Reportage

Port-la-Nouvelle équipe son port pour accueillir les projets d'éolien off-shore flottant

À Port-la-Nouvelle (Aude), la région Occitanie a inauguré lundi 2 juin le quai lourd éolien, brique d’une extension de 600 millions d’euros mise en œuvre depuis 2019 pour faire de ce port un symbole de la transition énergétique en Méditerranée. Car au large vont s’implanter des projets pilotes, puis commerciaux, d’éolien off-shore flottant.

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Port de Port-la-Nouvelle dans l'Aude
Le port de Port-la-Nouvelle (Aude) abrite notamment les fermes-pilotes éoliennes EFGL et Eolmed.

«C’est une première mondiale : ces éoliennes de 10 mégawatts (MW) sont les plus puissantes jamais montées sur flotteurs», certifie Jean-Mathieu Kolb, chef de projet chez Ocean Winds, coentreprise entre Engie et le portugais EDP Renewables. Le 2 juin, au bord du quai du terminal éolien de Port-la-Nouvelle (Aude), la ferme-pilote EFGL (30 MW) du duo Ocean Winds-Banque des Territoires a lancé sa phase d'assemblage, en hissant une nacelle en acier de 350 tonnes en haut du mât d’une des trois éoliennes Vestas, déjà relié à ses trois flotteurs géants jaunes, faits en acier.

Sous réserve d’un vent à moins de 20 km/h, les pales seront fixées dans les jours suivants. Montée, l’éolienne atteindra 186 mètres de haut, en bout de pales. Un deuxième flotteur, conçu par Principle Power et construit par Eiffage Métal et Smulders à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), a été programmé pour arriver le 3 juin, par bateau, et le troisième avant la fin du mois de juin 2025.

«La mise à l’eau devrait se faire en juillet 2025, avant le raccordement des câbles électriques et leur test par RTE. Il y a une bonne probabilité d’une mise en service avant fin 2025», indique à L’Usine Nouvelle Marc Hirt, directeur général d’Ocean Winds France. Ce sera l’aboutissement d’un projet «de 300 millions d’euros», dont le prix d’achat du mégawattheure est fixé à 240 euros, dans l’appel à projets notifié par l'Ademe en 2015. «Ici, nous sommes face à une technologie innovante, bénéficiant d’un prix élevé. C’est un projet catalyseur de la filière, précurseur d’une technologie de souveraineté énergétique», commente Claire Waysand, directrice générale adjointe d’Engie.

Dans quelques mois, EFGL aura la capacité de produire 110000 MWh/an, à 16 km au large de Leucate et de Barcarès, soit la consommation annuelle d’électricité de 50000 habitants. «Le facteur de charge de l’éolien en mer est très élevé : les éoliennes tourneront 90% du temps, soit 8000 heures sur 8700», argumente Marc Hirt. Une base de maintenance, en cours d’aménagement sur le port, recevra une vingtaine de collaborateurs Ocean Winds et Vestas pour assurer l’exploitation pendant au moins vingt ans.

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EFGL n’est pas le seul opérateur à s’être ancré à Port-la-Nouvelle : le projet pilote Eolmed de 30 MW du groupe montpelliérain Qair poursuit son avancée à quelques encâblures. La construction des flotteurs BW Ideol – des barges carrées en acier – s’achève sur le port audois et la mise à l’eau des trois éoliennes Vestas de 10 MW est planifiée à 18 km au large de Port-la-Nouvelle et de Gruissan, à l’automne 2025.

Un port transformé pour accueillir le parc d’éoliennes EFLO produisant 1TWh par an

Propriétaire du port, la région Occitanie «retrouve de la souveraineté industrielle, avec ce projet de longue haleine», affirme sa présidente Carole Delga. L’éolien marin a massivement transformé le port, qui veut favoriser son essor et celui de l’hydrogène vert (l’usine Hyd’Occ de Qair doit être mise en service, début 2026). Ainsi le quai lourd «éolien» de 250 m de long et au tirant d’eau de 11 mètres, dont la construction a coûté 45 millions d’euros, a été officiellement inauguré le 2 juin.  «Les travaux sur le port ont mobilisé, depuis 2019, un investissement public et privé de 600 millions d’euros», souligne Carole Delga. La région en a apporté 365 millions, dont 32 venant de l’État, 30 du Grand Narbonne et autant du département de l’Aude. Gestionnaire du port depuis 2021, la société d’économie mixte Semop Port-la-Nouvelle a ajouté 235 millions d’euros. De 60 hectares en 2019, l’emprise du port passera à 210 hectares en 2026.

Outre le terminal éolien (quai lourd et terre-plein de 7 hectares), un «môle vert» (ouvrage de protection du port contre les vagues trop fortes, N.D.L.R.) de 40 ha ajoutera 300 mètres de quai aux futures fermes éoliennes «commerciales» en 2026. Pour finaliser son financement, la Semop a déposé le dossier Nouveol à l’appel à projets France 2030 «Infrastructures portuaires métropolitaines pour l’industrie de l’éolien flottant». «Nouveol est chiffré à 60 millions d’euros», précise à L’Usine nouvelle Hans Kerstens, son directeur général.

Le nouvel aménagement servira notamment au duo Ocean Winds-Banque des Territoires pour le projet Éoliennes Flottantes d’Occitanie (EFLO), lauréat de l’appel à projets 6 (AO6) pour la zone «La Narbonnaise-Sud Hérault 1», fin 2024. Ce parc de 250 MW sera capable de produire 1 TWh par an vers 2031-2032, soit la consommation électrique de 500000 personnes, à un tarif d’achat fixé à 92,7 euros le MWh. «Nous avons jusqu’à octobre 2026 pour déposer le dossier de demande d’autorisation. C’est un permis ‘enveloppe’ qui donne de la souplesse. Sur le même modèle qu’EFGL, nous envisageons d’intégrer les turbines à Port-la-Nouvelle», indique Marc Hirt.

Le parc EFLO comprendra a priori 12 turbines de 21,5 MW. «Une éolienne de cette puissance n’existe qu’au stade de prototype, celle de Siemens Gamesa n’est même pas encore commercialisée», remarque-t-il. EFLO devrait générer 5 millions d’heures de travail durant ses phases de développement et de construction.

Un comité stratégique de filière pour l’éolien en mer mis en place en Occitanie

L’éolien offshore flottant pèse lourd dans l'objectif, affiché par la région Occitanie, d'être la «première région à énergie positive d’Europe en 2050». Il apporterait 38% de la production régionale d’ENR. Pour orchestrer la filière, calibrer les besoins des industriels et adapter les formations, l’État et la collectivité régionale ont lancé, le 2 juin, depuis Port-la-Nouvelle le comité stratégique pour l’éolien en mer d’Occitanie. «Nous voulons structurer une filière industrielle sur l’Occitanie, dans laquelle l’éolien en mer occupe déjà plusieurs centaines de ses 8300 emplois directs en France», soutient Carole Delga. 3000 créations d’emplois sont espérées au total en Occitanie. Plus de 200 acteurs sont référencés par la démarche collective Wind’Occ.

Pour le préfet de région Pierre-André Durand, «c’est l’occasion de diversifier la base industrielle régionale. Nous sommes à un moment charnière de la stratégie 'éolien en mer' de l’État, qui a l’objectif de 45 GW en mer, d’ici à 2050. Depuis octobre 2024, chaque façade a un cap ambitieux, dont la Méditerranée avec 5,8 GW fournis par sept futurs parcs off-shore, tous flottants, dont une majorité au large de l’Occitanie. L’attribution de l’AO9 pour un parc de 500 MW en Occitanie sera connue, fin 2025». La mise en service du parc lauréat est envisagée en 2033-2034, à une trentaine de kilomètres au large de Port-la-Nouvelle.

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