Cela s’impatiente déjà du côté de Bercy. Bruno Le Maire l’a fait savoir, le 30 septembre, en introduction de la troisième réunion du conseil national de l’hydrogène, un an après l’annonce d’un plan de 7 milliards en 10 ans. Il vise à installer 6,5 GW d’électrolyse pour décarboner l’industrie et les transports lourds, et développer une filière industrielle de la production l’hydrogène vert.
Certes, quelque 286 millions d’euros ont bien été engagés ou presque, qui correspondent à un investissement de 952 millions d’euros, indique un communiqué du gouvernement. Mais ils vont financer 42 programmes de R&D (51 millions d'euros), l’aide à l’acquisition de 14 trains à hydrogène en régions (132 millions), l’acquisition d’équipements de recherche (55 millions) et le financement par l’Ademe de dix projets d’innovation, démonstrateurs et écosystèmes (48 millions).
Pas si mal en un an. Sauf que si Bercy et l’Elysée mettent 7 milliards sur la table, ce n’est pas pour financer de la R&D, publique ou privée, ou voir fleurir quelques stations hydrogène en régions, mais bien pour construire des usines d’équipements (électrolyseurs, réservoirs, piles à combustibles) pour équiper les sites des gigafactories d’hydrogène - si possible à proximité des centrales nucléaires, souhaite Bruno Le Maire - pour alimenter industriels et transporteurs. Une enveloppe de plus de 1,5 milliard d’euros leur est destinée.
15 PIIEC pré-notifiés début septembre

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 1.2539+3.07
3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
- 2.2337+2.05
3 Avril 2026
Gazole France TTC€/litre
Ces projets existent. Avant même l’annonce du plan, le 8 septembre 2020, Bercy en avait déjà une vingtaine sur son bureau. Après étude, certains projets, comme ceux de GazelEnergie pour convertir ses deux centrales à charbon, ont été revus. Pas question d’aller produire de l’hydrogène vert pour l’exporter en Allemagne. Le but du plan est bien de décarboner l’industrie française et le transport lourd - terrestre, maritime ou aérien - français.
Au final, début septembre, le gouvernement français a pré-notifié 15 projets d’envergure français à la Commission européenne dans le cadre des Projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC ou IPCEI). Ces derniers permettent de déroger aux règles européennes d’aides aux entreprises pour investir plus. Et d’engager la totalité des crédits prévus dans le cadre de France relance et du Programme des investissements d’avenir, soit 1,575 milliard d’euros. Ces 15 PIIEC présentent un potentiel d’investissement de 5,8 milliards d’euros. Aux entreprises qui étaient prêtes depuis plus d’un an et qui s’impatientent, le gouvernement assure que la Commission européenne validera l’éligibilité de ces projets d’ici à fin 2021.
Validation de Bruxelles attendue fin 2021
La liste de ces 15 projets n’est pas publique, mais elle devrait au moins contenir la gigafactory d’électrolyseurs de McPhy à Belfort, l’usine de stackpacks de piles à combustible pour véhicules de Symbio à Saint-Fons (Rhône), la coentreprise de Michelin et Faurecia à Lyon (Rhône), celle de réservoirs hydrogène de Plastic Omnium, dont l’emplacement n’avait pas été dévoilé, et celle d’assemblage de piles à combustible de plus de 1 MW pour la production d’électricité renouvelable pilotable d’Hydrogène de France à Bordeaux (Gironde) sur l'ancien site Ford de Blanquefort.
Pour le volet décarbonation de l’industrie lourde (raffineries, cimenteries, aciéries), les projets de projet de production d’hydrogène vert à partir de solaire de TotalEnergies et Engie à La Mède (Bouches-du-Rhône), celui d’Air Liquide et H2V à Port-Jérôme (Seine-Maritime) semblent quasi sûrs d’être validés. En revanche, GazelEnergie n’avait aucune certitude, mi-septembre, pour son projet de produire des carburants de synthèse à base d’hydrogène avec Hy2Gen à Gardanne (Bouches-du-Rhône) ou la production d’hydrogène vert avec H2V sur le site de sa centrale à charbon Emile-Huchet à Saint-Avold (Moselle), qui doit fermer en 2022.
Lhyfe, pionnier de l'hydrogène vert
En attendant que ces giga usines sortent de terre, il faut aller en Vendée pour voir à quoi ressemble une production industrielle d’hydrogène vert. Hasard du calendrier ? Alors que se tenait la troisième réunion du conseil de l’hydrogène à Bercy le 30 septembre, à Bouin en Vendée, la start-up nantaise Lhyfe inaugurait la première unité au monde de production d’hydrogène vert directement connectée à un parc éolien et avec de l’eau salée. Grâce à un investissement de 10 millions d’euros, elle produit déjà 300 kg d’hydrogène vert par jour, extensible à 1 tonne, pour alimenter les véhicules utilitaires et de transport en commun des entreprises (DB Schenke, Charier, Lidl…) et collectivités (La Roche-Sur-on) de la région.
C’est certes modeste comparé aux projets d’Air Liquide ou TotalEnergies. Mais cette première industrialisation réussie permet déjà à Lhyfe de partir développer des projets similaires chez des industriels de la chimie au Danemark, de la mobilité en Allemagne ou de l’acier en Italie. Mais aussi aider les collectivités françaises, en mutualisant des équipements dans le programme Vhygo, à passer leurs transports publics et leurs véhicules utilitaires à l’hydrogène… Matthieu Guesné, le président fondateur de Lhyfe, dit en avoir une soixantaine dans ses cartons, dont un tiers à l’international.



