L'Usine Nouvelle.- Depuis une quinzaine d’années, du Sras au coronavirus Mers jusqu’au H1N1 et au Covid-19, on a l’impression que l’apparition de virus s’accélère sur la planète. Est-ce une réalité ?
Didier Guillemot.- Il n’y a pas de doute. L’émergence de virus issus du monde animal, qui s’adaptent et passent à l’homme, résulte du fait qu’à un moment, pour des raisons de consommation alimentaire ou de proximité avec des hôtes intermédiaires, quelques hommes sont infectés. C’est le début classique, et c’est probablement un type d’événement qui a toujours eu lieu dans l’histoire. Ce qui est très nouveau en revanche, ce sont les échanges et la circulation humaine sur la planète. La transmission va très vite. Le phénomène nouveau, c’est la densification et la mobilité des populations. Or cela ne va pas s’arrêter, car la population mondiale continue d’augmenter, les populations ont une tendance à se densifier dans les grandes métropoles et la mobilité des gens va continuer de s’accroître.
L’arrivée de nouveaux virus est donc inéluctable ?
Oui, nous devons nous y préparer. Il fait assez peu de doute qu’il y aura de nouvelles souches virales, de nouveaux épisodes de ce type. Prenez les virus grippaux, ils changent d’une année sur l’autre. Nous sommes habitués. De temps en temps apparaissent des souches plus pathogènes que d’autres. Ces virus évoluent et peuvent devenir soit plus transmissibles, soit plus pathogènes. Ce sont des phénomènes naturels.

Y a-t-il un risque de voir émerger un virus réellement dévastateur ?
Cela est déjà arrivé dans l’histoire, comme la pandémie grippale de 1919, qui a fait plus de morts que la Première Guerre mondiale. À l’époque, beaucoup de patients sont décédés de surinfection bactérienne, car on ne connaissait pas encore les antibiotiques. Qu’il y ait de nouveau la survenue d’une pandémie grippale ou de coronavirus, c’est possible. Aujourd’hui, les autorités sanitaires sont de plus en plus préoccupées par ces sujets. La question c’est : quelles seront les capacités humaines à être réactives vis-à-vis de ce type d’épidémies ? Avec les mesures de confinement et de quarantaine, d’une certaine manière, on retarde simplement les choses, on espère que le virus se diffusera moins rapidement, mais cela ne réglera pas le problème. Il faut mettre au point des traitements et des vaccins le plus rapidement possible.
Comment faire ?
Anticiper le risque de dissémination passera par la détection des virus présents dans les animaux. La seule manière de pouvoir être sûr de contenir un virus, c’est d’avoir des vaccins qui vont prévenir un risque d’être malade, et qui vont diminuer sa capacité à se transmettre même s’il y aura tout de même des gens malades. Et il faut aussi trouver des traitements anti-viraux. On peut imaginer de constituer des collections de virus dont on va anticiper, de manière raisonnée, leur capacité à s’adapter à l’humain et à se diffuser, et mettre au point des vaccins en amont. Tous les ans, le virus de la grippe mute et le vaccin est modifié. Si vous avez des batteries de nouvelles molécules efficaces sur un coronavirus, vous serez prêts la prochaine fois pour un autre. Au-delà de la question médicale et de santé publique, il y a un vrai enjeu économique.
Peut-on éradiquer un virus ?
Non. De nombreux virus vivent au sein d’animaux sans les rendre malades. Le Covid-19 est issu de la chauve-souris. Ces animaux n’en sont pas malades, mais ce virus s’est humanisé en passant par des hôtes intermédiaires, plus proches de l’humain, et est devenu adapté à l’homme. Il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête.



