L'Usine Nouvelle. - Quels éléments vous ont le plus marquée durant votre enquête ?
Anne-Laure Cattelot - Cette mission m’a été confiée suite à l'annonce du président de la République lors du Conseil de défense écologique de novembre 2019. Cela montre que le sujet est stratégique pour l’Etat, avec une lettre de mission du Premier ministre. Avec le changement climatique, la filière est au pied du mur. En étant dans une situation de crise face à la ressource, cela a eu tendance à unifier les forces. Les associations environnementales essaient maintenant de soutenir les efforts, et les positions économiques deviennent plus convergentes avec les leurs. Je suis issue d’une famille d’industriels du bois. Cette filière a souffert d’un manque de considération assez certain, comme si la ressource était éternelle. Comme l’industrie était vue comme traditionnelle, elle n’a pas forcément eu de moyens pour sa modernisation.
Quelles pistes sont envisageables pour faciliter le renouvellement des générations ?
La plupart des dirigeants sont à dix ans de la retraite. Il y a des actifs à vendre. Ce sont des entreprises qui sont au cœur de la ruralité ; il faut que des jeunes s’y installent. Il y a une offre de formation, mais on n’insiste pas forcément sur le parcours de l’entrepreneuriat. Les écoles d’ingénieur du bois doivent laisser entrevoir cette opportunité de vie passionnante de l’entrepreneuriat du bois. Par ailleurs, beaucoup d’activités de transformation sont des TPE, avec un outil de production parfois obsolète : comment inciter à la modernisation ? Je considère que l’Etat a une place particulière dans le soutien des entreprises. Ce secteur répond aux besoins d’autonomie (construction, ameublement, emballage…) et de résilience (cartonnerie, désamour du plastique, attente pour des villes plus durables). Il faut soutenir les grosses PME familiales.

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Comment peut-on améliorer la compétitivité de la filière ?
Il faut aller sur de nouveaux marchés, comme celui du lamellé-croisé (CLT). Les entreprises ont par ailleurs besoin de faire du suramortissement. Dans les entreprises du bois, la cible avant la robotique est celle l’automatisation, avec l’achat de machines à commande numérique, qui doit être un objectif premier. De plus, la plupart du bois importé de Scandinavie et de Russie est séché, tandis que le bois français est majoritairement non-séché. Il faut davantage d’unités de cogénération. Dans le Morvan, un entrepreneur doit utiliser de l’électricité pour son séchoir, ce qui renchérit le prix de vente.
Les attaques parasitaires se multiplient ; l’impact de la sécheresse se fait sentir : quelle stratégie faut-il adopter ?
Pour savoir ce que l’on plante dans nos forêts demain, il faut essayer de penser sur le long terme. On préconise que la recherche publique soit réabondée fortement. Nous faisons déjà face à des dépérissements à cause de la sécheresse ou des parasites. Les nématodes du pin sont déjà en Espagne, aux portes des Landes. Il faut donc inciter les forestiers à diversifier leurs parcelles. Il pourrait y avoir, dans un avenir moyen, une dépréciation des parcelles mono-spécifiques. La notion de risque va rentrer dans l’actif forestier. Le fonds pour l’avenir des forêts, que je préconise, va aller dans les territoires les plus touchés par les crises parasitaires, comme les scolytes. La forêt de Compiègne (Oise) est ravagée actuellement par le hanneton, en plus de la sécheresse, alors qu’il s’agit d’une forêt très dense et très productive.
La gouvernance de la filière est très éclatée. Pourquoi préconisez-vous des rapprochements ?
A titre d’exemple, l’interprofession des fruits et légumes a unifié toutes les professions. Dans la filière bois, cette intégration n’est pas aboutie. Il y a le Comité stratégique de filière mais ces structures de dialogue ne suffisent pas. Il y a quelques années, la création de l’association France Bois Régions répondait à un manque d’écoute des représentants nationaux. Je propose par ailleurs la création d’une Agence nationale des forêts, regroupant l’Office national des forêts et Centre national de la propriété forestière. Il faudrait avoir un interlocuteur qui regroupe les enjeux privés et publics. Avoir un interlocuteur public permet aussi de pérenniser l’avenir des agents. D’ores et déjà, depuis cinq ans, ces deux entités ont engagé beaucoup d’actions communes. Ce ne sera pas un chantier rapide, mais plutôt pour les trois à quatre ans qui viennent. Je prône aussi la mise en place d’un ministère ou d’un secrétaire d’Etat dédié, tant le sujet est transversal.
Quid de l’outre-mer ?
Il convient de garantir la biodiversité, de monter en puissance sur la transformation pour créer des emplois et, à Mayotte, de veiller à ne pas trop grignoter leurs forêts avec l’essor de l’habitat.



