En février 2021, la production de lait bio était en augmentation de 10% par rapport à la même période l'an dernier. Au cours des dernières semaines, cette production a dépassé le seuil symbolique du milliard de litres. "Nous sommes désormais à 1,1 milliard de litres de lait bio produit en France, soit 4,5% de la production de lait" confirme Antoine Auvray, chef de projet économie au CNIEL (Centre National Interprofessionnel de l'Économie Laitière). Si l'engouement des producteurs est certain, celui des consommateurs ralentit. Après des années de croissance à près de 18%, la consommation de lait bio n'a augmenté entre 2019 et 2020 que de 12%.
"Le lait bio n'est clairement pas le grand gagnant des confinements", analyse Samuel Bulot, administrateur de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) en charge du dossier sur le bio. "Au début du confinement, nous notions encore une croissance à deux chiffres mais depuis la fin 2020 il y a une nette baisse" confirme Ludovic Spiers, directeur général d'Agrial, deuxième coopérative laitière française. Ce ralentissement est avant tout dû à un freinage des nouvelles recrues, pour Samuel Bulot: "les adeptes du bio continuent de consommer, mais les nouveaux consommateurs sont moins nombreux".
Explosion des conversions en bio
Problème: cette croissance modérée de la demande se confronte à une forte hausse de l'offre, expliquée par l'augmentation des conversions dans les années 2018-2019. "Dans le bio, il faut deux ans de conversion" rappelle Antoine Auvray. Un délai qui génère un décalage entre les besoins des consommateurs et la réponse des producteurs. D'autant que ces derniers, échaudés par la crise du lait des années 2015-2016, ont été nombreux à voir dans le bio un nouvel eldorado. "Aujourd'hui, le lait bio s'achète entre 45 et 50 centimes le litre, contre 32,5 à 35 pour le lait conventionnel" souligne Samuel Bulot. Résultat, en 2019, l'agence bio notait une augmentation de 10% du nombre d'exploitations laitières en conversion au bio, pour un total de 3241 exploitations déjà converties.
L'industrie veut ralentir les conversions et limiter la production
Face au risque de surproduction engendré par la situation, les industriels n'ont pas hésité à demander à leurs agriculteurs de se maintenir sur le lait conventionnel. C'est notamment le cas d'Agrial: "nous maintenons les conversions en cours mais n'aurons pas de nouvelles conversions en 2021" confirme Ludovic Spiers. Sodiaal, la plus grande coopérative laitière française a opté pour la même stratégie. Biolait, premier acheteur de lait bio de France, a quant à lui demandé à ses producteurs de limiter leur production.
L'objectif est avant tout d'éviter un écroulement des cours du bio ou un déclassement des laits collectés bio vers le conventionnel. "Cela signifie que les laits collectés sont payés au tarif bio mais écoulés sur le marché au tarif conventionnel" précise Antoine Auvray. "Cela va permettre aux industriels d'absorber les nouveaux volumes", ajoute Samuel Bulot. Ces derniers sont d'autant plus importants que, contrairement au lait conventionnel, la production de lait bio est beaucoup plus saisonnière avec un fort afflux au printemps.
Cet arrêt des conversions ne devrait toutefois être que temporaire, le temps de réguler la situation exceptionnelle de 2020: "le secteur n'a pas encore atteint son plateau. Il y a de la marge pour de nouveaux entrants" affirme Samuel Bulot.



