Les scolytes et la guerre commerciale ont affecté le marché du bois en 2019

En 2019, la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis a perturbé les ventes de chêne, tandis que l’épicéa a fait les frais des attaques répétées des scolytes. Les prix du bois ont reculé de 10% et les volumes commercialisés de 15%.

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Scierie, bois
Le marché du bois a souffert l'an dernier, avec des volumes et des prix en baisse.

Le prix moyen des bois sur pied en forêt privée a reculé de 10 % entre 2018 et 2019, à 60 euros par mètre cube (m3). Les volumes mis en marché lors des ventes de bois groupées ont perdu 15 %, à 1,6 million de m3. Près de 80 % des volumes ont trouvé preneur, contre 90 % en 2018. " Le ralentissement de l’économie mondiale, ainsi que la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine ont impacté la demande en chêne. Les difficultés économiques et la crise des scolytes ont affecté les résineux ", explique Eric Toppan, coordinateur de l’observatoire économique de l’interprofession France Bois Forêt, qui cosigne l’étude annuelle avec la Société forestière de la Caisse des dépôts et consignations et les Experts forestiers de France.

Première baisse des prix depuis 2012

Les prix correspondent à un ensemble d’arbres identifiés, vendus debout et en groupes. La baisse du prix moyen est une première depuis 2012. Le secteur venait seulement de retrouver les niveaux de prix atteints avant la crise des subprimes. Parmi les facteurs de cette baisse figure la chute de 14 % des prix de vente du chêne, à 163 euros par m3. "La baisse s’est amorcée au cours du premier semestre 2019, avec l’application des taxes douanières américaines sur les importations chinoises", relate l’interprofession. Le ralentissement de la demande chinoise a affecté les prix. Le pays consomme principalement des qualités secondaires destinées à de petites coupes, notamment pour les planchers ou les plans de travail.

Les scolytes continuent de faire des ravages

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Après trois années de hausse consécutive, l’indice " Toutes essences résineuses " a pour sa part régressé de 5 %, à 44 euros par m3. La chute de 22 % des prix de vente de l’épicéa commun a été constatée hors bois scolyté. Les scolytes sont des coléoptères qui percent l’écorce des arbres. Leurs larves coupent les vaisseaux nutritifs des arbres, tandis qu’un champignon teinte l’écorce. Depuis la mi-2018, ils s’attaquent de manière massive aux épicéas du Grand-Est – d’autres pays sont aussi touchés, tels que l’Allemagne et la République Tchèque.

" Cela a créé un afflux de bois peu cher, puisque détérioré, à utiliser par la filière. Le pire aurait été que ces bois restent en forêt – faire des coupes est la seule mesure qui s’impose, afin d’éviter que les insectes ne se déplacent. La perte de valeur est quasi-totale pour les forestiers (de 80 % à 100 %) ", indique Eric Toppan. Même si certaines coopératives se sont organisées pour acheminer du bois vers des scieries du sud-ouest en manque de matières, de nombreuses quantités n’ont pas été évacuées, en raison du coût de la coupe et de l’acheminement et de la détérioration des bois.

Il y a quelques exceptions, telle la hausse des prix du pin maritime (42  euros par m3 en 2019 contre 39 €/m3 en 2018) et du douglas (59 €/m3 en 2019, contre 58 €/m3 en 2018). Le douglas est très demandé pour ses qualités mécaniques, notamment en lamellé-collé, contrecollé ou pour les longues portées. " La demande est toujours très importante en panneaux pour les bois d’industrie ", précise Eric Toppan. Le cours des bois d’industrie et d’énergie feuillus s’est pour sa part établi à 15 euros par m3 en 2019, en baisse de 21 % par rapport à 2018.

Un besoin de renouvellement

L’impact de la crise actuelle sur le marché de la construction sera suivi de près - 50 % de la valeur ajoutée de la filière bois-forêt se fait dans le secteur. Ces dernières années, la filière a toutefois bénéficié de l’essor du bois énergie, ainsi que de la substitution de certains matériaux en plastique par du bois. " La forêt française a doublé de surface en un siècle, donc il n’y a pas de problèmes de ressources ", précise Eric Toppan.

Le responsable appelle toutefois à un plan de renouvellement de la forêt : " quand vous avez attendu cinquante ans pour les épicéas et qu’à quelques années de la coupe finale, tout s’effondre par une attaque d’insectes, sans assurances et avec peu d’aides, vous devez réinvestir sans les moyens financiers qui suivent ". La forêt privée, détenue par 3,5 millions de propriétaires, représente trois-quarts de la forêt française.

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