A partir de janvier 2022, la nouvelle réglementation RE2020 fera la part belle aux matériaux biosourcés, à commencer par le bois. La stratégie nationale bas-carbone, inscrite dans la loi de transition énergétique pour une croissance verte fixe, elle, des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 49% entre 2015 et 2030, puis une décarbonation complète en 2050 dans le secteur du bâtiment. Pour la production de minéraux non métalliques, la réduction des émissions est de 24% entre 2015 et 2030, et de 85% en 2050. Un contexte qui incite la filière cimentière à accélérer (et mieux faire connaître) ses efforts.
“Le process cimentier est extrêmement émetteur de C02”, rappelle Vincent Pegeot, directeur process et environnement à l’Association technique de l’industrie des liants hydrauliques. En cause, la chaleur nécessaire pour chauffer la matière. Une situation qui n’empêche pas, aujourd’hui, le Syndicat français de l’industrie cimentière de prévoir une baisse des émissions de 24% en 2030 - un chiffre opportunément choisi. Trois leviers seront mis en oeuvre : des gains d’efficacité énergétique (-21 kg de C02 par tonne de ciment), le recours à des combustibles alternatifs (-68 kg de C02 par tonne de ciment) et le développement de ciments à basse teneur en clinker (-71 kg de C02 par tonne de ciment).
Davantage de recours aux combustibles solides de récupération
“Historiquement, l’énergie était apportée par des sources fossiles, avant d’être remplacées par le fioul et, aujourd’hui, pour une part grandissante de combustibles alternatifs, à partir de combustibles solides de récupération (CSR). La cimenterie est un formidable exutoire, avec les résidus de tri des poubelles jaunes”, estime Vincent Pegeot. Utilisés aujourd’hui à hauteur de 43%, les combustibles alternatifs devraient être utilisés à 65% chez les industriels français en 2025, avant une montée en charge à 80% en 2030 et à 85% en 2050.
Ces produits font l’objet de cahiers des charges stricts : si le bois est trop humide, il ne pourra pas être utilisé. Les joints de réfrigérateurs peuvent apporter trop de chlore. Par ailleurs, aujourd’hui, la seule chaleur issue des CSR “n’est pas compétitive par rapport au gaz naturel”. En 2025, les CSR disponibles en France sont estimés à 2,5 millions de tonnes. Les cimentiers devraient en consommer 1 million de tonnes, contre 300 000 à 400 000 tonnes actuellement.
“On parle aussi d’argiles calcinées ou de nouveaux produits qui pourraient être normalisés. On sait produire du clinker avec des énergies différentes, mais il pourrait être nécessaire, dans un futur proche, d’avoir une évolution normative : aujourd’hui, nous ne pouvons pas dépasser un seuil de 40% d’apports énergétiques issus de déchets dangereux”, poursuit le représentant. Le secteur émet entre 5% et 7% des gaz à effet de serre mondiaux, et un peu moins de 3% des émissions françaises.
De nouveaux ciments
Autre levier de décarbonation avancé : améliorer la compacité du béton afin d’en augmenter sa résistance sans ciment supplémentaire. De nouveaux adjuvants sont aussi en cours de développement. Les armatures en acier comptant pour environ 20% de l’empreinte carbone du béton armé, l’augmentation de leurs limites d’élasticité, la réduction de la quantité d’acier ainsi que des recherches sur des armatures composites sont inscrits dans la feuille de route. “La faiblesse du CO2 deviendra une force avec les efforts que nous fournissons pour le capter”, ajoute Vincent Pegeot. Le projet de recherche Fastcarb, consacré à la carbonatation accélérée de granulats de béton recyclé, suit en cours.
Deux nouveaux ciments viennent d’être normalisés, le CEM II-C et le CEM VI. Ils sont élaborés à partir de clinker (le produit de la cuisson des constituants du ciment à la sortie du four, avant broyage), de composés cimentaires (laitiers, cendres ou pouzzolane) et de calcaire. Leur teneur en clinker varie de 50 à 65% pour les CEM II/C-M et de 35 à 50% pour les CEM VI. Un ciment classique CEM-I (aussi appelé Portland) contient au moins 95 % de clinker.
D’autres acteurs ont fait le choix de développer des produits sans clinker, à l’instar d’Hoffmann Green Cement, dont la deuxième usine est en cours de construction à Bournezeau (Vendée). “Ils font beaucoup de communication. Ces liants ne sont pas normalisés. On les appelle «ciment» par facilité. Le travail réalisé s’apparente plus à de la R&D”, tranche Laurent Truchon, directeur délégué bâtiment au Centre d’information sur le ciment et ses applications (Cimbéton). Une situation qui n’empêche pas la start-up de multiplier les signatures de contrat, de travailler avec des acteurs locaux comme les préfabricants Soriba et Cougnaud, et d’avoir déposé, il y a un mois, un second brevet aux Etats-Unis.



