Chronique

Oui, les violences faites aux femmes concernent les entreprises

[Chronique RH] L’Association nationale des DRH a publié en octobre un guide à l’attention des services RH et des managers pour les aider à prendre en compte les violences conjugales dont sont victimes leurs collaboratrices. Un engagement qui n’allait pas de soi, tant le sujet semble intime et éloigné du monde du travail. Des actions auxquelles réfléchir, et pas seulement le 25 novembre, journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes .

Femme isolée travail
En France, chaque année, 213 000 femmes en moyenne sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint.

En demande-t-on trop à l’entreprise ? Mais peut-elle regarder ailleurs, quand les problèmes de la société s’invitent dans ses ateliers et bureaux ? Avec les confinements liés au Covid, de nombreux services RH se sont trouvés confrontés aux situations personnelles difficiles de leurs salariés. Enfant handicapé, conjoint gravement malade, violences conjugales, jusque-là invisibles de l’employeur. «Les DRH ont vu des femmes qu’il fallait sortir de chez elles pour les faire venir en entreprise malgré le confinement, ils ont géré comme ils ont pu, avec leurs partenaires sociaux ou sans le dire», a raconté mi-octobre Audrey Richard, présidente de l’Association nationale des DRH.

Ce jour-là, l’ANDRH et Onu Femmes France présentaient, devant un parterre composé quasi exclusivement de femmes, le guide publié ensemble, intitulé «Violences faites aux femmes : quels rôles pour les DRH et les managers ?». Car après avoir réfléchi, l’association a choisi de «prendre position» : «Oui, c’est une de nos responsabilités de traiter le sujet des violences faites aux femmes», affirme avec conviction Audrey Richard.

Un phénomène de grande ampleur

Le guide de 36 pages, disponible gratuitement en ligne, rappelle l’ampleur du phénomène : une femme sur trois, dans le monde, est victime de violences physiques et/ou sexuelles au cours de sa vie. En France, chaque année, 213 000 femmes en moyenne le sont de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Or, dans le monde du travail, on ne les voit pas. «Je suis DRH depuis 25 ans, je n’ai jamais vu qu’il y avait un problème de femme violentée, il y a vraiment une éducation à apporter», reconnaît Irène Ducroizet, vice-présidente RH de L’Oréal, groupe très engagé sur le sujet.

Groupe de services à la personne, Oui care emploie 20 000 salariés, des femmes à 94%. Il y a quelques années, son président Guillaume Richard a créé un fonds pour aider les victimes de violences. La première année, 57 femmes se sont manifestées pour obtenir de l’aide, dont 9 cadres (sur 150). «La création du fonds a très fortement libéré la parole, et nous avons en moyenne une cinquantaine de sollicitations par an. Sur dix ans, c’est terrifiant !», compte le dirigeant. Impressionnant, également, le nombre de sollicitations d’une aide sociale chez Clariane (ex-Korian) : 20% concernent des violences domestiques faites aux femmes.

Le guide rappelle aussi les conséquences pour l’entreprise des violences de genre : impacts sur la santé, relations sociales perturbées, coûts économiques.

Ouvrir les yeux sur les violences dont sont victimes ses collègues

En entreprise, tout commence par le repérage des situations. Directrice des relations sociales du groupe Clariane, Mathilde Tabary en est persuadée : «L’entreprise a un rôle à jouer dans la sensibilisation. Elle doit dire qu’elle est bienveillante et a envie d’accueillir les plaintes. Et elle doit former les managers.» Parmi les signaux faibles qui doivent alerter un collègue, un manager, un responsable RH : absences répétées, refus de prendre ses congés, refus des promotions ou des signes de reconnaissance car l’image de soi est détruite, maquillage trop soutenu.

Une fois repérée et libérée, la parole doit être entendue et prise en compte. Certaines entreprises financent l’aide de tiers, associations ou structures extérieures à l’entreprise ; d’autres renvoient sur l’assistance sociale quand elles en ont ou mettent en place un référent, garant de l’anonymat de celles qui le consultent.

Des actions simples jusqu'au relogement

Les actions qui suivent dépendent du niveau d’engagement de l’entreprise. Pour une PME, communiquer sur les dispositifs mis en place par les pouvoirs publics, sur les associations qui aident les victimes, ou sur le numéro de téléphone 39 19, dédié à l'écoute des femmes victimes de violence, peut suffire. Des actions facilitent la vie des salariées violentées : jours de congés supplémentaires, nouveaux horaires de travail, avances sur salaire, changement de numéro de téléphone pour limiter le harcèlement. Peu de salariés – voire de RH – le savent, mais une femme victime de violence qui quitterait son emploi pour s’éloigner de l'auteur des faits, a droit au chômage. Elle a également droit à un déblocage anticipé de son épargne salariale, dans certains cas. Chez Clariane, sur 55 demandes adressées aux assistantes sociales en 2022, 85% ont débouché sur une aide au relogement. Qui était le premier sujet sur lequel s’était penché Oui care, dont le fonds sert à financer un logement d’urgence.

Statistiques, rappel de ce que dit le droit, contacts utiles, fiches pratiques du type «à faire / à éviter»... Le guide de l’ANDRH et d’Onu Femmes est à mettre en toutes les mains : des salariés et salariées qui y trouveront des conseils utiles dans leur vie privée, des managers pour qu’ils ne soient plus aveugles ou démunis, des DRH pour qu’ils impulsent un mouvement dans leur entreprise.

Le  numéro de téléphone 3919 répond à toutes les questions et guide les femmes victimes de violences. Onu Femmes se mobilise sur le sujet jusqu’au 10 décembre.

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