Pourquoi la corrosion touche davantage les réacteurs nucléaires les plus puissants du parc d’EDF

Lors de la présentation de son rapport 2021 à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst), l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) a présenté les premières hypothèses sur les causes de corrosion sur le circuit primaire de certains réacteurs nucléaires. Des pistes qui restent à confirmer.

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Centrale nucléaire de Chooz
Le "design francisé" des réacteurs de Westinghouse utilisé pour les paliers 1300 et 1450 MW serait la cause du problème.

Le mystère de la corrosion sous contrainte, qui touche le parc nucléaire français, s’éclaircit un peu. Lors de la présentation de son rapport 2021 à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst), l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) a dévoilé les premières hypothèses sur ce phénomène « inédit » et « sérieux », selon Bernard Doroszczuk, président de l’ASN. Un défaut qui a déjà obligé EDF à mettre ou à garder à l’arrêt 12 réacteurs nucléaires et met en péril l’approvisionnement électrique de la France l’hiver prochain.

Découvertes de manière inattendue fin 2021 sur un réacteur de Civaux à l’occasion d’un contrôle pour détecter s’il y avait des fissures thermiques, ces fissurations de corrosion sous contrainte concernent des parties des tuyauteries directement connectées au circuit primaire principal, sans possibilité de les isoler. Le phénomène est d’autant plus « totalement inattendu, que la qualité de l’acier inox utilisé permettait de ne pas envisager ce type de corrosion », a expliqué aux parlementaires le président de l’ASN.

Le palier 900 MW - les réacteurs les plus anciens - "peu, voire pas affecté"

Plus surprenant encore, le phénomène toucherait principalement les réacteurs les plus récents du parc nucléaire français, qui sont aussi les plus puissants. A savoir les quatre du palier 1450/1500 MW des centrales de Civaux et Chooz, tous arrêtés, et les 20 réacteurs du palier 1300 MW dont 5 sont aussi à l’arrêt. A ce stade des examens réalisés par EDF, « Civaux et Chooz sont plus affectés que les réacteurs du pallier 1300 », précise Bernard Doroszczuk. En revanche, selon les premières expertises sur des réacteurs du palier 900 MW,  soient les 32 réacteurs les plus anciens du parc, ces derniers seraient « peu, voire pas affectés » par la corrosion, « mais cela reste à confirmer ».

EDF a déjà expertisé 35 soudures sur des parties de tuyauterie qui ont été découpées, confirmant ainsi officiellement le phénomène sur trois réacteurs le 5 mai. 105 autres expertises doivent être réalisées d’ici à fin juin. L’ASN a demandé à EDF de contrôler la totalité du parc, plusieurs types de circuits (injection de sécurité, arrêt, maintien de la composition…) étant potentiellement concernés. Pour mieux caractériser les fissures, EDF envisage de développer un contrôle par ultrasons, mais il ne sera disponible qu’au second semestre 2022, explique l’ASN.

Le "design francisé" des réacteurs 1300/1450 MW suspecté

Sans attendre la fin des mesures, une première hypothèse de la cause de cette corrosion sous contrainte inattendue tient la corde chez les experts de l’ASN. « Les mesures effectuées semblent à ce stade privilégier la géométrie », avance Bernard Doroszczuk, qui explique que le design initial des réacteurs de 900 MW, conçu par l’américain Westinghouse, a été « francisé sur les paliers 1300 et 1450 », ou N4. C’est cette nouvelle géométrie des lignes de tuyauterie qui « favoriserait un phénomène de stratification thermique du fluide, qui génère des contraintes thermomécaniques supplémentaires ». La qualité des soudures ne serait qu’une « cause de second ordre ». Ce qui expliquerait pourquoi les réacteurs les plus récents sont les plus touchés. L’hypothèse reste toutefois « à confirmer ».

La mauvaise nouvelle c’est que la résolution du problème devrait prendre plusieurs années, prévient le président de l’ASN. La bonne, c’est que pour l’instant EDF n’est pas obligé d’arrêter tous les réacteurs des paliers 1300 MW et 900 MW. A ce stade, la propagation de la fissuration serait limitée et permettrait à EDF de « replier les réacteurs en état sûr », assure le président de l’ASN, si besoin.

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