« Il ne faut pas construire une nouvelle dépendance aux matières critiques alors que nous nous battons pour sortir d’une dépendance aux énergies fossiles », met en garde Agnès Pannier Runacher, la ministre de la Transition énergétique. L’Observatoire français des ressources minérales, qui vient d’être créé le 29 novembre, doit y contribuer. Regroupant le bureau de recherche géologique et minière (BRGM), mais aussi l’Ademe, le CEA, l’IFPEN, le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et l’Institut français des relations internationales (IFRI), il doit permettre d’aboutir à une meilleure cartographie des chaînes d’approvisionnement des industriels.
Sa création faisait partie des principales propositions du rapport remis par Philippe Varin en janvier 2022 pour accélérer la sécurisation des approvisionnements en matières premières. La guerre en Ukraine a encore renforcé la prise de conscience de la vulnérabilité des entreprises européennes à ses importations de matières critiques, notamment depuis la Russie pour le titane ou le palladium. «Nous avons eu des difficultés à collecter les informations sur les chaînes d’approvisionnement des entreprises au moment de la guerre en Ukraine. On avait besoin d’un outil plus systémique», confirme Bercy.
Mutualiser les analyses
L’observatoire, composé d’une vingtaine de chercheurs et financé par France 2030 et les industriels, devra permettre de mutualiser les analyses sur les chaînes d’approvisionnement des entreprises et de les rendre accessibles aux PME. «Nous allons faire une veille permanente sur toutes les substances définies comme stratégiques par les industriels», détaille Stéphane Bourg, le directeur de l’Ofremi, mais aussi analyser le niveau de la demande créée par les technologies émergentes et les possibilités de substitution. Des études pourront aussi être menées de façon rapide à la demande des entreprises.
De quoi permettre à celles-ci d’adapter leurs stratégies pour limiter les risques. «Les entreprises connaissent souvent bien leurs fournisseurs de rang 1 et 2. A l’autre bout de la chaîne, les groupes miniers sont bien identifiés. Mais il y a une vraie difficulté au milieu des chaînes de valeur», souligne Christophe Poinssot, le directeur adjoint du BRGM. Une grande partie des risques se concentrent dans le raffinage et la transformation des matières critiques. «Entre la mine et une batterie électrique, il y a 17 étapes différentes. Il faut être en capacité d’identifier toutes les dépendances», prend comme exemple Antony Bourdon, le directeur des affaires industrielles du Gifas.

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Un fond d'investissement encore en cours d'examen
Contrairement à la Chine et aux Etats-Unis, la prise de conscience des enjeux de sécurisation des matières critiques est récente en France. Le gouvernement vient de nommer un délégué interministériel aux minéraux stratégiques, une autre des pistes évoquées par le rapport Varin pour piloter la stratégie française. Il a été confié à Benjamin Gallezot, ancien directeur adjoint du cabinet de Jean Castex à Matignon et ingénieur général de l’armement.
D’autres briques restent encore à mettre en place pour parachever la feuille de route du gouvernement sur les matières critiques. La création d’un fond d’investissement public-privé, chargé de prendre des participations dans des projets de mines en France ou à l’étranger, est toujours en cours d’examen par le secrétariat général à l’investissement. Une enveloppe de 500 millions d’euros avait été réservée dans France 2030.
Il devra s’articuler avec le plan pour les matériaux critiques en cours d’élaboration par l’Union européenne. Baptisé « Critical raw materials act », celui-ci devrait être validé fin mars 2023 par la Commission européenne. L’adoption de l’Inflation reduction act aux Etats-Unis, qui mobilise des subventions importantes en faveur de la relocalisation de l’extraction et du raffinage des métaux critiques de batteries en Amérique du nord, renforce encore les attentes autour du plan européen. «Le critical raw materials act devra tenir compte de ces subventions massives américaines. Sinon, l’Europe est en risque», souligne Philippe Varin.



