Le dossier sera tout en haut de la pile des sujets prioritaires du nouveau gouvernement que doit contribuer à former la nouvelle Première ministre, Elisabeth Borne, nommée lundi 16 mai. Entre l’embargo sur le charbon russe, celui annoncé sur le pétrole russe (qui va réduire la disponibilité du diesel), la décision de l’Europe d’interdire le paiement en roubles du gaz réclamé par Poutine (qui entamera les livraisons) et surtout, une disponibilité au plus bas du parc nucléaire historique d’EDF, la France va devoir dès cet automne réapprendre à faire des économies d’énergies tous azimuts.
Remplir à 100% les stocks de gaz avec du GNL de schiste américain ne va pas suffire à compenser les 77 TWh de gaz russe que la France consomme par an pour son chauffage et son industrie. Elle ne va pas pouvoir les substituer par du chauffage électrique. Entre les arrêts programmés pour la prolongation des réacteurs à 50 ans et des problèmes de corrosion sous contrainte sur le circuit primaire principal suspectés dans plus d’une dizaine de réacteurs, confirmés par EDF sur trois d’entre eux, la production électronucléaire ne sera comprise qu’entre 295 et 315 TWh, contre 360,7 TWh en 2021. Et encore, c'est sans compter l’impact de potentielles canicules. Habituelles l’été, de fortes chaleurs ont déjà obligé EDF à réduire début mai la production de la centrale de Blayais (Gironde).
1. Lancer une campagne nationale d'économies d'énergie
Dans ce contexte, le futur gouvernement va être obligé de demander aux Français de réduire leur consommation d’énergie, comme après le choc pétrolier de 1973. Un sujet socialement explosif, d’autant que le bouclier tarifaire, qui a limité à 4% la hausse des factures d’électricité des Français et réduit le prix à la pompe de 20 centimes, n’est pour l’instant prévu que jusqu'à fin 2022.
Du côté des entreprises, les campagnes de recrutement d’industriels prêts à réduire leur consommation à la demande des gestionnaires de réseaux d’électricité, mais aussi de gaz, sont relancées. Un décret délestage gaz vient aussi d’être publié. Le gouvernement a également diffusé le 11 mai les modalités de l'aide exceptionnelle accordée aux électro-intensifs et gros consommateurs de gaz pour faire face aux spectaculaires hausses de prix depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les autres devront se serrer la ceinture et faire des économies d’énergie.

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2. Préparer la loi de programmation énergie climat
Quatre autres gros dossiers énergie sont à traiter d’urgence par les services de l’État. Dont celui de la première loi de programmation énergie climat, votée dans la loi Énergie climat de novembre 2019. « Elle doit être adoptée en juillet 2023, il faut donc enclencher le processus pour définir son contenu dès 2022 », explique Alexandre Roesch, délégué général du Syndicat des énergies renouvelables.
Le gouvernement a déjà saisi la Commission nationale du débat public pour organiser un débat national sur l’énergie au second semestre. Objectif : valider la feuille de route, qui comprend la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, proposée par Emmanuel Macron lors de son discours de Belfort en février 2022. La PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie), qui fait l’objet d’un décret non discuté au Parlement, continuera d’exister. Mais la loi viendra préciser les grands objectifs, notamment en matière de renouvelables électriques et gaziers, ainsi que la planification à long terme annoncée par le président de la République pendant sa campagne.
3. Libérer les énergies renouvelables
Ce n’est pas le seul rendez-vous énergie urgent avec le Parlement que le gouvernement doit anticiper. Dans son programme, Emmanuel Macron a aussi annoncé une loi d’exception pour la simplification et l’accélération du déploiement des énergies renouvelables. C’est la priorité pour continuer à décarboner l’énergie et électrifier l’économie. Au mieux, le premier des six nouveaux réacteurs nucléaires EPR 2 qu’EDF doit construire entrera en service en 2037. Il faut donc d’urgence lever les freins et les résistances aux renouvelables, pour développer 50 parcs éoliens en mer d’ici à 2050, multiplier par dix les capacités photovoltaïques, à 100 GW, et doubler l’éolien terrestre pour atteindre 37 GW.
Comment ? C’est le grand flou. Des pistes ont déjà été proposées dans les groupes de travail sur l'éolien, le solaire et la méthanisation organisés durant le premier quinquennat. « On est en train de réfléchir à ce qu'il pourrait y avoir de plus. Mais ce qui apparaît déjà indispensable, c’est de réduire le temps d’instruction des dossiers. Or, les services instructeurs manquent de ressources », explique Alexandre Roesch. En clair, les services de l’État vont devoir recruter. Il va aussi falloir amortir la flambée conjoncturelle des matières premières et des coûts logistiques qui commencent à toucher l'éolien, notamment via l'acier, ainsi que le prix des cellules solaires, et grèvent la rentabilité des nouveaux projets. Un gel de la baisse du prix de rachat de l'électricité des petits projets solaires de moins de 500 kW est déjà sur la table.
4. Nationaliser EDF
Une troisième loi énergie devra également être votée par le Parlement et donc être préparée par le gouvernement : celle d’une refonte d’EDF et de sa probable nationalisation. Ce mouvement semble nécessaire pour assurer le financement du nouveau nucléaire, la caution de l’État étant indispensable pour réduire les coûts financiers, majoritaires dans ce type de projets. Cette loi énergie est également centrale pour faire évoluer la régulation sur le nucléaire existant et le mécanisme Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), et garder le contrôle sur les prix de l’électricité en France, pour faire face aux autres crises énergétiques que la transition. Les négociations avec Bruxelles, abandonnées en juillet 2021, devront d’urgence être relancées.
5. Réformer le marché de l’énergie
« Pour le nucléaire existant, il faut donner de la visibilité et fixer un prix durable. Or, aujourd'hui, on n’a ni l’un ni l’autre », expliquait le directeur financier d’EDF, Xavier Girre, lors de la présentation des résultats du premier trimestre du groupe le 4 mai. Ce contrôle nécessiterait aussi une réforme du marché européen de l’énergie, expliquait l'ex-ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Un autre casse-tête bruxellois, de plus long terme, mais qu’il faut lancer maintenant. Et c’est sans parler des nouvelles mesures pour absorber la crise de l’énergie, qui agite l’économie depuis l’automne.
Pour financer ces mesures d’amortissement de l’envolée des prix de l’énergie, l’État veut par exemple déplafonner les contrats d’achat de type complément de revenu des énergies renouvelables, pour récupérer une partie des profits extraordinaires réalisés par les opérateurs, soit environ 3 milliards d’euros d’ici à fin 2023, selon une première estimation de la Direction générale énergie climat. A peine de quoi compenser l’augmentation de capital d’EDF. Une décision qui doit aider à amortir celle du gouvernement de lui demander de vendre 20 TWh d’électricité nucléaire à bas prix. Une décision contre laquelle le PDG d’EDF, Jean-Bernard Levy, a annoncé le 12 mai déposer un recours gracieux après de l’État. Alors même que le Conseil d’État avait confirmé la mesure le 6 mai, à la suite d'une attaque de syndicats de l’énergie. Un sixième dossier, dont se serait sûrement bien passé le futur ministre de l'Energie.



