Etude

Comment la France veut sécuriser son accès aux métaux critiques

Le plan France 2030 va consacrer un milliard d’euros pour renforcer l’indépendance du pays dans ses approvisionnements nécessaires à la transition énergétique. Bercy étudie la création d’un fonds pour investir dans des mines à l’étranger.

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Extraction lithium
Le recyclage et les projets d'extraction en Europe ne devraient assurer que 20 à 30% des besoins de l'Europe en métaux critiques d'ici à 2030, selon le rapport de Philippe Varin.

La transition énergétique va réduire la dépendance au pétrole de l’Europe... Mais elle en crée une nouvelle aux métaux critiques. Le rapport remis par Philippe Varin le 10 janvier à la ministre de la transition énergétique Barbara Pompili et à la ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher sur la sécurisation des approvisionnements en métaux estime que les besoins mondiaux en cuivre devraient être multipliés par deux d’ici à 2030, trois pour le nickel et quatre pour le lithium. L’Europe reste largement dépendante des importations pour ses métaux critiques.

« Une cinquantaine de milliards d’euros ont été investis dans les gigafactories. En amont, il faudra au moins investir le même montant sur l’approvisionnement en matériaux pour les batteries à tous les stades », prévient l’ancien président de France industrie. Dans ce domaine, l’Europe a pris du retard. La Chine mène depuis plus qu’une décennie une stratégie offensive pour assurer son accès aux matières premières critiques dans le monde. Le Japon dispose d’un fonds pour investir dans les mines stratégiques pour ses industriels. Les Etats-Unis ont relancé la production de terres rares sur leur sol pour réduire leur dépendance à la Chine.

Appel à projet pour le traitement des métaux

La France prévoit de sauter le pas à son tour. Dans le cadre du plan France 2030, un milliard d’euros a été réservé pour l’approvisionnement en métaux critiques, dont 500 millions d’euros de fonds propres et 500 millions d’euros en subventions et avances remboursables. Le gouvernement veut privilégier l’implantation en France des étapes de traitement des métaux et de recyclage. Un appel à projet doté de 500 millions d’euros et ouvert jusqu’en janvier 2024 vient d’être lancé pour financer des nouvelles capacités de production sur le territoire, permettant de réduire la dépendance européenne. Une quarantaine de projets ont déjà été financés pour 110 millions d’euros par France relance, dont l’usine de recyclage des aimants permanents portée par Carester.

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Le rapport remis par Philippe Varin cible la création de deux plateformes dédiées à la transformation des métaux en France : l’une à Dunkerque (Nord) spécialisée sur le raffinage et le traitement des métaux de la batterie, et la seconde à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) pour le recyclage des terres rares des aimants permanents, indispensables aux éoliennes offshore.

Prises de participation dans les mines à l'étranger

En amont, la France veut également sécuriser son accès à la matière première.  « Les projets de mines en Europe arrivent à couvrir dans le cas le plus favorable 20 à 30% des besoins à 2030 », pointe Philippe Varin. Et le recyclage ne suffira pas à couvrir les besoins croissants dans l’immédiat. Les constructeurs automobiles sécurisent leurs approvisionnements en général par des contrats longs à cinq ou dix ans. « Il est important de maîtriser directement la ressource, car les contrats ont une valeur modeste quand il y a pénurie », remarque Philippe Varin. D’où l’idée, formulée par son rapport, de mettre sur pied un fond d’investissement public-privé capable de prendre des participations minoritaires, à côté de groupes miniers, dans des mines stratégiques pour l’industrie européenne.

Bercy a lancé une instruction approfondie pour lancer un fonds d’investissement dans les métaux de la transition énergétique. Il devrait être abondé par l’enveloppe en fonds propres réservée dans France 2030 et être ouvert à d’autres investisseurs. La France y voit une façon de pousser les critères européens en faveur de mines plus responsables, notamment sur le plan environnemental et social. Pour des groupes miniers, « qu’un fonds français soit en participation minoritaire pour donner une sorte de label sur la mine responsable est un plus indiscutable vis-à-vis de l’opinion publique», assure Philippe Varin, alors que l’exploitation minière fait l’objet d’oppositions locales importantes. 

Un observatoire des métaux critiques doit être créé pour regrouper l’ensemble de l’expertise existante du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) et du comité stratégique de filière mines et métaux. Un nouveau délégué interministériel à la sécurisation des approvisionnements en métaux stratégiques devrait aussi être nommé dans les semaines à venir. Avec pour mission d'incarner cette nouvelle stratégie. 

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