La France reste la première terre d'accueil des investissements étrangers en Europe, selon le baromètre annuel dévoilé par EY ce 10 mai... Mais rien ne dit que ce leadership va perdurer. La concurrence internationale n'a jamais été aussi féroce pour capter les investissements liés à la décarbonation : l'Inflation reduction act américain (et ses généreuses subventions) fait office d'aimant à projets. Et au sein de l'Europe, plusieurs pays se battent pour attirer les gigafactories de batteries, les méga-usines liées à la révolution hydrogène ou les gros projets d'implantations dans l'électronique. La France a donc du pain sur la planche pour maintenir son rang et se réindustrialiser.
C'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron présente des mesures «réglementaires, législatives et financières» ce jeudi 11 mai à l'Elysée pour donner un coup d'accélérateur à la réindustrialisation tricolore. Plusieurs de ces coups de pouce sont en fait contenus dans la loi «industrie verte», présentée en conseil des ministres le 16 mai prochain.
Ce qu'il faut retenir
- Après une table ronde introductive, Emmanuel Macron commence par dresser deux constats «sans appel» en matière d'industrie. «La France s'est davantage désindustrialisée que les autres pays en Europe», estime-t-il en préambule. «Depuis la fin 2000 jusqu'à début 2017, nous avons perdu chaque trimestre des emplois industriels». La France a détruit 1 million d'emplois industriels et fermé 600 usines au total durant cette période, détaille-t-il. Pendant ce temps, le monde a été confronté à un «mouvement d'accélération très fort», avec des défis majeurs (climatiques, technologiques, géopolitiques) qui justifient de «se doter d'une politique de réindustrialisation décarbonée cohérente».
- «Réindustrialiser est le seul moyen de recréer des projets et des emplois dans tout le pays», déclare le président, qui assure s'y être attelé dès 2017. Il dresse le bilan de six années de politique économique et assure avoir recueilli de premiers résultats. «800 projets de localisation ou de relocalisation ont été relancés», cite-t-il en exemple. Autres chiffrés-clés avancés par le président, qui avaient déjà été distillés par l'Elysée en amont de cet événement : 90 000 emplois industriels recréés depuis 2017, un solde positif de création de 300 usines. Le mouvement va se poursuivre, promet le locataire de l'Elysée : la production de semi-conducteurs va être doublée, et la France va relocaliser des médicaments stratégiques. Des succès sont aussi enregistrés dans l'hydrogène et les matières premières, avec un projet de mine dans l'Allier. La dynamique engagée avec le plan «France 2030» va être accélérée.
- Avant de passer au coeur du projet de loi «industrie verte», dont la présentation en conseil des ministres est prévue le 16 mai, et à sa raison d'être («L'industrie verte de 2030 devra être décarbonée, respectueuse de la biodiversité, numérisée et transformée»), le président promet de la stabilité en matière macro-économique : la baisse de la CVAE est confirmée. Il veut assurer aux industriels un accès à une électricité décarbonée «à des prix compétitifs». Le gouvernement va aussi poursuivre sa politique d'adaptation des compétences pour répondre aux besoins de l'industrie : Emmanuel Macron évoque notamment la réforme du lycée professionnel présentée une semaine plus tôt. 15 000 nouvelles places de formation aux métiers de l'industrie seront ouvertes dès la rentrée 2023. 700 millions d'euros seront engagés pour faire évoluer la carte des formations à tous les niveaux. L'académie de la batterie dans le Nord est citée en exemple.
- Le programme Territoires d'industrie va être relancé et 100 millions d'euros y seront investis dès 2023. La carte des territoires concernés va évoluer.
- Pour «accélérer les implantations industrielles», il ne suffit pas de proposer des milliards à des industriels, mais il faut «aller plus vite», assène Emmanuel Macron. «C'est une question de rythme», tranche le président. Les délais «réels» sur les implantations industrielles atteignent 17 à 18 mois. «On les a déjà beaucoup réduits», se félicite Emmanuel Macron. «On doit les amener à neuf mois garantis», c'est l'objectif central du projet de loi «industrie verte». «C'est possible en mettant en parallèle toutes les procédures, plutôt qu'en les menant bout-à-bout», ajoute-t-il. «Cela doit éviter les recours abusifs basés sur l'inefficacité de nos procédures». Pour des projets majeurs d'intérêt national (soumis à la concurrence d'autres pays), une procédure exceptionnelle permettra d'aller encore plus vite.
- Autre source d'accélération : les friches. «On peut faire de la réindustrialisation, de la non-artificialisation et de l'hyper accélération "en même temps" en dépolluant les friches industrielles et en mettant à disposition des sites prêts à l'emploi», estime le président. Un milliard d'euros sera investi par la Banque des territoires pour ce projet. Une stratégie nationale dédiée à la gestion du foncier industriel va être bâtie avec les collectivités territoriales.
- Côté financements, la loi «industrie verte» va décliner en France ce que les textes européens permettent de faire. Un crédit d'impôt «industrie verte» va être créé pour des technologies comme les batteries, pompes à chaleur, éoliennes, panneaux solaires... Cela doit générer 20 milliards d'euros d'investissements d'ici à 2030. Les aides à la décarbonation des PME et ETI vont être simplifiées et rendues «plus lisibles». Le levier de l'épargne privée sera également activé. «Ce cadre de financement doit nous permettre de rivaliser avec l'IRA américain», veut croire Emmanuel Macron.
- En matière de doctrine économique, «il faut de la cohérence et assumer le fait que l'on veut produire vert sur notre sol». La France pousse vers l'adoption d'un «carbone score» au niveau européen. «Il faut cibler nos aides et politiques d'achat sur ce qui est bon pour le climat», ajoute le président, appelant à ne pas répéter les erreurs commises sur le photovoltaïque. «Nous serons le premier pays européen à réformer les critères d'attribution du bonus automobile, dès le projet de loi, pour mieux prendre en compte l'empreinte carbone de la production du véhicule», annonce-t-il. Cela revient à flécher les aides vers les véhicules et les batteries produits en Europe. Une «petite révolution», selon le président, qui doit entrer en vigueur avant la fin de l'année. Plus largement, des critères environnementaux seront ajoutés sur les marchés publics les plus critiques dès juillet 2024.



