On le savait depuis la présentation du plan France 2030 de 30 milliards d’euros, le 12 octobre par Emmanuel Macron. Huit milliards d’euros supplémentaires seront fléchés vers la transition énergétique du pays, dont 1 milliard sur le nouveau nucléaire et 2,3 milliards vers les énergies renouvelables, principalement pour la production d’hydrogène décarboné. Le 16 novembre, lors d’un déplacement à Béziers (Hérault) comprenant une visite de la toute nouvelle usine Genvia, une coentreprise entre le CEA et Schlumberger, le président de la République a précisé ce volet. Via France 2030, il ajoute 1,9 milliard d’euros à la stratégie française de production d’hydrogène bas carbone de 7 milliards d’euros jusqu’en 2030 présentée le 8 septembre 2020 par Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie.
La France va donc engager 9 milliards d’euros d’ici à 2030 pour développer une filière industrielle de production d’hydrogène par électrolyse. Pour financer ce plan, une enveloppe de 2 milliards d’euros était déjà prévue dans le plan de relance annoncé quelques jours plus tôt. Elle finançait, entre autres, deux appels à projets hydrogène porté par l’Ademe. Le premier, Briques technologiques et démonstrateurs hydrogène, est doté de 350 millions d’euros. Le second, pour les écosystèmes territoriaux, de 275 millions d’euros.
L'IPCEI hydrogène victime de son succès
Environ 1,5 milliard d’euros devaient servir à financer des projets industriels hydrogène vert dans le cadre du programme européen IPCEI (Piiec en français). La France a déposé 15 dossiers, en attente de notification par Bruxelles qui tarde à les traiter. Le dispositif, qui permet aux États de financer au-delà des règles européennes habituelles des projets industriels dans des secteurs clés, comme les batteries ou l’hydrogène vert, est victime de son succès. «Ce sont pas moins de 120 projets qui ont été pré-notifiés en Europe et qui sont en attente d’une notification, dont 15 déposés par la France », explique Philippe Boucly, le président de l’association France Hydrogène, qui fédère déjà 370 entreprises de la filière.

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Sur ces 15 dossiers, celui déposé par Genvia pour industrialiser une technologie d’hydrolyse à haute température sur le site de Cameron à Béziers, est déjà sûr d’être accepté par l’Europe. Sans attendre la notification officielle, Emmanuel Macron a donc profité de sa visite pour annoncer un soutien public de 200 millions d’euros à l’entreprise, qui pourrait créer 500 emplois d'ici à 2030. Pour les autres projets, comme ceux de production d’hydrogène vert pour l’industrie de TotalEnergies et Engie à La Mède (Bouches-du-Rhône), d’Air Liquide en Normandie ou de gigafactories d’électrolyseurs de John Cockerill en Alsace et de McPhy à Belfort, il faudra encore attendre un peu.
Financer cinq gigafactories
Une chose est sûre, les 1,5 milliard d’euros prévus initialement n’y suffiront pas. Ces 15 dossiers ne sont qu’une première vague. Le gouvernement a reçu pas moins de 77 dossiers de candidature au dispositif IPCEI hydrogène. Et l'Etat veut financer au moins cinq gigafactories d'électrolyseurs ou piles à combustibles. Or les cinq autres milliards de soutien public du plan initial de 7 milliards devaient servir principalement à des mécanismes de soutien à la production et le déploiement de l’hydrogène vert, comme il en existe pour les énergies renouvelables électriques. L’hydrogène vert est en effet beaucoup plus cher que l’hydrogène gris, à base de méthane, produit actuellement.
Si ce n’est pas encore la priorité du moment, le plan français visant en priorité à décarboner l’industrie et le transport lourd grâce à l’hydrogène, il faudra aussi développer des infrastructures de stockage et de transport de cet hydrogène. Sans parler de la conversion des centrales électriques à gaz, voire la construction de nouvelles, qui s’avère nécessaire dans quasiment tous les scénarios présentés par RTE dans son rapport Futurs énergétiques 2050. Mais cela attendra probablement après 2030.



