« Depuis la crise ukrainienne, des installateurs nous interrogent pour remplacer des chaudières à gaz par des pompes à chaleur (PAC). C’est inédit ! » Richard Bachelier, le directeur général de la PME guérandaise Arkteos (Loire-Atlantique), a le sourire. Face aux enjeux climatiques et aux nouvelles réglementations en vigueur dans le bâtiment neuf (RE2020) qui sonnent la fin des chaudières au fioul, son marché se portait déjà bien. Son chiffre d’affaires va progresser de plus de 300 % en 2022, à 20 millions d’euros. « Face à la demande incroyable, je vais sans doute devoir réviser à la hausse mes prévisions pour 2023 et 2024 », annonce le patron, qui reconnaît sa chance de faire partie des secteurs gagnants en ces temps de tensions énergétiques.
Avec plus de 1 million d’appareils thermodynamiques vendus en 2021 (contre 500 000 en 2017), la France est le premier marché d’Europe. Et l’envolée des prix du gaz et de l’électricité a encore renforcé la confiance des fabricants et installateurs de PAC. La gamme air-eau, qui affiche la plus forte croissance, permet de remplacer avantageusement les chaudières au fioul et au gaz dans les logements bien isolés, puisque le cycle thermodynamique des PAC leur permet, comme leur nom l’indique, de capter les calories présentes dans l’air extérieur ou dans le sol pour les transférer vers l’intérieur, à une température de 50 à 70 °C. De quoi quadrupler le rendement énergétique et se passer de combustible fossile, en restant sous la consommation d’électricité d’un convecteur classique.
Renforcement des capacités industrielles
Une technologie qui tombe à pic. « La crise énergétique a fait prendre conscience que les PAC sont essentielles pour se passer des combustibles fossiles dans le chauffage », observe François Deroche, le président de l’Association française pour les pompes à chaleur (Afpac). Un discours corroboré par les scénarios de prospective et bien compris par les pouvoirs publics, souligne celui qui est aussi directeur marketing du géant japonais Daikin en France. Le plan RepowerEU, qui vise à construire l’autonomie énergétique de l’Europe hors du gaz russe, suppose d’installer « 10 millions de pompes à chaleur supplémentaires d’ici à 2026 », chiffre-t-il. De quoi raffermir les décisions d’investissements du secteur.
Face à la demande et aux pénuries de composants, « ce qui fait la différence, ce sont d’abord les capacités industrielles », juge David Bioche, le directeur marketing France de Johnson Controls Hitachi, qui assemble ses produits dans son usine espagnole et prévoit d’en doubler la production. Si tous les composants ne sont pas fabriqués sur le Vieux Continent – les compresseurs sont toujours asiatiques –, tout le monde y renforce ses capacités d’assemblage. Daikin en Pologne et en Belgique, Panasonic en République tchèque, Mitsubishi en Turquie, Viessmann en Pologne et en France… De nombreux investissements ont été annoncés et la France, qui compte 30 sites de production pour 4 500 emplois industriels dans le secteur selon l’Afpac, n’est pas en reste. Le géant français du secteur, le groupe Atlantic, augmente sa production dans ses usines du Nord, de l’Ain et de Vendée.

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Percée des PAC industrielles
La concurrence reste rude. Tous les fabricants innovent pour proposer des solutions plus efficaces et connectées, ainsi que des gammes de forte puissance à destination de l’habitat collectif. Si certains, comme Auer (Intuis, ex-groupe Muller) dans la Somme, comptent se détourner totalement des combustibles fossiles pour le confort thermique, la plupart des chauffagistes traditionnels, tels BDR Thermea et Frisquet, misent sur des productions mixtes. Ils savent que les pompes à chaleur ne sont pas pertinentes pour les maisons mal isolées, complexes à installer en ville, et peu performantes lors de grands froids. « Nous investissons beaucoup dans les PAC, mais nous croyons à un mix énergétique équilibré et restons très actifs dans les chaudières à gaz », explique Diego Lepoutre, le directeur marketing de Saunier Duval (groupe Vaillant).
Fossile, le gaz naturel est néfaste pour le climat… Mais il est puissant du point de vue calorifique et pourrait être décarboné via l’utilisation de biométhane ou d’hydrogène, argue l’industriel. Et si le gaz est rare aujourd’hui, « une partie du parc nucléaire est à l’arrêt », rappelle-t-il. Au-delà des systèmes tout gaz, le compromis de l’hybridation pourrait aussi « permettre d’avoir le meilleur des deux mondes, en utilisant le gaz pour 30 % des besoins de chauffage ». Une part qui sera surtout dépendante des performances à venir des pompes à chaleur.
Alors que les modèles se multiplient pour le logement et le tertiaire, le chauffage thermodynamique lorgne désormais la décarbonation d’autres secteurs. Depuis quelques années, des PAC à haute et très haute température (entre 80 et 200 °C) émergent pour répondre aux besoins industriels. Certaines start-up, comme la française Airthium, promettent même de dépasser 500 °C !
Les groupes électrogènes appelés au secours
« Pénurie d’énergie. Avez-vous pensé à sécuriser votre activité des délestages ? » Sur son site internet, le fabricant de groupes électrogènes diesel Gelec (filiale de 2AST) annonce la couleur. Aux côtés des pompes à chaleur et du solaire, l’alimentation électrique de secours est plébiscitée face à la crise. L’entreprise bretonne, qui fait produire ses générateurs en Asie et vendait jusqu’alors pour le neuf (tours, centres de données...), répond désormais aux inquiétudes face à d’éventuelles coupures.
« En septembre, nous avons fait l’équivalent de quatre mois et demi d’activité, notamment dans les fortes puissances », explique Éric Lemoine, le directeur général de Gelec, qui dit fournir des grandes surfaces et des usines de tous types. Dans l’Aisne, Drekan Power Rental a dû ouvrir une cellule de crise pour répondre à l’afflux de demandes industrielles... Des solutions d’appoint très émettrices de CO2, qui vont plomber les bilans carbone, les alternatives vertes, comme les générateurs à hydrogène, étant encore trop peu connues.



