Popularisées par James Bond dans le film Goldeneye (1995), les frégates légères furtives (FLF) de la Marine nationale achèvent leur programme de montée en puissance. Reconnaissables aux parois lisses qui diminuent leur empreinte radar, trois des cinq navires de la série ont été modernisés par Naval Group. Ils doivent permettre à la Marine de patienter jusqu’à l’horizon 2030 et l’arrivée en nombre suffisant des futures frégates de défense et d’intervention (FDI).
Amarrée à l’un des quais de l’Arsenal de Toulon, la frégate Aconit est, après le Courbet en 2020 et le La Fayette en 2021, le dernier bâtiment à avoir bénéficié du programme de remise à niveau, estimé à 430 millions d’euros. Entré en cale sèche le 6 février dernier, le navire est retourné à l’eau en juillet après 5 500 lignes de travaux effectuées. L'Usine Nouvelle a pu y faire un tour.
Thibaut Chéreau/Usine Nouvelle Les écrans et réseaux de communication de la frégate ont été rénovés
«C’est plus qu’une hausse de capacités, mais une rénovation majeure du navire, résume la Direction générale de l'Armement, maître d’ouvrage du chantier. Tout au long du programme nous avons dialogué avec Naval Group pour trouver le meilleur compromis entre le coût, les délais et les performances.» Sous le soleil de Toulon, la frégate semble être restée la même, mais c'est à l'intérieur qu'il faut chercher les changements. Âgée de 24 ans, l’Aconit a vu sa coque renforcée, comme ses deux sœurs avant elles, pour allonger sa durée de vie. La stabilité du bateau a aussi été améliorée pour faciliter les appontages de l’hélicoptère embarqué.
Muscler les capacités de combat
Mais le grand enjeu du programme de rénovation est l’amélioration des capacités de combat des frégates. Pensées comme des navires légers capables de faire respecter les intérêts français en haute-mer, les FLF n’ont jamais été équipées pour des combats de haute intensité. Afin de leur permettre de remplacer des bâtiments de premier rang, deux systèmes de 6 missiles anti-aérien Sadral ont été installés à la place de l’ancien, baptisé Crotale, équipé lui de 8 missiles. Plus récents, ils ont été récupérés sur les frégates anti sous-marine F70 désarmées. Les Sadral permettent d’engager deux cibles en même temps (contre deux l’une après l’autre avec l’ancien système). Sous l’eau, les 8 missiles antinavire Exocet ont eux aussi été modernisés (passage de la version MM40 Block2 à la version Block3/3C ndlr). A la proue du navire, la vénérable tourelle de 100 millimètres a aussi été remise à niveau.
Thibaut Chéreau/Usine Nouvelle Hervé Nielly est le nouveau commandant du bâtiment
Si elles pouvaient déjà agir contre les avions, navires et missiles, les FLF rénovées pourront désormais traquer les sous-marins. Un sonar KingKlip Mk2 a en effet été greffé sous leur coque. Dans le même temps, huit marins spécialisés dans la détection ont rejoint l’équipage. Mais de l’aveu même d’un des officiers ayant chapeauté la rénovation, si les FLF pourront décharger d’autres frégates plus spécialisées (de classe Horizon ou Aquitaine, ndlr) de «certaines missions qui nécessitent des capacités anti sous-marine», elles ne pourront pas se substituer à ces dernières.
Premier essai à la mer en octobre
Depuis la sortie de cale sèche de l’Aconit, ses 155 hommes et femmes d’équipage s’entrainent à quai. En cet après-midi, seuls quelques marins sont sur le pont – la majorité s’affaire dans les entrailles de la frégate. «Les nouvelles capacités des systèmes sont un bon challenge intellectuel, résume le capitaine de frégate Hervé Nielly, commandant du navire depuis août 2023. Cela nous oblige à nous former et à gagner en efficacité.»
Thibaut Chéreau/Usine Nouvelle Deux systèmes de missiles Sadral ont été installés à bord
A bord, plusieurs points stratégiques ont été modernisés comme le poste de contrôle des machines – où la fibre optique a fait son apparition – ainsi que des écrans tactiles. Quelques raides échelles et étroites coursives plus loin se niche le central opérations, où se prennent les décisions au combat. Dans cette pièce sombre digne du décor du film Le Chant du Loup, les systèmes de communications ont aussi été modernisés. Les officiers utilisent désormais une vaste table de navigation tactile pour définir leur route et pointer les menaces. Reste maintenant les essais en mer, qui doivent commencer début octobre. Si la Direction générale de l’armement valide les nouvelles capacités de l’Aconit, celle-ci pourra reprendre ses missions début 2024.



