Le risque géopolitique est parti pour durer dans les métaux de la transition verte. Malgré les efforts de l’Europe ou des Etats-Unis pour limiter la concentration dans ces marchés stratégiques, la diversification des sources d’approvisionnement n’est pas enclenchée. C’est l’une des conclusions du deuxième rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sur les métaux critiques pour la transition verte, rendu public ce vendredi 17 mai. On y lit ainsi que la concentration des marchés s’est accentuée entre 2020 et 2023 (notamment en ce qui concerne le nickel, le cobalt et le cuivre) et surtout que cette dynamique risque de continuer dans la prochaine décennie. «Globalement, le paysage relatif à l’offre est un peu meilleur qu’il y a deux ans, même s’il reste du travail à faire. Mais il est impossible de dire la même chose pour la diversification, où les progrès sont limités», a résumé Tae-Yoon Kim, analyste senior à l’AIE et principal auteur du rapport, lors d’une conférence de presse téléphonique.
Quasi-monopole sur le graphite pour batteries
Fidèle à sa méthode, l’AIE a comparé la demande en 2035 des principaux métaux raffinés pour les technologies vertes – cuivre dans les réseaux électriques, lithium, cobalt, nickel et graphite dans les batteries et terres rares dans les moteurs électriques – aux projets de mines et de raffineries annoncés. Bonne nouvelle tout d’abord : à l’exception notable du lithium et du cuivre – où les mines manquent et ne sont pas simples à construire – l’industrie est en passe de pouvoir répondre aux besoins mondiaux en 2035 (calculés à partir des objectifs affichés par les Etats, qui permettraient de limiter le réchauffement climatique à 1,7°C d’ici 2100).
Tout n’est pas rose pour autant. «De nombreux projets en développement se trouvent dans des régions déjà dominantes. Entre aujourd’hui et 2030, 75% de la croissance de production attendue provient du podium des plus grands pays producteurs», souligne Tae-Yoon Kim. Autrement dit : l'augmentation de la production pour répondre aux besoins est enclenchée, mais à regarder où sont prévues les nouvelles mines et usines, elle ne vient pas faire vaciller les acteurs déjà installés.
AIE Le raffinage des métaux nécessaire à la transition énergétique risque de rester très concentré en 2040 (AIE, CC BY 4.0)

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Sans surprise, la Chine est omniprésente. C'est chez le géant asiatique (qui est aussi le plus gros consommateur de métaux) que vont s’installer plus de la moitié des nouvelles raffineries de cuivre, de lithium ou de cobalt prévues d’ici la fin de la décennie. Encore plus inquiétant, Pékin concentrera à cette date 70% du raffinage de terres rares pour moteurs électriques et près de 95% de la production mondiale de graphite de qualité batterie, estime l’AIE.
Du côté des mines, la majorité du lithium viendra encore de l’Australie et du Chili (que la Chine devrait toutefois dépasser), et plus de la moitié du nickel et du cobalt continueront de venir, respectivement, d’Indonésie, et de République démocratique du Congo (deux pays où des capitaux chinois contrôlent déjà une part substantielle de la production minière). Là encore, l'omniprésence de grands producteurs augmente la vulnérabilité des marchés, à la merci des mouvements géopolitiques comme des disruptions accidentelles. «Il reste beaucoup à faire pour assurer une offre résiliente et diversifiée», conclut dans un communiqué de presse, le directeur de l'AIE, Fatih Birol.



