Analyse

Pourquoi il n’y aura peut-être jamais de vaccin contre le Covid-19

Emmanuel Macron rencontre mardi 19 mai la direction du groupe pharmaceutique français Sanofi, suite à la polémique suscitée par son patron, Paul Hudson, qui avait indiqué que les Etats-Unis seraient prioritaires dans la fourniture d'un éventuel vaccin contre le Covid-19. Mais ne dit, in fine, que sera bien mis au point, quelque part dans le monde, un vaccin véritablement efficace pour protéger du nouveau coronavirus?

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5 milliards de dollars auraient été investis par les géants pharmaceutiques GSK, Merck MSD, Pfizer, J&J et Sanofi pour trouver un vaccin contre le Covid-19.

Ces derniers jours, la France a été secouée par la polémique suscitée par le dirigeant de Sanofi, le britannique Paul Hudson, reconnaissant – comme l’avait souligné L’Usine Nouvelle dès le 24 avril - que le potentiel vaccin développé par le groupe français avec l’agence américaine de la Barda serait probablement mis à disposition… d’abord des Américains. Le président du conseil d’administration de Sanofi, Serge Weinberg, est sommé de s'expliquer lors de son rendez-vous avec le président de la République Emmanuel Macron ce mardi 19 mars.

Une polémique à relativiser néanmoins. Car malgré tous les projets concurrents lancés à travers le monde et les équipes de recherche mobilisées - et les espoirs suscités notamment par le projet de la biotech américaine Moderna - rien n'assure qu'un vaccin arrivera bien… en bout de course.

D’ores et déjà, il est exclu qu’un seul puisse aboutir cette année, rappellent les spécialistes, compte tenu de la complexité de ce type de développement. Voire avant fin 2021, estime la ministre de la Recherche française Frédérique Vidal.

Quid du vaccin contre le sida, le paludisme ou un coronavirus ?

Les sommes faramineuses engagées dans cette compétition scientifique mais aussi capitalistique – au moins 5 milliards de dollars par les géants pharmaceutiques GSK, Merck MSD, Pfizer, J&J et Sanofi selon les informations dévoilées par la récente enquête de la cellule investigation de Radio France, à laquelle L’Usine Nouvelle a participé  – ne feront pas tout. La science se retrouve parfois bloquée. On ne dispose... toujours pas de vaccin homologué contre le Sida – alors que le VIH est désormais connu depuis plus de trente ans et continue de décimer en Afrique -, contre le paludisme – qui tue toujours un million de personnes chaque année dans le monde, malgré l'engagement d’équipes comme celle de l’institut Pasteur en France et de l’industriel anglais GSK – et aucun vaccin, non plus, contre un coronavirus, depuis l’émergence du SRAS en 2003.

La mobilisation d'alors n'avait rien à voir avec la compétition qui oppose une bonne partie de l'industrie pharmaceutique mondiale désireuse de mettre la main sur un marché potentiellement gigantesque, avec des pays développés et solvables comme la France, prêts à financer de grandes campagnes de vaccination contre le Covid-19. Certains épidémiologistes ont bon espoir que le Covid-19, puisqu’il semble amené à "vivre" encore longtemps et circuler durablement sur notre planète contrairement au Sras, puisse plus facilement être une cible pour mener à bien des essais cliniques.

Un vaccin oui, mais pour quelle protection ?

Quand bien même on parviendrait, enfin, à mettre au point et valider par des essais sur les patients un vaccin contre le virus, rien ne dit malheureusement qu’il s'avérera suffisamment protecteur. Sanofi Pasteur, la division vaccins de Sanofi, numéro un mondial des vaccins contre la grippe, s'adapte chaque année à la mutation du virus. L'an dernier, l’efficacité vaccinale en France chez les sujets à risque était de 59 % contre le virus A(H1N1) et de seulement 19 % contre le virus A(H3N2). "Le problème est que chaque vaccin est un pari, rappelait la ministre de la Santé d’alors, Agnès Buzyn. On est obligé de parier sur les souches qui vont circuler, six mois avant que le virus apparaisse dans le monde. Donc, de temps en temps, le pari est gagné, de temps en temps il est moyennement gagné et parfois pas du tout."

Quel sera le taux de mutations du SARS-Cov-2 ? On n’en sait encore rien. Et quelle frange de la population faudra-t-il vacciner, alors qu’on ne connait pas encore la quantité d’anticorps nécessaires pour déclarer une personne immunisée contre le Covid-19 ? En 2016, Sanofi avait réalisé une première mondiale en mettant sur le marché son vaccin contre la dengue. Un pari scientifique et industriel, qui devait générer des campagnes de vaccination massives en Asie et en Amérique Latine, fortement touchées par cette maladie tropicale, la plus répandue dans le monde après le paludisme. Malheureusement, depuis, le groupe pharmaceutique a dû reconnaître que son produit pouvait augmenter le risque de dengue sévère chez des enfants jamais exposés au virus. Le vaccin a été interdit aux Philippines début 2019 et a obtenu des autorisations de mise sur le marché de la part des autorités sanitaires américaines et européennes conditionnées à un usage très restreint.

N'en déplaise aux anti-vaccins, le vaccin contre le Covid-19 reste urgent et nécessaire, afin de nous protéger collectivement et tenter d'enrayer cette pandémie. Il faut encore faire sans, pour un bon moment!

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