Xavier Ursat, directeur nouveau nucléaire d’EDF, le reconnaît lui-même : la pandémie de Covid-19, évoquée comme une cause du nouveau retard dans la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) dans un communiqué du groupe publié mercredi 12 janvier... n’y est en fait pas pour grand-chose. « La crise du Covid n’a eu qu’un impact diffus. On a su maintenir les activités critiques », considère le dirigeant. Selon lui, la cause principale « est liée aux activités de reprise des soudures du circuit secondaire », qui ne seront achevées qu’en août 2022, au lieu d’avril, comme initialement prévu.
La reprise de huit soudures, qui traversent l’enceinte réacteur, a mobilisé 300 personnes et huit robots spécifiquement développés pour effectuer la coupe, l’usinage, le soudage et le contrôle. L'étape a été réalisée avec succès, une première mondiale. Reste que 72 soudures seulement, sur les 110 non-conformes au référentiel qualité sur le circuit secondaire, ont été reprises, explique Alain Morvan, le directeur du projet Flamanville 3 depuis fin 2020. Et même une fois achevées, EDF ne sera pas au bout de ses travaux.
Intégrer le retour d'expérience de l'EPR finlandais
EDF doit aussi reprendre trois « piquages », la partie d’une tuyauterie qui la raccorde à une autre, sur le circuit primaire principal où circule l’eau pressurisée du réacteur. Des écarts de conception ont été identifiés sur ces piquages. Si l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a validé fin 2021 la solution technique proposée par l’électricien pour les consolider, il reste à la mettre en oeuvre. Des défauts sur des soupapes doivent aussi être corrigés. « Mais ces dossiers techniques sont bien pris en compte dans le nouveau calendrier », assure Xavier Ursat.
Cette nouvelle marge de six mois (le dernier calendrier de 2019 prévoyait un chargement du combustible fin 2022) devrait aussi permettre à EDF d’intégrer le retour d’expérience de la mise en service de l’EPR finlandais d’Olkiluoto, qui a été démarré en décembre 2021 et « qui a atteint 25% de puissance début janvier », précise Xavier Ursat. Une puissance suffisante pour que le réacteur soit raccordé au réseau et monte progressivement en charge jusqu’à sa mise en service commerciale. « Nous allons faire le retour d’expérience en temps réel. Du personnel d’EDF est sur place pour suivre le démarrage de l’EPR finlandais. Ils participeront ensuite à celui de Flamanville 3 », assure le directeur nouveau nucléaire.
Renforcer les assemblages de combustible
Ce délai de six mois ne sera pas non plus de trop pour intégrer le retour d’expérience des ERP chinois de Taishan. Et notamment du problème de fuite de gaz radioactif dans la cuve, sur l’EPR 1, le premier mis en service dans le monde, qui a causé son arrêt fin juillet 2021. La cause de ce problème d’inétanchéité a été identifiée par le fabricant chinois TNPJVC en collaboration avec EDF, Framatome et l’exploitant chinois CGN. « Elle est due à l’usure de crayon [tube de métal dans lequel est placé le combustible, ndlr] en partie basse, liée à la rupture du dispositif qui maintient les crayons dans la grille », explique Nicolas Février, directeur de la direction ingénierie projet nucléaire. Un problème localisé en partie basse, qui « ne concerne qu’un nombre limité d’assemblages ».
Ce problème aurait d’ailleurs déjà été identifié sur des réacteurs du parc français. La solution, qui consiste à appliquer un traitement thermique sur les ressorts, est déjà trouvée. Mais elle n'est appliquée que depuis peu, ce qui n’a pas permis de le faire sur les combustibles chargés à Taishan en septembre 2020, considère Xavier Ursat. D'ailleurs EDF devra lui aussi remplacer certains des assemblages du combustibles déjà livrés à Flamanville 3. En revanche, selon EDF, ce problème n’aurait aucun lien avec la forte puissance des réacteurs, et rien à voir non plus avec un autre problème de corrosion rencontré sur la partie haute d’assemblage de combustible des réacteurs de la centrale de Chooz (Ardennes). Surtout, ce défaut d’inétanchéité « ne remet pas en cause le modèle EPR », insiste Xavier Ursat.
Si ce défaut ne remet peut-être pas en cause le modèle de réacteur, il pose certainement question en ce qui concerne la gestion du combustible dans les EPR. Car l’incident de l’EPR de Taishan 1 a aussi permis d’identifier, durant l’inspection, un frottement anormal entre les assemblages de combustibles périphériques et l’enveloppe du cœur de réacteur. Pour l’éviter, il va falloir faire tourner les assemblages dans la cuve lors des arrêts pour rechargement… Autre défi, plus lourd cette fois : une fois l’EPR de Flamanville mis en service fin 2023 - si tout va bien cette fois - EDF devra aussi changer le couvercle de la cuve lors du premier arrêt, en 2024, après négociation avec l’ASN… Une opération normalement bien maîtrisée. Encore faut-il arriver à cette étape.



