"C'est une année inespérée". Arnaud Degoulet, le président de la coopérative Agrial est soulagé. Avec un chiffre d'affaires de 5,957 milliards d'euros en 2020 en baisse de 2%, la coopérative agricole normande revient de loin. "L'année a été marquée par la crise sanitaire du Covid-19 mais également par les épizooties de pestes porcines et de grippes aviaires ainsi que par les aléas climatiques avec des conséquences sur la collecte de céréales", note le responsable.
La recette des bons résultats d'Agrial ? "La multi-spécialité", explique Ludovic Spiers, le directeur général de la coopérative.
11 productions agricoles
Le groupe, qui compte plus de 22 000 salariés dans le monde, est positionné sur onze productions agricoles différentes, dans quatre filières de valorisation agroalimentaires (lait, viande, fruits et légumes et boissons) et repose sur cinq types de réseaux de distribution. "Nous sommes assis sur de nombreux marchés et de nombreuses filières, cela renforce notre solidité", vante Ludovic Spiers.
En 2021, le groupe a ainsi pu compter sur le boom de la consommation alimentaire dans la grande distribution (GMS) pour compenser le recul des exportations et la perte des débouchés dans la restauration hors domicile. La GMS, en France et à l'étranger représente 49% des ventes de la coopérative. "Ce canal est en croissance de 2% en 2020", précise Arnaud Degoulet. Une hausse soutenue notamment par les marques phares du groupe comme Soignon ou Florette, qui intègre pour la première fois le classement des marques préférées des Français. "Cette année nous a démontré l'importance d'avoir des marques fortes pour résister", analyse Ludovic Spiers.
Le groupe agricole réalise 50% de son chiffre d'affaires via ses propres marques. "Nous avons toujours veillé à cet équilibre de 50 /50 avec les marques distributeurs et cela s'est montré particulièrement pertinent en 2020", ajoute le responsable.
Le succès de la mozzarella
Le segment restauration hors domicile, qui représente 20% du chiffre d'affaires du groupe, a limité la casse en chutant de 17% (contre 33% chez l'ensemble des autres industriels de l'agroalimentaire). "Près de la moitié de notre production de lait, qui représente 2,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, est destinée à la mozzarella. Ce fromage a continué d'être vendu car les pizzerias font partie des restaurants qui ont pu maintenir une activité", détaille Ludovic Spiers
Au-delà de ses performances, le groupe a mis en place, dès le début de la pandémie, un plan d'économies. L'objectif ? Réduire de 40 millions d'euros les charges fixes par rapport au budget. Arnaud Degoulet témoigne: "Cela est passé par exemple par la réduction des déplacements, l'annulation des événements..." Résultat, au global, Agrial affiche un excédent brut d'exploitation à 232,5 millions d'euros. "C'est l'une des meilleurs performances de ces dernières années, notamment grâce à ce plan de réduction de charges", analyse-t-il.
Des projets de croissance externe sur le tapis
Côté investissements, même si le groupe a maintenu un plan de 288 millions d'euros sur la période 2020-2021, il l'a réduit de 60 millions d'euros. "Nous avons toujours des ambitions de croissance externe pour le futur", rassure toutefois Ludovic Spiers. Le secteur du lait est celui qui attire le plus le regard des dirigeants d'Agrial. "Avec la crise, il y a beaucoup d'entreprises à la recherche de nouveaux investisseurs. Beaucoup d'informations nous remontent sur le sujet. Notre bonne santé financière nous permet de regarder ces dossiers avec attention", ajoute le directeur général.
Début avril 2021, la coopérative est d'ailleurs entrée en négociations exclusives pour racheter les Salaisons du Mâconnais, une PME spécialisée dans la charcuterie sèche qui a réalisé un chiffre d’affaires de 33 millions d’euros pour 3 700 tonnes de saucisson sec commercialisées.



