La France déploie 5 milliards d’euros d’aides pour décarboner l’industrie et promet de doubler la mise sous 18 mois

Le gouvernement débloque 5 milliards d’euros pour des projets de décarbonation de l’industrie, a annoncé le 8 novembre le président de la République. Un effort qui pourrait être doublé sous 18 mois si les investissements privés sont bien enclenchés. Des planifications par filière, par site et par régions sont attendues sous six mois pour bâtir des contrats de transition écologique.

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Macron 50 industriels polluants 8 novembre 2022 Elysée AFP NE PAS REUTILISER
Pour décarboner massivement l'industrie lourde en France, le gouvernement veut s'appuyer sur toutes les technologies, en particulier l'hydrogène, la capture et séquestration de carbone et l'utilisation de la biomasse.

Emmanuel Macron n’avait pas réuni à l’Elysée, le 8 novembre 2022, les représentants des 50 sites industriels les plus polluants dans l’Hexagone pour leur remonter les bretelles. Le président de la République a au contraire évoqué avec eux le volet d'aides de 5 milliards d’euros, dans le cadre de France 2030, pour soutenir les projets de décarbonation. Cerise sur le gâteau, cette enveloppe pourrait être doublée sous 18 mois. Avec une logique de donnant-donnant. «Compte tenu de ce qui sera identifié dans vos stratégies, si des projets et sites sont identifiés, d’ici à 18 mois, si vous doublez vos efforts et que nous passons de 10 millions de tonnes de CO2 évitées à 20 millions de tonnes instruites, nous passerons l’enveloppe de 5 à 10 milliards d’euros d’accompagnement public», a ainsi lancé Emmanuel Macron au parterre d’industriels.

Ce chiffrage d’émissions de gaz à effet de serre (GES) est lié aux émissions actuelles de ces 50 sites les plus générateurs de CO2, concentrés dans les secteurs du BTP et de la construction (en particulier les cimentiers) de la métallurgie, de la chimie, ou encore de l’agroalimentaire. Lesquels affichent 43 millions de tonnes de CO2 par an, soit environ la moitié des émissions de l'industrie française, et 10% des émissions totales de CO2 de la France. L’objectif est donc de réduire de moitié ce total, d’abord avec une première tranche de 10 millions de tonnes de CO2, avec une échéance fixée à 10 ans, et d’envisager une seconde tranche équivalente.

Des feuilles de route par site, filière et territoire d'ici six mois

Sur les 5 premiers milliards d’euros, 4 milliards sont dédiés aux «grands projets de décarbonation profonde», avec pour «principal critère celui du coût par tonne de CO2 évitée», selon le président. Ce qui concerne les 50 sites recensés, détenus avant tout par les grands groupes. «Une quinzaine de projets sont déjà en cours d’instruction», souffle-t-on à l’Elysée. Le solde, de 1 milliard d’euros, sera «consacré au déploiement des technologies bas carbone pour des acteurs de taille plus modeste», comme les PME et les ETI industrielles, qui sont au nombre de 26 000 sur le territoire selon le décompte de l’Elysée.  Pour ces contrats de transition écologique, le président veut s’appuyer sur des stratégies de décrue filière par filière, site par site et même territoire par territoire. Il réclame ainsi des feuilles de routes finalisées «d’ici à six mois».

Hydrogène, capture et séquestration de carbone, et biomasse en priorités

En termes de technologies, le président ne veut rien exclure et espère voir émerger des solutions de rupture à l’avenir, notamment sur les procédés de production. Il en a toutefois mis en avant trois. Sans surprise, l’hydrogène tient le haut du pavé, dans la ligne droite du plan de 9 milliards d’euros de la France pour se placer en pole position mondiale dans ce domaine. Emmanuel Macron souligne que «nous avons d’ores et déjà investi 2,1 milliards d’euros pour construire quatre gigafactories d’électrolyseurs», ce qui laisse entrevoir des capacités de «2 GWH à horizon 2027», destinées à alimenter l’industrie en France mais qui permet d’envisager aussi «d’exporter». Le chef de l’Etat estime aussi que «plusieurs dizaines de sites de production d’hydrogène industriels sont à prévoir sur le territoire» dans les années à venir.

La capture et la séquestration de carbone, en particulier pour une réutilisation industrielle, est également citée parmi les priorités technologiques du gouvernement. Sur le sujet, le président avance moins de données mais évoque la nécessité de «préparer un déploiement à grande échelle». Cette technologie pourrait particulièrement soutenir la décarbonation des cimenteries, lesquelles n’ont aujourd’hui pas encore d’options pour réduire une bonne partie de leurs émissions. Enfin, Emmanuel Macron veut s’appuyer sur la biomasse, comme les déchets du bois et forestiers, ressource dont l’avantage est d’être renouvelable et disponible sur le territoire, à l’inverse des énergies fossiles comme le gaz et le pétrole.

70 000 emplois à pourvoir dans l'industrie

Au-delà de la planification technologique, le président réclame aussi une approche par territoires. Il vise surtout la décarbonation des grandes plateformes portuaires industrialisées, comme Dunkerque (Nord), Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et l’Axe-Seine (Seine-Maritime). Emmanuel Macron veut faire de ces hubs industriels des «hubs verts, en optimisant les infrastructures et les ressources consommées». Des planifications de stratégies sont attendues en travaillant sur l’électrification des ports, le traitement des déchets et le développement de l’économie circulaire, l’intermodalité avec de meilleures connexions ferroviaires et fluviales, entre autres.

La rapidité d'exécution est clairement un objectif pour cette opération de décarbonation industrielle qui doit permettre autant de répondre aux enjeux climatiques qu’à ceux de réindustrialisation, de compétitivité, de souveraineté industrielle et d’emplois. Sur ce sujet, Emmanuel Macron s’est déjà félicité d’avoir sous son premier quinquennat stoppé la décrue des emplois industriels en France, avec la création de 30 000 postes dans l’industrie ces cinq dernières années. Mais il insiste sur la nécessité de travailler sur «les talents, par filière», et de «préciser et de planifier les besoins». Affirmant au passage qu’actuellement il y a «70 000 postes à pourvoir dans l’industrie».

Julien Cottineau, avec Jonathan Grelier

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