Pas de vaccin envisageable avant des mois pour le coronavirus 2019-nCov

Plusieurs travaux sont engagés et continuent d’être enclenchés pour le développement de vaccins contre le coronavirus, notamment en France avec l’Institut Pasteur. Mais il faudra compter des mois avant d’espérer la mise au point d’une solution vaccinale.

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Usine de vaccins Sanofi
Mettre au point un vaccin nécessite des mois voire des années de développement.

Le bilan humain ne cesse de s’aggraver. Le 3 février au matin, le coronavirus 2019 n-COV apparu fin décembre à Wuhan, en Chine, avait contaminé près de 17 500 personnes dans une vingtaine de pays, et entraîné le décès de plus de 360 patients, essentiellement en Chine. Depuis début janvier et l’identification de ce coronavirus jusque-là inconnu, et alors qu’aucune réponse thérapeutique n’a encore été identifiée parmi les traitements antiviraux existants, de nombreuses initiatives ont été et continuent d’être enclenchées pour mettre au point un vaccin.

En France, l’Institut Pasteur est évidemment sur les rails. Le 31 janvier, il annonçait avoir réussi à isoler des souches du coronavirus 2019-nCov, grâce à des prélèvements sur les premiers cas de malades en France. La mise en culture cellulaire a pu être initiée dès le 24 janvier avec des résultats dès le 27, soit plus vite qu’envisagé. En parallèle, l’Institut Pasteur est parvenu à obtenir un séquençage complet du génome de ce coronavirus, toujours à partir des prélèvements en France.

Quatre axes de travail

Ces avancées permettent à l’Institut Pasteur de travailler sur quatre axes : la mise au point d’un test sérologique pour le dépistage de l’infection en population, de développer des traitements en testant des molécules antivirales existantes et de rechercher des anticorps qui pourraient être utilisés, de mieux étudier la pathogénèse virale, c’est-à-dire mieux comprendre le fonctionnement du 2019-nCov et de sa réplication notamment, et enfin de travailler sur un vaccin.

Echéance de 20 mois

Sur ce point, l’Institut Pasteur va travailler en premier lieu à partir de sa plateforme vaccinale basée sur la rougeole. Mais les délais ne promettent pas une solution à court terme. Selon Christophe D’Enfert, directeur scientifique, la mise au point d’un virus atténué nécessiterait à "peu près huit mois". Des phases cliniques pourraient ainsi "démarrer fin août", et un premier lot de production utilisable chez l’homme pourrait être "disponible à une échéance de 20 mois".

Dans le domaine des vaccins, à part pour celui de la grippe adapté chaque année en fonction de la souche identifiée, les produits nécessitent des années de développement avec d’être disponibles sur le marché. Du côté de chez Sanofi Pasteur - champion français et dans le top 3 mondial des fabricants de vaccins -, on estime que la moyenne de mise au point d’un vaccin est de l’ordre de dix ans, avec une fourchette de 6 à 36 mois juste pour les délais de production, une phase qui ne vient qu’après tout le développement clinique.

Aide britannique pour le Cepi

Sanofi Pasteur ne travaille pas directement sur le coronavirus 2019-nCov mais participe aux travaux scientifiques de la Coalition des innovations pour la préparation aux épidémies (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, Cepi). Fondé à Davos en 2017, cet organisme public-privé basé à Oslo, en Norvège, vise à accélérer le développement de vaccins contre les maladies infectieuses émergentes et à garantir l’accès équitables à des vaccins durant les épidémies. Le 3 février, le ministère britannique de la Santé a annoncé l’octroi d’une aide de 20 millions de livres (environ 23,6 millions d’euros) au Cepi dans le cadre de ses programmes pour développer un vaccin contre le 2019 n-Cov.

Plusieurs projets en cours

Le 23 janvier, le Cepi avait déjà annoncé la mise en place de trois projets vaccinaux contre ce coronavirus, avec les laboratoires américains de biotechnologie Inovio et Moderna, ainsi qu’avec l’Université australienne du Queensland. Le 31 janvier, un autre programme était annoncé avec le laboratoire biopharmaceutique allemand CureVac. Le 3 février, c’est le laboratoire britannique GSK qui indiquait entamer une collaboration avec le Cepi pour mettre à contribution sa plateforme technologique d’adjuvants, des substances destinées à améliorer l’efficacité de vaccins contenant des virus inactivés, pour aider au développement d’un vaccin contre le 2019 n-Cov. Enfin, dans le monde, d’autres projets de recherche ont été évoqués, notamment en Chine et en Russie.

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