De nouveaux ciments, destinés à la préparation de béton, mortier et coulis, présentant une empreinte carbone réduite de 35% par rapport aux produits actuels et de 50% par rapport à un ciment Portland CEM-I, devraient prochainement faire leur apparition sur le marché. Les ciments CEM II/C-M et CEM VI font désormais l’objet d’une norme, la NF EN 197-5, publiée le 1er octobre. Ces produits ne pourront toutefois être commercialisés que par pays (ici, en France) et ne pourront pas traverser l’Europe, faute de marquage CE.
« Au cours du processus de normalisation de ces ciments qui a commencé en 2015, il y a eu un certain nombre de lenteurs qui ont abouti, par la Commission européenne, à un gel du règlement Produits de construction », regrette Laurent Izoret, directeur délégué Produits applications et recherches du Syndicat français de l’industrie cimentière (SFIC), directeur du Bureau de normalisation des liants hydrauliques et président du comité technique de normalisation européen des ciments CEN TC-51.
Pour résoudre cet écueil, choix a été fait de produire une norme non-harmonisée, qui ne donne pas accès au marquage CE. Les experts du comité européen de normalisation ont donc proposé d’assortir leur norme de l’incorporation de celle-ci dans chaque collection nationale - en France, l’Association française de normalisation (Afnor). Dans chaque pays de l’Union européenne, les mêmes produits pourront être fabriqués et mis sur le marché en France, mais pas exportés. Tous les pays européens se sont engagés, à l’unanimité. Malgré le Brexit, le Royaume-Uni reste membre du comité de normalisation européen.
Des compositions au choix
Les nouvelles formulations ambitionnent de correspondre aux objectifs « verts » de l’industrie cimentière (-80% de CO2 entre 2015 et 2050). « Nous sommes partis du principe que l’empreinte environnementale du ciment est liée à celle du clinker. Pour les ciments courants, il fallait savoir comment descendre sous la barre des 65% », poursuit Laurent Izoret. Le clinker est le produit de la cuisson des constituants du ciment à la sortie du four, avant broyage. Les travaux ont commencé en 2006 entre les acteurs cimentiers européens. Après avoir envisagé des mélanges clinker-laitier-calcaire, ils ont travaillé sur des mélanges clinker-pouzzolanes-calcaire, puis sur le moyen de remplacer le calcaire par des cendres volantes.
Les ciments CEM II/C-M incorporent de 64 à 50% de clinker, en y ajoutant du laitier, de la fumée de silice, des pouzzolanes naturelles ou calcinées, des cendres volantes ou du calcaire. « Nous avons affaire à des ciments ternaires avec le clinker et deux autres composants, au choix. Avec ce type de composition, nous pouvons avoir accès à des ciments les plus prometteurs en termes de performance mécanique », explique Laurent Izoret. Leur durabilité est accrue, avec moins de sensibilité aux agressions extérieures.
Les CEM VI sont « plus limités » en termes de composition (laitier-pouzzolane, laitier-cendres ou laitier-calcaire) : 35% à 49% de clinker, 31% à 59% de laitier et 6% à 20% de pouzzolane naturelle, de cendres siliceuses ou de calcaire. En France, des demandes ont déjà été lancées par des industriels pour certifier de nouveaux ciments, amenés à être disponibles en 2022.
D’autres textes concernés
La révision de la norme béton (NF EN 206/CN) a par ailleurs été anticipée, lors des travaux, afin qu’elle puisse intégrer cette nouvelle norme ciments EN-197-5. Le référentiel de certification NF Liants hydrauliques est également concerné. Le Bureau de normalisation des liants hydrauliques a engagé des travaux au 1er trimestre 2021, pour une publication du nouveau référentiel dans les prochains jours. La question du vocabulaire (« bas carbone », « ultra bas carbone »...) sera également tranchée prochainement.



