Le marché du cuivre est en forme. Ce métal rouge – souvent baptisé "docteur copper" en raison de sa propension à suivre l’état de santé de l’économie mondiale – se remet très bien de sa petite chute de tension de l’été 2022. Après être descendu à 7000 dollars la tonne sur le LME, la principale bourse d’échanges de métaux européenne, il a repassé la barre des 9000 dollars en janvier 2023. Depuis, il évolue autour de cette barre selon les besoins, les évolutions de la crise politique au Pérou (un grand pays producteur) et les tentatives des analystes de prévoir les évolutions de la macroéconomie chinoise dans les mois qui viennent.
Le métal rouge a aussi eu les honneurs des symboles, puisque son rôle dans la transition énergétique – en raison de sa très bonne conductivité électrique – l’a conduit à être l’un des deux éléments à être reconnu comme "stratégique" mais non critique, car les réserves sont bien réparties, par la Commission européenne en mars. Les trois premiers producteurs, le Chili, le Pérou et la Chine, représentent moins de la moitié de l’extraction mondiale et plusieurs pays en Europe, notamment la Pologne, l’Espagne et la Suède, exploitent des mines importantes.
Premier sur le podium des M&A devant l'or
Côté extraction, de très grands projets démarrent. En Mongolie, la gigantesque mine souterraine d’Oyu Tolgoi, détenue aux deux-tiers par Rio Tinto, a ouvert ses portes (après de longues années de débats) mi-mars. Elle devrait produire plus de 500 000 tonnes de cuivre dès 2028. Fin 2021, c’est la mine de Kamoa-Kakula, elle aussi l’une des plus grandes du monde avec un objectif de 800 000 tonnes par an, qui ouvrait en République Démocratique du Congo. Des gisements importants au regard des 29 millions de tonnes de métal consommées en 2020.
Reste que cette santé de fer n’est pas forcément une bonne nouvelle. Si des grands projets naissent encore, les réserves sont de plus en plus dures à trouver et se dégradent en qualité. L'Agence internationale de l’énergie estime qu’il faudrait 80 nouvelles mines de cuivre d’ici 2050, dont 22 dans la décennie. Nombre d’industriels qui souhaitent se renforcer dans le cuivre, explorent des mines existantes et préfèrent les acquisitions, à l’image du canadien Lundin Mining qui a annoncé fin mars avoir pris une part majoritaire dans la mine chilienne de Caserones, pour un peu moins d’un milliard de dollars.

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Au total, le cuivre a été la star des opérations d'acquisition en 2022, souligne le cabinet S&P Global. Ces dernières, portées par le rachat de l’Australien Oz Mineral par BHP (pour près de 6 milliards de dollars) et du canadien Turquoise Hill Resources par Rio Tinto (3,2 milliards) ont même dépassé en valeur les rachats de mines aurifères l’année dernière. En février dernier, le constructeur automobile Stellantis investissait 155 millions d’euros pour prendre 14,2% du projet de mine de cuivre développé en Argentine par la compagnie McEwen, qui doit commencer à produire en 2027.
Difficile d'ouvrir de nouvelles mines
«Le coût de production d’une tonne de cuivre a augmenté et les projets doivent monter à l’échelle pour améliorer leurs perspectives économiques, ce qui augmente le coût d’investissement initial», note Wood Mackenzie. Face aux difficultés de développement d’une mine, et aux teneurs en cuivre des minerais qui baissent d’année en année (pour tourner autour des 0,45% aujourd’hui), seuls les acteurs capables d’investir plusieurs milliards de dollars d’un coup peuvent supporter de nouveaux projets, juge le cabinet britannique. D’où un manque d’investissements qui fait craindre que la demande en cuivre, portée par les véhicules électriques (qui incorporent en moyenne une centaine de kilos de fils et feuilles de cuivre) et le réseau, surpasse l’offre dès la deuxième moitié de la décennie. Au global, il pourrait manquer 10 millions de tonnes de capacité de production dès 2030, chiffre Mackenzie. Un trou que les projets en développement, à 17 millions de tonnes par an, peuvent combler… si tant est que leurs performances, économiques et industrielles, soient au rendez-vous, ce dont doutent les analystes.
Conjuguée à des stocks très bas, cette situation fait prédire au géant du négoce des matières premières Trafigura que le cuivre pourrait atteindre des prix records et dépasser les 12 000 dollars la tonne dès cette année. Une dynamique incertaine, qui dépend notamment du rebond de la Chine et de la capacité du Pérou et du Chili à produire dans les mois à venir. Mais à moyen-terme, les prix du cuivre devraient conduire soit à ouvrir de nouvelles mines, soit à favoriser le recyclage efficace,voire la substitution, de ce métal stratégique.



