Réduire sa consommation d'énergie, oui, mais comment?

Plusieurs organismes publics proposent des parcours subventionnés pour aider les entreprises à devenir plus sobres énergétiquement. Des financements sont aussi mobilisables.

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La rénovation de son réseau d’air comprimé fera économiser plus de 10 000 euros par an à la scierie Josso.

« Au pays des Lumières, on sait aussi les éteindre. » Le refrain automnal des chambres de commerce et d’industrie (CCI) le rappelle : pour réduire sa consommation d’énergie, les petites actions ont un effet immédiat. Baisser le chauffage à 19 °C, installer des LED, paramétrer la veille des ordinateurs… Des réflexes à adopter pour éviter les coupures de gaz et d’électricité cet hiver. Les systématiser et les dépasser paraît en revanche moins évident.

Pour que les entreprises y parviennent, plusieurs organismes, comme les CCI, Bpifrance et l’Agence de la transition écologique (Ademe), proposent leur soutien sous la forme d’un continuum, du diagnostic au financement des transformations. Des outils en général payants, mais pas plein pot. « Quand nous avons lancé ces outils il y a deux ans, nous constations une forte conscience des enjeux par les chefs d’entreprise, mais aussi une réelle difficulté à passer à l’acte. Ils ne savaient pas très bien quoi faire, ni comment, pour réduire efficacement l’impact de leur activité sur le climat », se souvient Anne Guérin, la directrice exécutive de Bpifrance chargée du financement et du réseau. Un défi à réaliser de surcroît en temps limité dans les petites ETI et les PME.

16% d’énergie économisée avec le Diag Éco-Flux 

Pour les entreprises avec un ou plusieurs sites de 20 à 250 salariés, le Diag Éco-Flux est « le véritable diagnostic de sobriété » proposé par la banque publique, selon Anne Guérin. À partir d’une intervention d’un consultant pendant quelques jours sur place, cet accompagnement vise à réduire durablement ses consommations d’énergie, mais aussi de matières et d’eau ainsi que sa production de déchets. Il repose sur un plan d’action dont la mise en œuvre à travers des écogestes et des investissements mineurs est suivie pendant un an. Les industriels trouvent souvent assez facilement des économies sur leurs consommations nocturnes.

« Toutes entreprises confondues, ce diagnostic fait économiser 16 % d’énergie et 30 % d’eau », souligne Anne Guérin. Financé à 50 % par l’Ademe, le dispositif coûte de 2 000 euros pour un site de moins de 50 salariés à 3 000 euros pour les autres. En septembre, moins de 1 000 entreprises y avaient eu recours en deux ans. « Il y a un écart entre les annonces sur la sobriété et les actions réelles. L’enjeu est de massifier ce type de démarche », reconnaît Guillaume Crézé, le coordinateur de la cellule mobilisation des entreprises de l’Ademe. Bpifrance commercialise également Perf’Immo, un diagnostic destiné à réduire la consommation d’énergie des bâtiments tertiaires, et va sortir en début d’année prochaine un outil semblable sur l’éco-conception.

Les PME et TPE, sous le seuil de 20 salariés notamment, peuvent aussi se tourner vers les CCI. Leur « parcours énergie » invite les entreprises à s’inscrire dans une logique de sobriété à des degrés divers. Elles peuvent aussi se frotter au Flash’diag Énergie, un autodiagnostic rapide et gratuit à réaliser en ligne. Puis éventuellement participer à un atelier collectif permettant d’identifier leurs principaux postes de surconsommation, ou planifier une « visite énergie » pour bénéficier d’un accompagnement de trois jours qui aboutira sur un plan d’action.

Prolongation du prêt vert

Des prises en charge au moins partielles sont possibles pour ces prestations. « Nous orientons également les entreprises vers le parcours Proréfei, dont le but est de former des référents énergie dans les industries, précise le président de CCI France, Alain Di Crescenzo. Ces référents sont capables d’optimiser une facture énergétique et de lancer des actions de maîtrise de l’énergie. » À partir de 2023 et jusqu’à fin 2025, les CCI déploieront enfin auprès des TPE-PME le programme de réalisation d’économies d’énergie « Baisse les watts » largement porté par La Poste. Les préinscriptions sont d’ores et déjà ouvertes en ligne.

Pour les industriels, engager des investissements importants reste inévitable dans un deuxième temps. Pour financer de nouveaux équipements moins énergivores parfois soutenus par des solutions numériques, Bpifrance délivre un prêt sans garantie sur dix ans, d’un montant maximum de 5 millions d’euros avec de premiers remboursements au bout de deux ans. « Ce prêt vert a été pérennisé pour 2023. Il est obligatoirement associé à un prêt bancaire du même montant », indique Anne Guérin.

L’Ademe propose en complément une batterie de financements pour des diagnostics énergétiques plus poussés, des études de faisabilité et des investissements dans des installations de récupération de chaleur fatale ou des réseaux de chaleur alimentés par des énergies renouvelables. France 2030 a déjà bouclé trois appels à projets pour réduire la consommation d’énergie fossile pour 150 millions d’euros au global et des discussions sont en cours pour en relancer. Une poche de financement à surveiller.

Payé par les fournisseurs d’énergie contraints réglementairement d’inciter leurs clients à faire des travaux d’efficacité énergétique, « le dispositif des certificats d’économies d’énergie [CEE] est une autre source de financement mobilisable par les entreprises pour opérer ces transformations », complète Guillaume Crézé. Le matériel éligible aux CEE peut faire l’objet d’un prêt sans garantie de Bpifrance, d’un montant de 10 000 à 500 000 euros.

La scierie Josso sur le chemin de la sobriété

Au moins 10 000 euros par an. C’est l’économie anticipée par la scierie Josso après deux améliorations apportées à son réseau d’air comprimé. Le groupe morbihannais fabrique chaque année 1,5 million de palettes en bois pour un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros. Fin 2021, l’entreprise a eu recours au Diag Éco-Flux de Bpifrance, actionnaire de la société. Le processus a commencé par deux visites du bureau d’études nantais S3D. « Nous avons répondu à beaucoup de questions et fourni de la documentation. Un plan d’action a été finalisé début 2022 et nous sommes désormais dans la phase de suivi », retrace son président, Saïd Bakhtous.

Sur l’air comprimé, un colmatage de fuites et l’acquisition d’un nouveau compresseur grâce à un prêt vert de Bpifrance de 200 000 euros ont été réalisés. Un exemple parmi d’autres économies. Josso a accéléré sur le chemin de la sobriété l’an dernier car sa patronne de longue date, Claudine Josso, venait de céder le groupe à ses cadres. « Nous avons trouvé intéressant de faire le point sur nos consommations d’énergie à ce moment-là, car c’est un poste de dépenses très important. Mais nous sommes très pris par la production en temps normal », conclut son dirigeant.

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