Un prix souvent plus élevé que celui du gaz ou du fioul mais aussi une disponibilité intermittente : l’électricité verte peine encore à convertir l’industrie lourde à la production de chaleur décarbonée. Mais pas Equans. Avec son Green heat module (GHM), l’ex-filiale d’Engie, désormais propriété du groupe Bouygues, propose une solution pour utiliser les énergies renouvelables afin de produire de la chaleur à haute température. «Notre technologie permet de produire, concomitamment, de l’eau surchauffée, de la chaleur ou de l’eau chaude, et de stocker l’énergie pour plusieurs heures», présente Thomas Jung, directeur général adjoint en charge de l'excellence opérationnelle, de l'innovation et des achats chez Equans.
Pilotage et stockage
La technologie est assez simple. L’électricité alimente des résistances qui chauffent de l’air, air qui passe ensuite dans un échangeur pour produire de l’eau chaude (jusqu’à 1000°C) qui sera immédiatement utilisée dans le process industriel. Le reste de la chaleur est ensuite stocké dans un module – un réservoir tampon – constitué de briques réfractaires céramiques en forme de nid d’abeille. «Lorsque l’électricité commence à manquer, l’industriel récupère la chaleur du module à 1000°C et reproduit de l’eau chaude», explicite Thomas Jung.
Solution flexible, le GMH permet de jongler entre les sources de production électriques – vertes ou non – selon les coûts et les disponibilités. La modularité est un autre de ses avantages. «On commence petit, avec un module pour voir ce que cela donne, et on en rajoute pour éliminer de plus en plus le gaz», précise Thomas Jung qui complète : «Le plus petit module a une puissance de charge / décharge de 3,5 mégawatts (MW) et un stockage de 25 mégawattheures (MWh), soit un peu plus de 7h de stockage.»
L'Industriel propriétaire
Expérimenté depuis dix ans en Allemagne, à Jülich, en partenariat avec l'institut de recherche solaire, le GHM a déjà fait ses preuves avec deux démonstrateurs. Le produit est entré en phase commerciale il y a quelques mois. L’entreprise, qui n'a pas encore signé de projet industriel, affirme avoir reçu des marques d’intérêt de la part d’une plateforme pétrochimique allemande, de différents cimentiers et de l’OCP, l’office Shérifien des phosphates.
Dans les projets, «Equans fait le design, l’installation, la maintenance et c’est le client qui est propriétaire. Nous ne portons pas d’actif», indique Thomas Jung. Dans le cas où le client ne souhaite pas investir, Equans prévoit toutefois de chercher des partenaires financiers pour porter le projet.
Un potentiel difficile à évaluer
Le français n’est pas seul sur ce marché. L’américain Rondo energy et l’allemand Kraftblock, tous deux spécialistes du stockage thermique électrique, ont eux aussi développé des solutions proches de celle d’Equans, avec une différence : le choix du matériau de stockage. «Certains privilégient le basalte, d’autres le béton ou encore le sable», indique Thomas Jung qui justifie le choix de la céramique : «C’est un matériau stable dans le temps, connu et éprouvé dans l’industrie, détaille-t-il. Il ne se déforme pas et peut durer 30 à 40 ans sans problème.»
L’innovation, dont le succès est intimement lié à l’évolution des prix du gaz, de l’électricité et du carbone a, pour l’instant, un potentiel difficile à évaluer. «Aujourd’hui, quand les industriels investissent, c’est avec des retours sur deux ou trois ans. Dans la période actuelle, le manque de visibilité n’encourage pas aux investissements de long terme», observe Thomas Jung qui considère la technologie prometteuse pour l’industrie lourde... «qui n’a de toute façon pas 36000 solutions pour se décarboner.»



