Assise devant la caméra de son ordinateur, Iris Maréchal, étudiante en dernière année à HEC, prend la parole lors d'une conférence organisée par l’ESIEA, école d’ingénieur en informatique. Sa thématique : comment en finir avec les violences sexuelles et sexistes dans l'enseignement supérieur ? Présidente d'un Observatoire sur le sujet, elle rappelle les chiffres d’un rapport publié par son association en octobre 2020. Basées sur les réponses de 10 000 étudiants, ses conclusions sont alarmantes : 1 étudiant sur 5 ne connaît pas la distinction entre agression sexuelle et harcèlement sexuel, 1 étudiante sur 10 a été victime d’agression sexuelle, 1 sur 20 de viol. "L'égalité des droits, ça veut aussi dire que toutes les étudiantes et les étudiants ont le droit d'étudier dans un environnement sécurisé, peu importe leur différence”, répète-t-elle au lendemain de la journée internationale du droit des femmes.
Des violences à l’origine du manque de femmes dans les ecoles ?
Il y a quelques semaines, plusieurs dizaines d'étudiantes de l'école d'ingénieurs des Mines d'Alès ont révélé avoir été victimes de violences sexuelles lors de soirées étudiantes. Deux plaintes pour viol ont été déposées en 2019 et 2020. Dans la tourmente, le directeur de l'école Thierry de Mazancourt a démissionné le 12 mars. Pour Laurence Rossignol, vice-présidente du Sénat, ancienne ministre connue pour son engagement féministe, ces affaires ont une conséquence directe : éloigner les filles des écoles d'ingénieurs, puisqu'elles seraient au courant de ces abus dès les classes préparatoires. "À Polytechnique, le taux de filles n’arrive pas à dépasser les 15%. Elles ne se présentent pas à l’examen d'admission", affirme-t-elle. Les pourcentages de filles dans les écoles d'ingénieurs sont en effet rarement supérieurs à 20%.
Elève en 3e année à l'ESIEA, Charles Delières, seul étudiant de l'école présent lors de la conférence, pointe le fait que le métier d'ingénieur érige en modèle des figures masculines, plus que féminines. "Il faudrait faire de la sensibilisation auprès des étudiants hommes, qu’il y ait plus de modèles, professeurs et intervenants féminins pour changer les mentalités”, estime l’étudiant, qui vante tout de même le taux de féminisation de son école, selon lui deux fois supérieur à la moyenne nationale des écoles d’ingénieurs.
Dans le but d'encourager les femmes à entrer dans les métiers du numérique, l'ESIEA a annoncé une liste d'initiative pour lutter contre le sexisme et les violences sexuelles : la mise à disposition de distributeurs de protections périodiques pour lutter contre la précarité menstruelle, la désignation d'un référent égalité homme-femme chez les étudiants ou la signature par les étudiants des chartes BNEM (Bureau national des élèves en écoles de management) et BNEI (bureau national des élèves ingénieurs), qui visent à s'engager contre les discriminations, les violences et le harcèlement.
Prévention et relais politique
La prévention et la promotion de la culture du consentement apparaissent comme les principales armes pour lutter contre les phénomènes de violence. Co-fondatrice de Sexe & Consentement, Ella Harmonic détaille une campagne nationale à laquelle son association réfléchit. Son slogan : "pas de consentement, pas de sexe". “Cette campagne vise à obtenir l’inscription de mentions légales relatives au consentement sur tous les articles et les publicités liées au plaisir et à la santé sexuelle et reproductive”, clarifie Ella Hamonic, prenant l’exemple du préservatif. Pour elle, une campagne de cette ampleur ne peut se faire sans le soutien des politiques.



