EDF a la pression sur les SMR. Le gouvernement attend de l’électricien national qu’il lance la construction d’une tête de série de son petit réacteur modulaire Nuward d’ici à 2030, avait rappelé Bruno Le Maire le 9 décembre 2022 lors d’une visite à la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime). Pas moins de 500 millions d’euros sont prévus dans le plan France 2030 pour financer son développement.
Pour ne pas répéter les déboires des EPR, que seuls les Chinois ont réussi à mettre en service, le gouvernement veut qu’EDF fasse la preuve que la filière française est capable de construire un tel réacteur pour ensuite l’exporter. Des pays comme la Pologne, la République tchèque ou la Finlande, voire la Suède, seraient potentiellement intéressés par s’équiper de ces petits réacteurs de 2x170 MW, pour remplacer leurs centrales thermiques ou répondre aux besoins grandissants de leur industrie pour s’électrifier.
Tenir l'engagement d'un premier béton en 2030
Las, le projet, lancé en 2017, vient à peine de passer l’étape de l’avant-projet sommaire, c’est-à-dire la définition de l’architecture du mini réacteur et des briques technologiques retenues pour assurer sa sureté passive et sa production en série. Et le dossier d’options de sûreté (DOS), première étape avant toute certification d’un nouveau réacteur nucléaire, ne sera soumis à l’Autorité de Sûreté Nucléaire française qu’en juillet 2023. Il reste donc beaucoup à faire pour tenir l’engagement de couler «le premier béton sur un site français en 2030», comme le confirmait Sandro Baldi, le directeur commercial de Nuward à L’Usine Nouvelle début mars.
Pour plus d’efficacité, et ne parler que d’une seule voix vis-à-vis des autorités de sûreté française et européennes, l’EDF a donc décidé de reprendre la main sur le projet, initialement lancé en consortium avec le CEA, TechnicAtome, Naval Group et depuis peu, Framatome. Le groupe a annoncé le 30 mars la création d’une filiale Nuward détenue à 100% par le groupe. Elle continuera à travailler avec ses partenaires historiques, assure EDF dans un communiqué, mais aussi de nouveau alliés, comme le belge Tractebel, pour l’ingénierie. «Nous avons signé un accord de coopération en Italie sur le SMR et les EPR avec Edison (autre filiale d’EDF, ndlr.), Ansaldo Energia et Ansaldo Nuclear», annonce Sandro Baldi.

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Parler d'une voix auprès des autorités de sûreté
Selon lui, face à des concurrents très actifs commercialement en Europe, comme les américains Nuscale et GE/Hitachi ou le britannique Rolls Royce, «Nuward aura l'avantage d'être produit avec une supply chain française et européenne». Et, pour réduire les délais de construction, la nouvelle filiale d'EDF compte déposer ses dossiers de certification à la fois auprès des autorités de sureté française, tchèque et finlandaise. «Cette approche permet de définir dès le basic design les caractéristiques pour être licencié plus rapidement en Europe», explique le directeur commercial de Nuward.
La priorité reste de construire un SMR de référence en France. Charge à Nuward de s’engager auprès des autorités françaises pour évaluer et sélectionner des sites pouvant accueillir le premier Nuward. Pour tenir les délais, l’effectif de la nouvelle filiale devrait atteindre les 150 salariés d’ici 2024, mais au niveau européen ce sont 600 ingénieurs qui travailleront sur le projet, assure EDF, contre environ 200 actuellement.



