Peu d’entreprises ont sollicité le guichet des aides à l’énergie, mais cela devrait changer

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire affirme qu’une cinquantaine d’entreprises par jour sollicitent le guichet d’aide aux paiements des factures d’énergie. Son utilisation devrait progresser dans les semaines à venir.

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Bercy ministere de l'economie
Simplifié depuis novembre, le guichet d'aide pour le paiement des factures d'énergie a été prolongé jusque fin 2023

«Vous avez un guichet. Même si on l’a déjà simplifié, si vous jugez qu’il y a encore des améliorations à faire, je suis ouvert», harangue Bruno Le Maire. Le 6 janvier, dans les locaux de l’usine Hanon systems à Charleville-Mézières, le ministre de l’Economie fait la retape des dispositifs publics mis en place pour aider les entreprises à faire face à la crise énergétique. Au total, 10 milliards d’euros ont été débloqués par l’Etat pour accompagner les entreprises. Depuis début janvier, une partie de ce soutien est quasi automatique pour les PME avec l’entrée en vigueur de l’amortisseur sur les prix de l’électricité. Il suffit pour cela qu’elles fassent parvenir une attestation d’éligibilité à leur fournisseur. Pour toutes les entreprises, le guichet d’aide aux paiements des factures de gaz et d’électricité reste accessible.

Et pourtant… Malgré les montants importants d’aides disponibles, jusqu’à 4 millions d’euros pour les entreprises dont les comptes ne sont pas dans le rouge et 50 millions d’euros pour les plus durement touchées, les entreprises ne se bousculent pas. «Une cinquantaine d’entreprises le sollicitent par jour, ce n’est rien», s’inquiète Bruno Le Maire, pour qui «cela doit marcher, cela doit décaisser». Nouveau défaut de conception ? Depuis mi-novembre, le guichet géré par la Direction des finances publiques a été fortement simplifié par rapport à sa version initiale. Contraint par les règles européennes, le dispositif mis sur pied à l’été avait défini des critères tellement restrictifs que peu d’entreprises étaient dans les clous. «Une vraie usine à gaz», reconnaît-on à Bercy, qui a obtenu de desserrer plusieurs critères dont celui exigeant une baisse de l’EBE (excédent brut d'exploitation) de plus de 30 % pour la première tranche d’aide jusqu'à 4 milliards d’euros.

Une hausse attendue en janvier

Franck Roubanovitch, le président du Cleee, qui regroupe des entreprises grosses consommatrices d’énergie, ne s’inquiète cette fois pas outre mesure. «Le dispositif actuel est beaucoup ouvert que le précédent. Selon nos simulations, une grande partie de nos adhérents pourra y répondre», détaille-t-il. Même si les démarches s’annoncent chronophages pour les groupes multi-sites, contraints de transmettre des dizaines de factures. Depuis le 15 novembre, environ de 60 millions d’euros ont d’ailleurs été décaissés, contre à peine 15 millions d’euros sur les six mois précédents. La lenteur avec laquelle l’enveloppe irrigue les entreprises les plus secouées par la crise énergétiques tient aussi à la façon dont il est conçu. Car le dispositif est rétroactif : jusqu'à fin janvier, les entreprises peuvent apporter leurs factures d’énergie couvrant les mois de septembre et octobre dernier. 

Beaucoup d’entreprises ont renouvelé leurs contrats d’électricité à fin décembre. Les hausses parfois vertigineuses de leurs tarifs ne se verront que sur leurs factures de janvier. A Charleville-Mézières (Ardennes), Hanon systems est dans cette situation. L’usine qui s’est repositionnée sur la fabrication de systèmes de refroidissement pour les batteries de véhicules électriques estime que ses coûts énergétiques vont être multipliés par trois en 2023, pour près de 6 à 7 millions d’euros de surcoût. «Dès que nous aurons nos factures, nous solliciterons le guichet», prévoit son directeur général Mustapha Khelladi.

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Des entreprises pas toujours bien informées

Bercy s’attend de la même manière à voir décoller le nombre d’entreprises sollicitant le guichet dans le courant du mois. Mais il n’empêche que «l’accès à tous ces dispositifs d’aide reste encore flou pour les entreprises. Il y a eu beaucoup d’aller-retour. Il faut renforcer l’information», pointe aussi Nicolas Grosdidier, le président de l’UIMM des Ardennes et président de la Fonte ardennaise. Depuis le début de l’année, les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) ont entrepris une campagne de démarchage téléphonique à destination des PME. «Les chefs d’entreprises ont eu à traiter le Covid. Puis ils ont dû devenir experts en contrats d’énergie. Et sur le dernier trimestre, il a aussi fallu gérer de nouvelles tensions d’approvisionnement», énumère l’industriel.

Pour les entreprises comme le fabricant de machines-outils Amada Europe, qui sont parvenues plus ou moins à répercuter les hausses de leurs prix énergétiques sur leurs prix, le sujet commence seulement à être examiné. «Je viens de demander à mes équipes de s’y intéresser. Mais jusqu’ici, ce n’était pas l’urgence», reconnaît le directeur Jean-François Vanier. D’autres, comme le recycleur de batterie au plomb Metal blanc, lui aussi dans les Ardennes, préfèrent passer son chemin. «Notre chiffre d’affaires dépend des cours de l’étain et du plomb, très volatiles. La nécessité d’avoir plus de 3 % du chiffre d’affaires consacré à notre facture d’énergie est difficile à calculer», pointe son directeur.

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