Avec 720 000 tonnes par an de capacités d’éthylène, c’est le plus grand vapocraqueur en France, l’un des plus imposants en Europe. Ses procédés de craquage d’hydrocarbures à environ 1000 degrés pour obtenir des oléfines, matières premières indispensables aux plastiques, font de Naphtachimie l’un des sites les plus émetteurs de CO2 dans l’Hexagone. La société, actuellement coentreprise avec TotalEnergies mais qui sera entièrement détenue par Ineos d’ici quelques mois, émet actuellement environ 1,5 million de tonnes de CO2 par an, «dont 1,1 million de tonnes pour les fours de vapocraquage et nos besoins en vapeur, le reste pour des clients tiers», précise Guillaume Thomé, le directeur général.
Implanté à Lavéra (Bouches-du-Rhône), ce site pétrochimique de 500 salariés et environ 300 sous-traitants chaque jour signe avec l’Etat, le 22 novembre, un contrat de transition écologique l’engageant à réduire de 15% au moins et jusqu’à 25%, ses émissions de CO2 à l’horizon 2030. Ce qui nécessitera jusqu’à 200 millions d’euros d’investissement.
Le projet porte sur des mesures additionnelles d’efficacité énergétique mais principalement sur le remplacement de fours, plus sobres, et sur l’électrification. «Dans le procédé de vapocraquage, nous utilisons des compresseurs pour comprimer les gaz. Ils sont aujourd’hui entraînés par des turbines utilisant de la vapeur produite à partir du gaz, lesquelles seront remplacées par des moteurs électriques », explique Guillaume Thomé. L’objectif de 15% de réduction des émissions de CO2 est le minimum sur lequel Naphtachimie s’engage. Parvenir à 25% est envisageable mais dépendra aussi des soutiens financiers publics afin de maintenir la compétitivité du site.
Naphtachimie a déjà réduit de 5% les émissions de CO2 du site pétrochimique
Naphtachimie a déjà travaillé sur la réduction de son impact environnemental. Acteur de l’industrie lourde et donc énergivore, le site pétrochimique a déjà investi ces dernières années pour réduire ses consommations énergétiques. Les installations utilisent de nombreux échangeurs de chaleur, ce qui permet de refroidir des fluides chauds et de réchauffer des fluides froids, par exemple. Des efforts qui ont réduit «jusqu’à 5% de nos émissions», commente Guillaume Thomé. En 2025, lors du prochain grand arrêt du site pour maintenance, Naphtachimie prévoit aussi des opérations d’optimisation de procédés et de rendements, par exemple à travers «des projets d’instrumentation et automatismes, permettant de réduire la consommation énergétique des compresseurs». Ce qui devrait permettre d'abaisser potentiellement de 5% supplémentaires les émissions.
Atteindre 90% de réduction nécessitera de l'hydrogène et des centaines de millions d'euros d'investissements
Le site pétrochimique nourrit d’autres ambitions. Après le premier grand projet prévu par le contrat de transition écologique, Guillaume Thomé estime «envisageable d’atteindre 50% voire jusqu’à 90% de réduction des émissions à partir de 2040. Il faudra alors s’appuyer sur des énergies décarbonées, comme de grands volumes d’hydrogène, et des procédés de captage, de stockage et de réutilisation de CO2. En clair, il faudra un accès à de nouveaux réseaux énergétiques, et on parle là d’investissements de plusieurs centaines de millions d’euros». Dans ce cadre, et dans celui de la décarbonation de l’ensemble de la plateforme chimique locale, Naphtachimie collabore aussi étroitement avec l’association PIICTO, dont il est membre, coordinatrice du projet Syrius et lauréate en janvier 2023 de l’appel à projets Zones industrielles bas carbone (Zibac).



