La filière française de volaille s'organise contre les importations

Alors que les importations de volaille ont chuté de 7% sur les premiers mois de l'année 2020, la filière française de volaille s'organise pour reconquérir des parts de marché. 

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La consommation de viande de volaille continue sa croissance
La filière française passe à l'offensive pour récupérer des parts de marché.

Au cours des sept premiers mois de l'année 2020, les importations de poulets ont baissé de 7%. Un chiffre qui devrait réjouir la filière française de la volaille confrontée, depuis une vingtaine d'années, à une augmentation continue des importations. Ces dernières ont atteint, en 2019, un niveau record de 45%.

Mais Jean-Yves Menard, président du Comité interprofessionnel du poulet de chair (CIPC) avertit: "il ne faut surtout pas crier "cocorico", cette baisse est artificielle".

Le ralentissement de la restauration hors domicile, où est consommé l'essentiel de la viande importée, reste la principale explication à cette baisse. "Depuis le déconfinement, les importations ont d'ailleurs repris", ajoute Jean-Yves Menard.

Développer le poulet standard et respecter le bien-être animal

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Il n'est reste pas moins que ces chiffres ont contribué à remobiliser la filière autour de la reconquête de part de marché. "Notre objectif est de reconquérir 2% par an", confirme Jean-Michel Schaeffer, président de l'interprofession de la volaille ANVOL.

Pour cela, la filière mise à la fois sur le développement des poulets standards, pour répondre aux demandes des consommateurs attirés par les prix bas et sur l'amélioration des conditions d'élevage conformément aux attentes exprimées autour du bien-être animal.

Six objectifs pour reconquérir le marché

Ces deux axes de développement se concrétisent par six objectifs à atteindre à l'horizon 2025. Le premier est de répondre aux attentes du marché, aussi bien pour la production plein air, qui représente 20% de la production française que pour les poulets dits standards.

Pour cela, ANVOL s'engage à ce que 50% des volailles françaises aient accès à la lumière naturelle d'ici à 2025. 20% auront accès au plein air et 30% seront dans les bâtiments avec fenêtre. "Cet objectif implique que nous gardions encore 50% de poulets élevés dans des bâtiments standards, car il nous faut également répondre à la demande d'une viande accessible", se défend Jean-Michel Schaeffer. 

Les professionnels du secteur s'engagent à faire auditer l'ensemble des élevages aussi bien sur la question du bien-être animal que sur celles des conditions d'exploitation. "Cette modalité concernera tous les systèmes d'élevage", précise Anne Ricard, directrice de l'ANVOL. La filière s'engage également à n'utiliser que de l'alimentation durable avec zéro déforestation. "Cela signifie notamment que nous allons devoir apprendre à nous passer du soja sud-américain", ajoute la responsable.

Enfin, les éleveurs français réduiront leur consommation d'antibiotiques de 60% (versus 2011). "C'est un différentiel très important pour la santé des consommateurs que nos concurrents étrangers ne prennent pas en compte", précise Anne Richard. 

Ces adaptations se traduiront par des investissements estimés à 600 millions d'euros par an. 

Incohérence entre le consommateur et le citoyen

Forte de ces objectifs, la filière s'estime prête à entamer sa reconquête. "Nous sommes en ordre de marche pour répondre aux attentes des consommateurs", confirme Éric Cachan, président du Syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf).

Reste à savoir si les consommateurs seront au rendez-vous. "Aujourd'hui, nous avons neuf consommateurs sur dix qui déclarent vouloir consommer du "made in France", mais, dans les achats, il y a encore une incohérence entre le citoyen et le consommateur", déplore Eric Cachan. La filière se donne cinq ans pour résoudre ce dilemme. 

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