Comme attendu, Emmanuel Macron a officialisé vendredi 12 mai l’arrivée dans les Hauts-de-France d’une quatrième gigafactory, celle du taïwanais ProLogium. Spécialiste de la technologie des batteries tout-solide, la société amorce son déploiement international et «annonce 5,2 milliards d’euros d’investissement sur Dunkerque, ce qui va permettre de construire une immense usine de batteries électriques et de créer 3000 emplois», a déclaré le président de la République devant un parterre de salariés réunis au sein de l’entreprise Aluminium Dunkerque, qu’il visitait dans le cadre de son offensive industrielle entamée jeudi 11 mai.
Il aura fallu un peu moins d’un an, depuis la première rencontre le 11 juillet 2022 entre Emmanuel Macron et Vincent Yang, le PDG de ProLogium, pour aboutir à cette importante décision d’investissement. «Une première illustration» de la réindustrialisation tant souhaitée de la France, et en particulier de la région Hauts-de-France qui souhaite l’émergence sur son territoire d’une «vallée européenne de la batterie». «Nous envisageons une implantation en profondeur en Europe», assure à L’Usine Nouvelle Gilles Normand, vice-président exécutif de ProLogium, en charge du développement international. Ce Français, qui a officié au sein du groupe Renault une grande partie de sa carrière avant de rejoindre ProLogium en mars 2022, assure que le choix de l’entreprise de pénétrer d’abord le marché européen via une implantation en France a été pris pour de bonnes raisons. Et pas seulement parce que «Vincent (Yang) s’y est senti mieux reçu et soutenu».
Un environnement propice
D’abord, il y a le coût de l’énergie. Grâce aux efforts d'aménagement du réseau électrique consentis et à venir par RTE, «nous allons avoir accès à une électricité décarbonée à un coût compétitif, grâce à la centrale nucléaire de Gravelines, le futur parc éolien offshore et une centrale photovoltaïque», détaille Gilles Normand, qui précise que ce critère est aujourd'hui capital en raison des cahiers des charges des constructeurs automobiles, qui s’intéressent désormais au bilan énergétique en CO2/kWh des usines de production de batteries.
Deuxième raison : l’attractivité des Hauts-de-France, où «un vrai écosystème se développe et va permettre de créer un effet de masse qui va bénéficier aux universités, centres de recherche et acteurs du secteur de la cathode», détaille Gilles Normand, qui insiste sur la proximité de Dunkerque (et son port) avec les usines des futurs clients potentiels de ProLogium, dont certains pourraient être situés outre-Rhin. L’Allemagne qui n’a pas réussi à faire tomber ProLogium dans son escarcelle en raison de son électricité certes plus chère mais surtout plus carbonée, ainsi que par son manque de terrains industriels disponibles.
Dunkerque a plusieurs atouts dans sa manche
C’est en effet là encore l’un des atouts de Dunkerque, ce qu’Emmanuel Macron a résumé lors de son allocution vendredi après-midi : «Il y avait un bon terrain de départ avec un port - qui marche bien -, de l’énergie, on a bien préparé les friches industrielles. On a bien su les faire pivoter. Et il y a eu une très bonne dynamique collective et coopération entre les acteurs».
L’arrivée prochaine de ProLogium sur le continent est également une bonne nouvelle pour l’Europe, qui démontre rester attractive malgré un secteur automobile chinois très dynamique et des milliards de dollars de subventions débloqués aux Etats-Unis. ProLogium ne cache pas que la «base industrielle solide» et l’écosystème automobile existant sur le sol européen ont aussi motivé sa décision. Sans doute aussi l’Europe est-elle moins fermée sur elle-même et davantage «neutre» d’un point de vue politique et économique que n’ont pu l’être les Etats-Unis ces dernières années, souffle-t-on en coulisse.



