Cette année-là, Claude François rencontrait son public et les laboratoires Gilbert prenaient leur envol. En 1962, Jacques Batteur rachète l’officine parisienne créée au début du siècle par le pharmacien Alexandre Gilbert. Il implante l’entreprise d’abord en Eure-et-Loir, puis à Hérouville-Saint-Clair (Calvados). D’une vingtaine de salariés, les laboratoires Gilbert grimpent à 1000 collaborateurs aujourd’hui, pour 300 millions d’euros de chiffre d’affaires, notamment grâce à leurs solutions salines et à leurs produits de soins et d’hygiène.
«À la fin des années 1960, une génération de pharmaciens, comme Pierre Fabre ou Jacques Servier, s’est lancée dans la production industrielle», retrace Cédric Batteur, le PDG, qui a été directeur général de l’entreprise de 2012 à 2022. Jacques Batteur, le grand-père, développe l’emplâtre Feuille de saule pour traiter les cors au pied, premier produit phare des laboratoires Gilbert. Chaque génération aura ensuite le sien, pour dynamiser la croissance de l’entreprise familiale.
Utiliser l'eau de mer
Laurent Batteur rejoint son père en 1974 et lui succède. «Il y a eu une grande diversification à cette période, avec de forts investissements», commente Cédric Batteur, le fils de Laurent. Un produit va symboliser cet essor : l’unidose stérile. Dans un contexte où le corps médical appelle à plus de sécurité et d’hygiène, la petite dosette en plastique tombe à pic. Les laboratoires Gilbert en fabriquent aujourd’hui 1,3 milliard, ce qui fait de l’entreprise le numéro deux mondial de ce marché.
En parallèle du rachat de nombreuses marques, ils inaugurent en 2008 l’usine Cambridge, dans l’avenue du même nom à Hérouville-Saint-Clair, pour accroître leur production. Elle est agrandie en 2020, «avec de nouvelles machines pour les sprays nasaux, expose Cédric Batteur. Nous avons fait un travail sur l’eau de mer, pour des applications dermatologiques et ORL. Avec les unidoses et les sprays, nous avons pour ambition de devenir le leader mondial des solutions salines à l’horizon 2030». Fin 2026, une nouvelle extension de l’usine (20 millions d’euros d’investissement) permettra de produire davantage de sprays. Le site actuel, saturé, en fabrique 7 millions par an.
Le PDG entend aussi «aller vers le médical, avec des produits à plus forte valeur ajoutée. La pharmacie d’officine est notre premier canal de distribution, mais nous voulons nous ouvrir plus aux hôpitaux, par exemple». Autre piste : passer la part de l’export de 30 à 50%, vers l’Europe centrale, l’Asie du Sud-Est ou encore l’Afrique.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3744-3745 - Juillet-Août 2025



