Aux Pays-Bas, les éoliennes et les panneaux photovoltaïques font désormais partie du paysage, au même titre que les tulipes et les moulins. Longtemps dépendants du gaz d’origine fossile extrait du gisement de Groningue au nord du pays (fermé depuis 2023), les néerlandais ont fortement accéléré leur transition énergétique ces dix dernières années. Au point de devenir un leader européen de l’éolien off-shore. En septembre dernier, le Bureau central de statistique (CBS) indiquait que 53% de la production d'électricité néerlandaise avait été générée par des sources renouvelables au cours du premier semestre. Mais la bonne nouvelle ne manque pas de poser quelques défis.
Et au réseau tout d’abord. Régulièrement congestionné, ce dernier n’est pas prévu pour accueillir toute la puissance produite et la fournir là où elle est souhaitée, rendant impossible la construction de maisons ou d’usines à certains endroits du territoire. Pour la vente d’énergie ensuite. Quand le soleil ou le vent produisent une quantité importante d’électricité, cette dernière ne peut être absorbée par le réseau, ce qui crée des prix négatifs.
1 GW d’énergie verte en 2030
Combinant production d’énergie renouvelable, stockage avancé et gestion numérique, les smart grid commencent à se développer sur le territoire avec comme promesses de faire d’une pierre deux coups : décongestionner le réseau, et limiter les pertes de revenus des investisseurs à l’origine des champs d’éoliennes et des fermes photovoltaïques. C’est ce que veut démontrer le français Equans, filiale de Bouygues avec six partenaires (IGA storage, Circul8 energy, smartgrid flevoland, solarvation, Acrres et wagening university and research), dans la province de Flevoland, au Nord-Est d’Amsterdam. Appelée Renewable Energy Hub Flevoland (REF), l’installation doit fournir 1 GW d’énergie verte à la région en 2030.
Lancée en 2005, sous l’impulsion d’agriculteurs, avec l’installation de quelques éoliennes et panneaux photovoltaïques, ce sont 20 ans après, 500 000 panneaux solaires et 37 éoliennesqui génèrent désormais jusqu’à 300 MW (respectivement 163 MW et 137 MW), le tout couplé à 12 MW de grosses batteries de 36 MVA.
Effacer les prix négatifs
Présenté comme un modèle de réseau intelligent et durable, le REF équilibre l’offre et la demande. «Nous réagissons à la seconde, explique Richard Dujardin, directeur général adjoint d’Equans pour la Suisse et les Pays-Bas. S’il y a beaucoup de vent ou de soleil à un instant T, plutôt que de vendre à des prix négatifs à cause d’un réseau saturé, l’énergie est stockée dans les batteries avant d’être réinjectée dans le réseau au moment opportun.» Autrement dit, le système de gestion énergétique intelligent (EMS) optimise en temps réel la distribution d’électricité selon les besoins des consommateurs et les conditions climatiques.
Parmi les impacts concrets, Equans indique une réduction de 15% des congestions sur le réseau électrique public local et une couverture de 90% des besoins énergétiques des entreprises et des habitants dans la région.Le spécialiste de la frite McCain et celui de la préparation de plats préparés pour les voyageurs aériens, Marfo, bénéficient d’un approvisionnement direct et stable, d'électricité renouvelable, indique l’entreprise française. Ce smart grid évite surtout quelques dizaines de minutes de prix négatif chaque jour. Cette technologie est amenée à se développer. En 2023, le pays avait enregistré près de 400 heures de vente d'électricité à prix négatif sur le marché spot européen Epex.



