Le répit apporté par la fermeture des frontières à la suite de la crise sanitaire n'aura pas duré longtemps pour la filière avicole française. Après une baisse des importations de volailles en 2020, ces dernières ont, depuis le début de l'année 2021, repris leur hausse.
39% des volailles consommées en France sont importées
Sur le premier semestre 2021, 39% des volailles consommées en France proviennent de l'étranger. Pour le poulet, principale viande de volaille consommée en France, ce taux atteint même 46%. "Nous étions à peine à 25% en 2000 et à 40% en 2010. Depuis trois ans, l'augmentation a certes ralenti, mais la courbe n'est pas encore inversée, nous n'arrivons pas à reprendre des parts de marché", déplore Paul Lopez, président de la fédération française des industries avicoles (Fia). Au total, 1,9 million de tonnes de volaille sont consommées en France, ce qui en fait le troisième pays consommateur européen derrière l’Allemagne. "Le marché est dynamique mais cette tendance profite avant tout aux producteurs étrangers", souligne Paul Lopez.
La Pologne, premier producteur européen de volaille
Parmi les pays où sont élevées les volailles que nous consommons, on retrouve le Brésil, premier exportateur mondial de poulet, l'Ukraine, mais également la Pologne. "Il y a eu une forte augmentation des importations en provenance de Pologne en début d'année, avec un pic à + 51% d'importations en avril", précise le responsable de la fédération. Le pays d'Europe de l'Est est d’ailleurs devenu, en 2019, le premier producteur européen de volaille, avec 2 545 millions de tonnes, soit 17% de la production européenne.
C’est notamment sur les produits de "base", à bas coût et sans surcroît de qualité, que les importations sont les plus nombreuses. Ainsi que sur les produits commercialisés dans la restauration. Selon les données de la FIA, 80% de la viande de volaille consommée dans les restaurants serait issue de l’importation.
La filière demande l’étiquetage obligatoire de l’origine
"C’est pourquoi nous jugeons indispensable que toutes les volailles et tous les produits vendus en France dans la distribution, mais aussi dans la restauration collective, bénéficient d’un étiquetage de l’origine des produits. C’est le seul rempart contre une importation sauvage de produit non identifiés", explique Jean-Michel Schaeffer, président d’Anvol, l’interprofession de la filière avicole. Depuis l’épisode de la vache folle, la filière bovine se voit déjà appliquer cette mesure. L’indication d'origine des autres viandes est, quant à elle, obligatoire depuis le 1er avril 2015 dans les produits transformés et les produits vendus en grande et moyenne surface. La restauration n’est pas concernée. Cela aurait dû changer avec l’adoption de la loi relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et agroalimentaires en 2019, qui avait notamment abouti à l’interdiction d’utiliser le terme "steak" pour les produits végétaux.
Les producteurs de volailles sont, en effet, convaincus que cette mesure pourraient leur permettre d’inverser la courbe. "L’objectif n’est pas d’interdire les importations, mais que les consommateurs puissent faire leur choix en connaissance de cause", explique le responsable des industriels. Malgré l’adoption du texte, les professionnels de la volaille sont toujours en attente du décret d’application. "Cela fait quatre ministres de l’Agriculture qui nous promettent de faire passer le texte", regrette Paul Lopez. En mai dernier, Julien Denormandie s’était en effet engagé à ce que le décret soit effectif avant l’été... en vain.



