Pour les sites énergo-intensifs français, l’heure du redémarrage arrive

Avec la baisse des prix du gaz et de l’électricité depuis le début de l'année 2023, les industriels les plus gourmands en énergie relancent progressivement les lignes de production qu'ils avaient mises à l’arrêt.

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site Alliance Aluminium Dunkerque
Aluminium Dunkerque devrait fonctionner à pleine capacité en mai.

C’est un des signaux d’une reprise plus générale. L’usine d’Aluminium Dunkerque (Nord) devrait tourner à nouveau à pleine capacité courant mai. «Les prix de l’électricité moins élevés qu’à l’été sont l’une des raisons qui nous permettent de relancer progressivement nos cuves arrêtées», rapporte le PDG du producteur d’aluminium primaire, Guillaume de Goÿs. Le plus gros consommateur d’électricité en France, avec 4 Twh consommés chaque année, avait mis à l’arrêt une partie de ses cuves «à la suite de l’explosion des prix du gaz et de l’électricité, qui a pu atteindre entre 800 et 1 000 euros pour les prix futurs en août 2022», rappelle l’industriel.

Reflux des prix du gaz et de l'électricité

Pour limiter ses pertes, Aluminium Dunkerque avait fermé 54 cuves en septembre 2022, qui représentent 20% de sa production, auxquelles se sont ajoutées 20 autres en novembre de la même année, quand les prix de l’électricité dépassaient toujours les 400 euros. Des conditions qui rendaient la production d’aluminium non-rentable. Avec un prix de l’électricité à 700 euros du MWh, le coût de production d’une tonne d’aluminium revient à 13 000 euros, quand son prix de vente avoisine les 3 000 euros. Depuis le début de l’année 2023, les prix de l’énergie, du gaz comme de l'électricité, sont revenus à des niveaux plus abordables. De près de 1 000 euros atteints brièvement à l’été 2022, les prix de l’électricité sont retombés aux alentours de 150 euros le MWh en spot en janvier 2023. Le gaz a lui aussi enregistré des hausses vertigineuses en août dernier, dépassant 320 euros le MWh. Il est retombé en dessous des 50 euros à la mi-février 2023.

Pour les industriels les plus gourmands en énergie, le reflux des prix de l’énergie apporte une bouffée d’air frais. De quoi redémarrer les capacités de production arrêtées ou mises en maintenance au moment où les prix étaient les plus hauts. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Pour Aluminium Dunkerque, le processus pour remettre en route les cuves d’aluminium est long et intensif en main d’œuvre. Et il ne peut se faire qu’au rythme de quatre cuves par semaine, ce qui fait qu’il ne sera achevé qu’en mai. Dans le Nord de la France, la raffinerie de zinc de Nyrstar à Auby(Nord) a prévu de démarrer sa production début mars, après deux mois de maintenance de ses équipements. Idem pour le verrier Duralex (Loiret), qui avait stoppé sa production pour quatre mois depuis le 1er novembre, jusqu’à début avril, et prépare lui aussi la remise en route de son four, selon un calendrier en train d’être précisé.

Dans l’acier, ArcelorMittal a confirmé lors d’un comité social et économique de l’entreprise le 14 février la réouverture de son deuxième haut-fourneau de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), mis temporairement à l’arrêt en décembre. Il devrait redémarrer à une allure minimum, non précisée, courant avril, après d’importants travaux de maintenance et de remontée en température. L’activité partielle, qui concerne environ 60% des salariés du site un jour par semaine, devrait être «significativement» réduite dès le 1er mars, en partie via l’organisation de formations sécurité en remplacement.

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Une amélioration des perspectives de demande

La baisse des prix de l’énergie sur le marché de gros n’explique pas seule ces redémarrages. ArcelorMittal anticipe de meilleures perspectives de marché pour l’acier dans les mois à venir, alors que les stocks des industriels sont au plus bas. Même si la situation reste contrastée selon les secteurs, la demande montre des signes de reprise. «En fin d’année, beaucoup d’industriels ont amplifié leur déstockage pour limiter leurs besoins de trésorerie. Et ils ont été plus attentifs aux risques clients, en livrant moins ou en recherchant moins à gagner de nouveaux clients», résume Nicolas de Warren, le président de l’Uniden, qui regroupe les industriels les plus électro-intensifs. C’est désormais un peu moins le cas.

Les aides commencent à jouer leur rôle pour atténuer la flambée des coûts de production. Depuis janvier 2023, les PME bénéficient de l’amortisseur sur les prix de l’électricité. La situation est un peu moins simple pour les plus grandes entreprises. Les critères d’accès au guichet d’aides, qui peuvent prendre en charge jusqu’à 70% des surcoûts liés à l’envol des factures énergétiques au maximum, restent complexes même s’ils ont été simplifiés en novembre 2022. Selon Bercy, les montants décaissés ont été multipliés par six depuis mi-décembre par rapport aux aides engagées au cours des six mois précédents. «Un filet de sécurité indispensable», témoigne Guillaume de Goÿs. Aluminium Dunkerque a ainsi obtenu fin 2022 un soutien de l’Etat, estimé entre 40 à 50 millions. «Nous ne voulions pas prendre le risque de nous retrouver en perte sèche dans le cas où nous aurions dû à nouveau arrêter des cuves à peine redémarrées», reprend l’industriel.

Un effet encore limité des baisses des cours

Les industriels n’en ont cependant pas encore fini avec les prix élevés de l’énergie. La baisse des prix sur les marchés de gros va mettre du temps à se répercuter sur les coûts de production des entreprises. En particulier pour l’électricité, où beaucoup sont couvertes pour l’année sur leurs consommations. Pour celles qui ont renouvelé leur contrat fin 2022, lorsque les prix étaient au plus haut, «la baisse des prix de gros ne pourra se faire sentir qu’avec retard», pointe Nicolas de Warren. L’Arenh, qui permet de couvrir en moyenne un tiers des besoins en électricité des industriels à un prix fixe et bon marché, lisse aussi les variations des prix de marché. Ces droits sont calculés chaque année sur la consommation entre le 1er avril et le 1er novembre. De quoi encourager les industriels à revenir à leur pleine capacité pour la fin du printemps.

Malgré le reflux des prix spots depuis l’été 2022, les prix de gros de l’électricité restent toujours cinq fois plus élevés qu’aux Etats-Unis, souligne Nicolas de Warren. La baisse des prix du gaz pourrait avoir des effets plus rapides. Les industriels sont en moyenne moins couverts sur leur consommation de gaz naturel, sur des durées moins longues, avec des prix sécurisés pour un trimestre souvent. Et la baisse a été plus marquée que sur les marchés de l’électricité. Mais là aussi, les prix restent encore plus élevés que leur niveau historique, il y a deux ans. Les sources d’approvisionnement européen ont été modifiées en profondeur et intègrent davantage de GNL, qui nécessite plus d’investissement pour le liquéfier et le regazéifier que le gaz naturel d’origine russe. Sans compter que la volatilité n’est pas terminée. «Les entreprises vont devoir vite échauder leur stratégie d’achat pour l’hiver 2023», souligne Nicolas de Warren.

Solène Davesne et Nathan Mann

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