Mixité des matériaux et deuxième transformation, les pistes de la construction bois pour accélérer

Favorisée par les modalités de la RE2020 et les préoccupations environnementales, la filière de la construction bois pousse ses pions pour gagner plus rapidement des parts de marché (et de l’influence).

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Maison en bois
Avec la RE2020, les maisons en bois sont amenées à prendre plus de place dans le paysage.

Non contente de sortir comme l’une des principales gagnantes des nouvelles règles de la RE2020 qui s’appliqueront à partir de cet été, ambitieuse sur les chantiers liés aux Jeux olympiques de Paris 2024, la filière de la construction bois fourbit ses arguments pour accélérer le rythme. “La RE2020 ne nous est pas défavorable”, reconnaît dans un sourire Luc Charmasson, président du Comité stratégique de la filière bois. Elle prône, dans son plan à horizon 2030, la mixité des matériaux pour gagner plus facilement des parts de marché et remplir ses effectifs.

Aujourd’hui, seulement 10% des maisons individuelles sont construites en bois. Mais le contexte est effectivement favorable à la filière : “nous sommes dans un élan naturel. Les Etats-Unis viennent de rejoindre de nouveau l’Accord de Paris. L’an prochain, il y aura une nouvelle COP. Les propriétaires de maisons souhaitent que leurs logements soient de meilleure qualité, et moins énergivores. Avec l’analyse du cycle de vie dynamique, nous pourrons désormais faire reconnaître les qualités intrinsèques du bois, depuis la ressource”, ajoute Luc Charmasson.

La mixité des matériaux à l'honneur

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“S’il y a un peu plus de bois, il y aura un peu moins de béton. Nous allons de plus en plus vers la mixité matériaux dans le bâtiment; il y aura donc un déplacement des emplois, avec des gens issus de la filière béton qui poseront du bois. Pour attirer les jeunes, nous sommes assez bien placés grâce à notre matériau naturel, qui correspond assez bien aux valeurs actuelles”, illustre Luc Charmasson.

Afin de se développer sur le segment de la mixité des matériaux, la filière bois entend investir davantage le levier de la construction hors-site…  auquel les professionnels du gros œuvre tendent à recourir toujours plus. “Quand on préfabrique des éléments en usine, c’est moins pénible et cela génère plus de qualité. Il faut aussi pousser davantage les bois lamellés-collés, à bouter, contrecollés, le bois lamellé-croisé (CLT) ou les poutres en I, qui sont souvent achetés à l’étranger, et les relocaliser, pour répondre aux besoins de la deuxième transformation”, expose le président du CSF Bois. Dans cet état d’esprit, le groupe Ducerf, basé en Saône-et-Loire, a récemment annoncé sa volonté d’accroître ses capacités de production afin de répondre, en interne, aux besoins de la deuxième transformation.

Des approvisionnements épineux

La filière bois représente 375 000 emplois, soit 12,5% des effectifs de l’industrie manufacturière. Dans son plan Ambition 2030, elle promeut la création de fonds et de véhicules d’investissements pour “favoriser le développement d’outils productifs d’envergure et la constitution d’ETI structurantes au sein des territoires”.

Autre ambition, celle de développer l’offre de bois français. 63 % des besoins français de bois d’œuvre sont produits et récoltés dans la forêt française. Avec un bémol, toutefois. Le manque de réponses sur les moyens à allouer à cet objectif. “Nous avons un problème d’approvisionnement en matières premières. Les acheteurs chinois achètent du chêne en France, désormais de qualité menuiserie. Il y a cinq ans, les qualités secondaires étaient davantage recherchées”, regrette Edouard Ducerf, PDG de l’entreprise familiale, spécialisée dans la transformation.

Deux appels à manifestation d'intérêt à venir

Pour mettre en musique son plan, la filière bois a obtenu des ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de l’Economie un accord de principe pour la mise en place de deux appels à manifestation d’intérêt (AMI). Le premier portera sur les produits d’ingénierie, afin d’identifier des projets consistant à orienter des usines vers des produits “semi-composants”. Autre AMI prévu, un programme favorisant la mixité entre matériaux dont le bois, le béton, et l’acier. Aucune date précise n’a, pour l’heure, été annoncée.

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