Une entrée fracassante. Le belge Agristo, spécialiste de la frite, a annoncé début septembre vouloir implanter sa première usine sur le territoire français, moyennant 350 millions d'euros d'investissement. Si tout va bien, le site devrait entrer en production du côté d'Escaudroeuvres (Nord) avant fin 2027. Le responsable des opérations Kristof Wallays détaille en exclusivité pour L'Usine Nouvelle le projet industriel d'Agristo en France.
L'Usine Nouvelle : Vous avez annoncé au début du mois vouloir construire un site de production de frites et de galettes de pommes de terre dans le Nord de la France. Vous êtes déjà implanté en Belgique et aux Pays-Bas : pourquoi avoir passé la frontière ?
Kristof Wallays - La France est déjà notre deuxième marché en termes de ventes. La culture de la pomme de terre y est très performante. 15% des pommes de terres transformées sur nos sites belges proviennent déjà de l'autre côté de la frontière. Les hectares disponibles manquent en Belgique. Il est donc logique de se rapprocher des bassins de production. Le dernier point, c’est que nous avons un certain nombre de collaborateurs qui viennent de France, nous aurons un accès facilité à la main d’œuvre.
Et pourquoi venir sur le site d’Escaudoeuvres où se situe la sucrerie que Tereos a annoncé vouloir fermer en mars ?

- 1041.6+3.68
Février 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 455+7.18
Février 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 626.5+1.18
Février 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Nous cherchions un emplacement depuis plusieurs mois. Il est difficile de trouver un site approprié, que ce soit en termes de surface, mais aussi de raccordement à l’eau, au gaz, à l’électricité… Nous avons finalement des besoins qui sont proches de ceux d’une sucrerie. Nous allons construire un site d’une taille similaire à ce que fait McCain à Matougues (Marne). Cela correspond à une friterie de taille moyenne aujourd’hui à l’échelle européenne.
"Notre arrivée va probablement encore faire monter un peu le prix des pommes de terres"
— Kristof Wallays
Un certain nombre d’industriels de la pomme de terre sont déjà implantés dans le nord de la France. Comment allez-vous faire pour trouver suffisamment de matière première ?
La pomme de terre est en compétition avec d’autres cultures. Nous misons sur un agrandissement des surfaces dans le nord de la France. Nous sommes par exemple en compétition avec les betteraves. Comme les sucreries ferment, les agriculteurs auront de la place dans leurs champs. C’est pareil pour les pommes de terre destinées aux féculeries, avec la fermeture de certains sites. Les agriculteurs vont chercher de nouveaux débouchés. Mais l’arrivée d’un nouvel industriel dans la région est une bonne nouvelle pour les producteurs de pomme de terre. Cela va probablement faire encore un peu monter le prix des matières premières.
La pomme de terre est victime de pertes de rendements en France du fait des aléas climatiques. Allez-vous vous impliquer, à l’image de ce que peut faire McCain, auprès des agriculteurs pour pérenniser la culture ?
Nous avons un programme agronomique analogue à ce que fait McCain. Mais comme nous sommes avant tout un producteur de marques distributeur, nous communiquons un peu moins là-dessus. Nous sommes engagés auprès des agriculteurs. L’importance est immense pour le futur de notre industrie.
Qu’est-ce que votre implantation en France va apporter au marché local ?
Nous restons sur une stratégie historique auprès des marques distributeurs et de la restauration hors domicile. Cette implantation va permettre de renforcer notre position en France mais pas seulement : produire en France, pour le marché français, va nous permettre de libérer des capacités sur nos autres sites.
"Nous allons proposer aux voisins du site de visite notre installation en Belgique"
— Kristof Wallays
Un autre de vos homologues belge, Clarebout Potatoes, a rencontré des oppositions locales lors de son implantation du côté de Dunkerque. Qu’allez-vous faire pour que le projet soit bien accepté ?
Nous avons récemment bâti une usine de taille similaire à celle prévue à Escaudoeuvres du côté de Wielsbeke en Belgique, à proximité des habitants. Nous avons fait de gros investissements pour capter les nuisances, par exemple sur le choix des matériaux pour que le bâtiment ne fasse pas de bruit. Pour les odeurs, nous avons mis en place des incinérateurs qui absorbent les vapeurs du site et neutralisent les odeurs du bâtiment. Nous avons aussi installé des nez électroniques qui permettent un suivi continu des odeurs sur le site. Nous avons prouvé, avec toutes ces technologies, que cela pouvait marcher sur notre site belge. Nous allons proposer aux voisins du site d’Escaudoeuvres de venir visiter notre installation en Belgique pour leur montrer qu’il est possible de neutraliser les nuisances.
Vous avez eu au début du mois un accident qui a provoqué la mort d’un de vos salariés sur ce site. Qu’allez-vous faire pour que cela n’arrive plus ?
Il nous faut investir plus dans la culture du risque. Il va sans dire que l’installation est aux normes de sécurité. Nous devons impulser un changement culturel pour faire évoluer le comportement des collaborateurs. Il faut que la sécurité fasse partie intégrante de notre ADN, que l’enjeu de sécurité passe avant même la production.



