Managem, l’entreprise marocaine qui veut se rendre incontournable pour les métaux de la transition en Afrique

[Au Maroc, ruée vers les métaux de la transition 2/3] Au Maroc, l’entreprise minière Managem fait des métaux des batteries et de l’électrification, cuivre en tête, sa nouvelle priorité. Elle mise sur l’extraction, mais aussi sur le raffinage pour tenter de sortir son épingle du jeu et se présenter comme une alternative à la Chine.

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Managem Tizert flottation
Les lignes de flottation de l'usine de cuivre de Tizert sont pensées pour pouvoir traiter le minerai, partiellement oxydé, de la mine adjacente.

La salle de contrôle est prête. Derrière des rangées d’ordinateurs, un mur d’écrans bleus affiche une maquette numérique de la mine de cuivre de Tizert. Dans un coin, un compte à rebours rappelle la date prévue pour la production du «premier concentré de cuivre » du complexe, construit à 65 kilomètres de Taroudant, dans le sud du Maroc, par l’entreprise minière Managem. Lors de la visite de L’Usine Nouvelle, à l’occasion d’un voyage de presse le 20 mai, il restait 1 mois, 9 jours, 14 heures et 51 minutes avant le grand jour. À l’extérieur, le ballet des camions déversant, dans des nuages de poussières, leur chargement sur d‘immenses terrils, témoigne que l’excavation du minerai a déjà commencé.

3,6 millions de tonnes de minerai de cuivre par an

«Douze ans après notre premier sondage dans la zone, Tizert va être le plus grand projet de Managem, avec un capex [des dépenses d’investissement] de 440 millions de dollars», s’enthousiasme Naoual Zine, la directrice générale de la filiale de Managem en charge de la construction des projets et de la R&D, baptisée Reminex. La taille des installations s’en ressent. L’usine de concentration, où des ouvriers soudent d’énormes tuyaux rouges, mobilise 4500 tonnes de charpente métallique. «Cela fait beaucoup de stades de foot», s’amuse l’ingénieure alors que les chantiers battent leur pleiin dans le Royaume pour accueillir la coupe du monde de football en 2030.

Managem Nathan Mann
Managem Managem

Un jumeau numérique de la mine permet de savoir en temps réel les avancées et performances des machines 

La mine sera exploitée quelques années à ciel ouvert, sur une cinquantaine de mètres. Elle passera ensuite en souterrain pour suivre le gisement, avec pas moins de 300 kilomètres de galeries, progressivement creusées et remblayées, prévues sur 17 ans. Le complexe emploiera 1500 personnes, dont 600 salariés. L’usine est pensée pour traiter 3,6 millions de tonnes de minerai et produire 120000 tonnes de concentré (contenant de l’ordre de 25% de cuivre ainsi qu’un peu d’argent) chaque année ! Une taille moyenne, selon les standards du secteur.

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Mine numérique

Au total, l’actif devrait tout de même générer quelque 200 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel, estime Naoual Zine. Devant une vue imprenable sur les lignes de flottation, derrière lesquelles s’étend un désert ocre, elle explique que Tizert doublera la production de concentré de cuivre de Managem. Jusqu’à un tiers des revenus du site pourront venir de l’argent, qui se vend très bien en ce moment.

Managem broyeurNathan Mann
Managem broyeur Managem broyeur

Un des deux broyeurs miniers de l'usine de Tizert, dont le blindage n'a pas encore été installé

Motif de fierté : une des lignes de flottation – ces cellules mises en série dans la plupart des mines de cuivre du monde pour concentrer progressivement le métal présent au sein du minerai – utilise une technologie maison de l’entreprise pour traiter le minerai de cuivre oxydé, d’ordinaire laissé de côté. «Avec nos teneurs [de 0,5 à 1%] et notre taux d’oxydation [jusqu’à 40%], normalement aucune mine n’est rentable», vante la cadre pour souligner l’importance de la R&D interne.

Ce complexe est un premier pas. «Nous avons amené l’eau et l’électricité dans la région : nous commençons par cette mine, mais il y a un potentiel énorme», pointe la cadre, qui n’écarte pas des agrandissements. Produire du cuivre – le matériau roi pour conduire l’électricité – est «stratégique pour le pays», et pour Managem. Filiale d’Al Mada, un fond lié à la famille royale, l’entreprise a aussi fait de Tizert un complexe «modèle» équipé d’une foule de technologies de pointe.

Par exemple, une brique numérique fera varier la ventilation dans la mine en fonction des besoins. Un autre outil permet de suivre individuellement chaque ouvrier présent sous terre. D’autres, encore, aident à optimiser la production et la maintenance, grâce à «plus de 2000 capteurs et 5000 points de remontée de données en comptant les automates»… et un agent conversationnel pour les interroger ! Côté environnement, l’usine sera principalement alimentée en électricité éolienne (via des contrats d’achat avec Nareva), et utilisera seulement de l’eau usée, issue du réseau d’assainissement de la ville d’Agadir, promet Naoul Zine, chiffrant qu’il a fallu construire 142 kilomètres de canalisation et huit stations de pompage pour cela.

De l’or aux batteries

Dans les prochains mois, Managem mettra ces plans à l’épreuve. Le groupe, endetté, a besoin de produire rapidement, et prévoit de commencer à exploiter les zones où le minerai est à plus forte teneur pour dégager des bénéfices rapides. Tizert symbolise toutefois une nouvelle ère pour l’entreprise. Aujourd’hui, le groupe minier compte sept mines modestes, de divers métaux (zinc, plomb, argent, or, cobalt…) au Maroc. Il a surtout réalisé près de la moitié de son chiffre d’affaires 2024 (885 millions d’euros) via l’extraction aurifère en Afrique de l’Ouest. Avec notamment la mine de Managem Tri-K, en Guinée, qui doit être rejointe cette année par celle de Boto, au Sénégal.

Managem TizertNathan Mann
Managem Tizert Managem Tizert

Des ouvriers assemblent les derniers tuyaux de l'usine... 

«L’or nous apporte du confort, et nous donne l’assise financière pour nous développer au Maroc, notamment sur tout ce qui est lié à la transition», explique Imad Toumi, le PDG du groupe, que l’on rencontre dans une grande salle de réception de la «Managem Academy», un bâtiment moderne en bordure de Marrakech. 80% des investissements prévus d'ici à 2030 – prévus entre 1,5 et 2 milliards d’euros –  cibleront «les métaux de la transition et la chaîne de valeur des batteries», dévoile-t-il en mentionnant le manganèse, le graphite ou encore les terres rares et le lithium.

Récemment, le dirigeant a intégré un peu de gaz naturel – un combustible fossile – au portefeuille de Managem, en rachetant Sound Energy Morocco East. «La transition énergétique est une opportunité pour les miniers, car nous allons d’une dépendance forte aux hydrocarbures à une transition où les métaux deviennent indispensables», juge-t-il cependant.

Cap sur le raffinage

Sa stratégie tient en deux points. Faire de grandes mines, pour les économies d’échelle, et faire du raffinage, pour apporter de la valeur ajoutée comme il le fait pour le cobalt. Un créneau sur lequel Managem compte bénéficier de son expérience. Depuis 1997, le groupe transforme son propre minerai de cobalt – auparavant envoyé en Chine – en cathodes métalliques à Guemassa, près de Marrakech [voir encadré]. Une manière de se présenter comme une alternative aux entreprises chinoises – dont la position de force sur le raffinage de métaux critiques dans le monde est bien documentée – aux yeux d’entreprises européennes ou américaines qui veulent limiter leur dépendance à Pékin.

Managem cobaltNathan Mann
Managem cobalt Managem cobalt

Managem raffine du cobalt sous forme de cathodes brisées depuis 1997 

Imad Toumi ne cache donc pas son prochain défi : construire au Maroc une raffinerie de cuivre et une fonderie de fils. Un gros investissement – un à deux milliards de dollars – pour lequel il faudra trouver des partenaires. «Pour qu’une raffinerie de cuivre soit rentable, il faut traiter au minimum un million de tonnes de concentré par an. Nous en produisons 25% au Maroc. Nous souhaitons entrer dans une logique africaine : importer du minerai, notamment du Congo, pour le raffiner ici», détaille Imad Toumi. Une autre raffinerie, de sulfate de manganèse à destination des batteries, est aussi dans les cartons.

Sera-t-il possible d’imposer le Maroc comme hub des métaux critiques, alors que de nombreux autres pays miniers africains affichent aussi des plans similaires ? La mine congolaise de Pumpi, dont Managem possède 20% aux côtés du chinois Wanbao Mining, pourrait ajouter jusqu’à 5000 tonnes de cobalt aux quelques 1 500 que produit Managem au Maroc, et qu'il va commencer à raffiner pour les batteries de Renault fin 2025. Mais Kinshasa a renouvelé, fin juin, l’interdiction pour trois mois de toute exportation de minerai depuis son territoire, afin de soutenir les prix mais aussi d’inciter à l’installation d’usines en RDC. «Nous discutons», confie Imad Toumi en se disant «prêt à faire des partenariats pour aider à ce que l’on puisse raffiner localement». «Mais ce sont de nouvelles technologies à mettre en place, il faut un accès à de l’énergie stable qu’il vaut mieux verte… cela prend quelques années», ajoute le président de Managem. En attendant, le Maroc pourrait être là. 

A Guemassa, les débuts difficiles du recyclage de batteries au lithium

Depuis la construction d’une usine de cathode de cobalt à la fin du siècle dernier, le complexe de Guemassa s’est étoffé. Autour de 400 personnes travaillent dans ce grand centre industriel, à une petite demi-heure de route de Marrakech. De part et d’autres, des cuves marquées par le passage du temps permettent à l’entreprise d’y raffiner neuf produits différents, dont du cobalt, du nickel, de l’or ou de l’acide sulfurique, explique Hamidin Ahtin, le directeur d’exploitation du site. Rassembler les usines au même endroit facilite les synergies, par exemple pour récupérer davantage de métaux d’une même roche, produire de l’acide avec la pyrite issue d’un minerai, ou réutiliser la vapeur produite par ladite usine… Dernier projet en date : la conversion l’année dernière d’une usine de recyclage de calamine (de l’oxyde de zinc issu de poussières d’aciéries) en centre de recyclage des batteries, capable de traiter 12 000 tonnes de black mass par an pour séparer le cobalt, le nickel et le lithium. «C’est une usine qui attend des opportunités : nous avons déjà fait des premières productions avec de la black mass issue des États-Unis, mais aujourd’hui, les prix sont élevés», dévoile notre interlocuteur. L’économie du recyclage des batteries – encore périlleuse comme en témoigne l’arrêt du projet d’Eramet à Dunkerque – dépendra de la quantité de black mass disponible, mais aussi de la capacité de chaque industriel à la payer, et donc à y récupérer le maximum de métaux, lithium compris. Pour l’instant, le taux de récupération de 60% du métal blanc affiché par Managem ne suffit pas.

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