Enquête

Moins de réunions, plus de temps personnel : Les recettes de ces PME pour le bonheur de leurs salariés

Comment offrir les meilleures conditions de travail à ses salariés ? Moins de réunions, plus d'autonomie ou plus de temps pour des projets personnels... Dans l'Hexagone, plusieurs PME expérimentent des dispositifs avec leurs équipes.

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Diminuer le nombre de réunions est une des pistes explorées chez Back Market.

Certaines entreprises rivalisent d’imagination pour proposer à leurs salariés un agencement plus attractif de leurs tâches. Spécialisée dans les solutions numériques pour les entreprises, l’entreprise lyonnaise Wanadev a mis en place pour ses 80 collaborateurs une kyrielle d’avantages : café et thé gratuits, horaires et conditions de télétravail flexibles, coin sieste, forfait mobilité durable...

Afin de répondre à ceux qui souhaitaient disposer de plus de temps personnel, Wanadev leur propose depuis 2017 un dispositif de temps partiel. «Il est ouvert à tous, en fonction de notre charge de travail, explique Magdeleine de Percin, la directrice des ressources humaines. Actuellement, neuf salariés en bénéficient.» Lucas Dubouchet, 28 ans, développeur 3D, travaille pour Wanadev depuis 2021. Deux ans plus tard, il a obtenu de travailler quatre jours sur cinq afin de se consacrer à la conception d’une bande dessinée, achevée l’an dernier. «Je travaille actuellement sur un autre projet de BD et j’ai rejoint un atelier de sérigraphie associatif, explique-t-il. Ces défis sont passionnants... et chronophages ! Disposer d’un jour supplémentaire représente un confort non négligeable.» Logiquement, sa rémunération a baissé de 20%. «C’est un sacrifice, mais je bénéficie d’un bien meilleur équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle», confie-t-il. Un ancien salarié utilisait son temps partiel pour être trésorier dans une association de protection des oiseaux. «Cette ouverture de certains de nos collaborateurs vers l’extérieur profite au dynamisme de l’entreprise», estime la DRH.

La sacro-sainte réunion remise en cause

Chez Back Market, trop de réunions tue la réunion. Référence sur le marché du reconditionné, Back Market lutte contre le fléau de la réunionite via le programme Productive Friday (Vendredi productif). Depuis 2020, il interdit meetings et visioconférences ce jour de la semaine. «Le vendredi est libéré de toute réunion afin que nos collaborateurs se concentrent davantage sur des tâches de fond, de réflexion, de prospective», revendique Axelle Caharel, la directrice des ressources humaines de cette entreprise de 600 collaborateurs. Responsable marketing, Quentin Vandegucht, 34 ans, se réjouit de «reprendre le pouvoir sur le temps : le vendredi, je fais de la veille et je planifie mon agenda de la semaine suivante.» Une règle qui s’accompagne d’une stricte politique de réunions : une heure maxi, convocation des seuls collaborateurs indispensables, définition d’un objectif précis.

Cap chez Wopilo où une petite sieste et ça repart. «Je devais me montrer cohérent avec l’objet de mon entreprise», sourit Thomas Hervet, le fondateur et PDG de Wopilo, une société spécialisée dans les oreillers et le linge de lit, lancée en 2017. À 39 ans, cet ancien diplômé d’école de commerce est intimement persuadé que performance économique rime avec qualité de vie au travail. Ses collaborateurs peuvent ainsi aménager leur télétravail ou commencer leur journée plus tôt, un vendredi par mois. Sa mesure phare ? La plage horaire de pause accordée entre 12 et 14 heures à ceux qui souhaitent effectuer une sieste. «Nous avons sanctuarisé une salle de réunion dans laquelle nous avons installé un canapé-lit afin d’éviter des siestes sauvages et culpabilisantes », explique Thomas Hervet. Au passage, les salariés y testent les produits qu’ils vendent...

Autoriser ses salariés faire une pause professionnelle

Quitter son poste pour tenter un virage dans sa carrière peut aussi être payant. Acheteur au réseau international d’Orange, Jérôme Le Merle affiche un large sourire. Pendant un an, il a apporté son expertise et ses compétences professionnelles à l’association «Dessine-moi la high-tech», créée par un groupe d’amis ingénieurs et médecins pour faire rêver des enfants hospitalisés à travers des ateliers high-tech, tout en soutenant la recherche contre les cancers pédiatriques. «Cette expérience m’a ouvert les chakras et apporté une bouffée d’oxygène», se félicite le jeune quinquagénaire. Il a pu accomplir ce pas de côté grâce au «congé respiration» mis en place par Orange en janvier 2022.

Tout salarié possédant un minimum de dix ans d’ancienneté dans le groupe et un an sur son poste, peut s’absenter de l'entreprise entre trois et douze mois, tout en percevant au moins 70% de sa rémunération. «Ce dispositif s’inscrit dans un accord intergénérationnel triennal permettant à des collaborateurs en milieu de carrière de s’aérer l’esprit pendant quelques mois et de revenir dans l’entreprise avec encore plus de motivation», décrit Emmanuelle Bedouet, la directrice recrutement et parcours professionnels d’Orange. Trois possibilités s’offrent aux collaborateurs : rejoindre une association dans le cadre d’un mécénat de compétences, suivre une formation sans lien direct avec leur activité professionnelle, intégrer une PME ou une start-up non concurrente. En deux ans et demi, près de 250 salariés ont bénéficié de ce congé, de dix mois en moyenne. Seuls deux ne sont pas revenus.

Donner plus d'autonomie aux équipes

Et si finalement les salariés étaient plus épanouis seuls ? Difficile à croire, mais c'est pourtant le pari de Pimpant. Implanté à Dives-sur-Mer (Calvados), l'entreprise créée fin 2020 fabrique des produits d’hygiène et d’entretien en poudre, vendus dans des contenants réutilisables. La structure de 25 salariés a mis en place la semaine de quatre jours payés cinq, et le 100% télétravail. «Tous nos postes ne sont pas télétravaillables, notamment en production et en logistique, mais l’objectif était d’offrir le maximum de confort et de flexibilité à nos collaborateurs, alors que beaucoup d’entre eux n’habitent pas en Normandie. Un salarié heureux est un collaborateur performant», pointe Baptiste Hamain, 37 ans, le fondateur et dirigeant de l’entreprise. Sans évoquer le concept d’entreprise libérée, Pimpant, dont 100% des salariés sont actionnaires, fonctionne sans manager, mais avec des coachs.

Selon Baptiste Hamain, le succès d’un dispositif en télétravail complet repose notamment sur une excellente maîtrise de l’écrit. «L’objectif est de pouvoir disposer de 100 % des informations à tout moment», résume-t-il. Quant à la semaine de 4 jours, expérimentée de juin à octobre 2023, elle a conquis salariés et direction. «Un jour disponible par semaine pour soi, cela n’a pas de prix. À titre personnel, je choisis le vendredi, afin de me projeter dans mon week-end», sourit Margaux Allain, 28 ans, chargée de la communication et qui habite à deux heures de route de l’entreprise. Une fois par mois, l’équipe, au complet, se retrouve quelque part en Normandie. «Nos échanges sont stimulants et productifs car la rareté crée le désir», affirme la jeune communicante.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3736 - Novembre 2024

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