m² pour la production actuellement.
Alimentée depuis une carrière de gypse à Oman, s’étirant sur un peu plus de 200 mètres, l’unique ligne de production dispose d’une capacité de 29 millions de m² de plaques de plâtre, dont 10% est destiné à l’export. Aux Emirats, les projets de très grande envergure ne manquent pas, entre l’île artificielle de Jubail et le musée Guggenheim à Abu Dhabi, ou le casino Wynn dans la bouillonnante Dubaï, à moins de deux heures de route. Si le marché local de la rénovation existe, en partie pour répondre à l’évolution des normes du bâtiment, Saint-Gobain est avant tout positionné au Moyen-Orient dans la construction neuve.
Le Moyen-Orient en pleine croissance pour la construction, avec des standards plus durables
«Le bâti neuf représente ici plus de 90% de l’activité de construction, ce qui est une chance exceptionnelle pour construire des bâtiments à haute valeur énergétique dès le départ», se satisfait Thierry Fournier. Hady Nassif pointe la «croissance extrêmement importante de l’Arabie saoudite avec la dé-pétrolisation du pays et le plan Vision 2030», et également le dynamisme de l’Egypte, où la «croissance démographique de 2 à 3% par an nécessite de construire pour combler le déficit de logements. Actuellement il y a 37 nouvelles villes à construire dans le pays».
Sur place, les usines de vitrage et de plaques de plâtre de l’industriel français tournent à plein régime. Présent dans des pays épargnés par les conflits, Saint-Gobain nourrit toutefois certaines ambitions sur de nouveaux territoires, comme l’Irak, décrit par Thierry Fournier comme un «gros gisement futur» pour les activités du groupe. Hady Nassif souligne par ailleurs que dans cette région les «pays se rendent compte de l’importance de construire de manière plus durable. La durabilité, ce n’est pas qu’en Europe de l’Ouest, cela prend très vite dans le Golfe, les standards constructifs évoluent vers moins de carbone embarqué».
En cinq ans, Saint-Gobain a réduit ses émissions de CO2 de 14% au Moyen-Orient
En parallèle de la fourniture locale de matériaux plus durables pour la construction, Saint-Gobain se mobilise aussi pour limiter son impact environnemental. L’usine Gyproc d’Abu Dhabi s’est par exemple dotée d’une unité de recyclage de plaques de plâtre. Depuis 2014, plus de 22 000 tonnes ont été recyclées, et l’usine peut incorporer aujourd’hui entre 10% et 12% de matériaux recyclés dans ses productions. Le site sera par ailleurs entièrement alimentée en électricité d’origine nucléaire à partir de 2024.
Dans l’usine Weber, diverses initiatives ont été engagées ces dernières années pour réduire les émissions de CO2 de scope 1 et 2, comme le remplacement des chariots élévateurs au diesel par des véhicules électriques, et pour réduire les déchets. Des systèmes ont été installés dans le bâtiment des mortiers pour récupérer les poussières du concasseur de matières et des unités de remplissage en sacs pour les réinjecter dans le flux des matières premières, et adapter les formulations. En quatre ans, le volume de déchets a ainsi été réduit de 4 375 tonnes, et, rien qu’en 2022, l’usine a diminué de 9 600 tonnes son utilisation de matières vierges.
Engagé pour la neutralité carbone en 2050, Saint-Gobain a réduit, dans la région entre 2017 et 2023, de 14% ses émissions de CO2 de scope 1 et 2, de 78% ses déchets non valorisés, et consomme 10% de moins d’eau. Et ce malgré la croissance de ses activités.



