Fin 2024, 18 mois après la première pierre posée ce jeudi 29 juin, l’usine de production d’hydrogène de l’énergéticien indépendant Qair doit entrer en service sur le port de Port-la-Nouvelle, dans l’Aude. Ce projet de 60 millions d’euros a été monté par l'entreprise avec un fort soutien de l’État, des collectivités et de l’Europe. «Le financement public atteint 30%», évalue Stéphane Arnoux, directeur du pôle ingénierie et process hydrogène de Qair et directeur général d’Hyd’Occ, société créée en 2020 par Qair avec l’agence régionale énergie-climat Arec Occitanie. L’État, via l’Ademe, apporte 8,1 millions d’euros (via l'appel à projets Écosystèmes territoriaux hydrogène), la région Occitanie 12,8 millions, dont 5,7 millions de subventions de l’Union européenne et 6,2 millions d’avances remboursables via la Banque européenne d’investissement.
À Port-la-Nouvelle, les préparatifs du chantier se finalisent, les marchés de travaux sont en dépouillement et la construction de l’usine elle-même «doit démarrer à la fin août», selon le directeur général d’Hyd’Occ. L’usine fonctionnera 24 heures sur 24, avec à terme une trentaine de personnes. «Ce sera un "couteau suisse", flexible, très adaptable», assure Stéphane Arnoux. Elle démarrera avec huit électrolyseurs pour produire 3 000 tonnes par an d’hydrogène à partir d’électricité d’origine renouvelable, et la capacité sera doublée à 6 000 tonnes dans les cinq ans. «Dès 2024, l’usine fournira 21% des objectifs hydrogène de notre trajectoire de région à énergie positive», relève la présidente de la région Occitanie, Carole Delga.
Grosse consommatrice d’électricité
Pour le process d’électrolyse alcaline de l’eau (à basse température et basse pression) permettant la production d’hydrogène, l’usine Hyd’Occ consommera beaucoup d’électricité, «400 GWh à pleine charge», selon le directeur général d’Hyd’Occ. L’apport en électricité verte sera partiellement assuré par la création de centrales photovoltaïques d’une puissance globale de 20 MW sur deux terrains proches, dont une friche de 12 hectares. Si la ferme pilote d’éoliennes flottantes off-shore Qair de 30 MW, qui doit entrer en service en 2024 au large de Port-la-Nouvelle, ne sera pas directement connectée à l’usine, «nous puiserons dans le réseau RTElocal», argumente Stéphane Arnoux.
Pour l’opérateur, l’enjeu reste à trouver des clients, alors que la filière hydrogène démarre. «Il faut résoudre la quadrature du cercle, entre la production et les usages», reconnaît Louis Blanchard, président de Qair. L’usine destine sa production à des usages maritimes, portuaires et de mobilité dans un rayon de 200 km. Premier usage identifié : l’alimentation de la future drague hybride diesel-hydrogène Hydromer de la région Occitanie. En outre, Hyd’Occ est lauréat de l’appel à projets Corridor H2 qui vise la mobilité lourde (camions, autocars...) et comprend le déploiement de cinq stations de distribution d’hydrogène en Occitanie.
D’autres projets hydrogène
Actif dans 20 pays, le groupe Qair (550 personnes) a d’autres projets hydrogène en France - le président Louis Blanchard parle du développement de dix usines avec l’objectif de fournir 20% des besoins français - et à l’international. «Avec deux projets de plus grande ampleur: le projet brésilien fait 1GW, soit 20 fois Port-la-Nouvelle, et l’Islandais 800MW», précise Stéphane Arnoux.
De son côté, la région Occitanie a adopté un plan «hydrogène vert» de 150 millions d’euros sur la période 2019-2030 et positionne Port-la-Nouvelle comme le hub des énergies renouvelables, en particulier des filières hydrogène et éolien flottant off-shore. Elle soutient, toujours via l’appel à projets Corridor H2 Occitanie, une autre unité de production d’hydrogène, celle de la société nantaise Lhyfe. En construction près de Bessières, en Haute-Garonne, celle-ci pourra produire jusqu’à 2 tonnes par jour à partir de fin 2023.



