[Matière à penser] L’aluminium gagne ses galons de métal stratégique

L’aluminium et les matériaux qui servent à le produire, la bauxite et l’alumine, semblent en bonne voie pour être reconnus comme stratégiques pour la transition écologique par Bruxelles. Mais alors que la production européenne baisse depuis des années, les grandes déclarations ne suffisent pas.

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Du côté de la transition énergétique, l'aluminium se retrouve dans les véhicules électriques, les éoliennes ou encore les réseaux électriques.

Le Conseil européen a tranché : l’aluminium n’est pas un métal comme les autres. Fin juin, les chefs de gouvernement des Etats-membres de l’Union européenne ont présenté leur position concernant le Critical Raw Material Act, cette proposition de règlement visant à sécuriser un approvisionnement durable en matériaux critiques pour le Vieux Continent. Parmi les recommandations notables des Etats : augmenter le seuil de raffinage domestique de métaux critiques à 50% de la consommation européenne, et répondre à 20% des besoins par le recyclage (contre 40% et 15% dans la proposition initiale de la Commission). Et surtout ajouter l’aluminium – ainsi que le principal minerai à l’origine de ce métal, la bauxite, et un composé intermédiaire baptisé alumine – à la liste des matériaux stratégiques pour l'Europe. Une position qui rejoint les demandes de l’industrie, dont les représentants soulignent depuis des mois le rôle crucial de ce métal léger, omniprésent au quotidien, pour la transition énergétique.

Dans les voitures electriques et les reseaux

Cette décision, si elle est validée par le Parlement européen puis les institutions européennes en trilogue, devrait favoriser l’obtention de permis et de financements par la filière, qu’il s’agisse de développer le raffinage à domicile, ou de diversifier les approvisionnements existants. Malgré l’abondance de la bauxite sur la croûte terrestre, l’Australie, la Chine et la Guinée représentent à eux trois les trois quarts de la production mondiale en 2022. Ce petit pays d’Afrique Equatoriale est même à l’origine de plus de 60% des approvisionnements européens. Autre pays incontournable : la Chine et ses centrales à charbon ont produit 54% de l’alumine et 59% de l'aluminium de la planète l’année dernière.

Une situation qui inquiète l’industrie européenne, qui rappelle que l’aluminium, souvent identifié aux canettes de soda, sert aussi aux technologies critiques de demain. «Le marché est dominé par des fournisseurs non fiables, et l’aluminium est essentiel pour la transition énergétique, que l’on parle de véhicules électriques, de batteries, de panneaux solaires ou du réseau», argumente Chris Heron, responsable des relations publiques chez Eurométaux, l’organisation qui représente les producteurs de métaux en Europe. Il cite une étude de l’université belge KU Leuven, réalisée pour Eurométaux, selon laquelle ces applications “vertes” pourraient consommer entre 25 et 42 millions de tonnes d’ici 2050 !

Protéger une industrie en déclin

Jusqu’ici, la Commission considérait que la taille du marché (le deuxième plus grand dans le monde des métaux) suffisait à garantir l’approvisionnement des industries stratégiques. Sauf que toujours selon l’étude de KU Leuven, les besoins mondiaux pourraient quasiment quadrupler pour passer de 69 millions de tonnes à 250 millions en 2050. Si la grande majorité de cette dynamique provient des usages classiques, comme le bâtiment, l’allègement des transports, ou l’emballage, cette croissance pourrait favoriser les turbulences sur le marché... et affecter la transition.

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L'objectif est aussi de protéger une industrie qui bat de l'aile. Parmi les pays qui ont milité pour la caractérisation de l'aluminium comme stratégique figurent la France, l’Allemagne, la Grèce ou l’Irlande, qui font partie des plus grands producteurs du continent. Ils savent que la production d'aluminium, très gourmande en électricité, a été très affectée par la guerre en Ukraine. Si en France, la base d’électricité nucléaire permet à des acteurs comme Aluminium Dunkerque de redémarrer progressivement, «50% des capacités de production européennes sont encore débranchées, et certaines fermetures définitives ont été annoncées», alerte Chris Heron. Selon l'International Aluminium Institute, l'Europe a raffiné 1,1 million de tonnes d’aluminium primaire au cours des cinq premiers mois de 2023, contre 1,5 sur la même période en 2019.

Cette dynamique n’est pas neuve : dix ans auparavant, de janvier à mai 2009, la production se rapprochait des 2 millions de tonnes. Mais la guerre en Ukraine semble avoir engendré une prise de conscience, d'autant que la plus grande raffinerie d'alumine d'Europe, en Irlande, appartient toujours au géant russe Rusal ! Mais pour pérenniser une industrie européenne, il faudra maintenant garantir la rentabilité de l’aluminium produit sur le Vieux Continent, alors que le marché 2023 est en surplus. Ce qui suppose de se soucier de l'électricité.

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