"Nous revenons de loin". Sur le visage de Marie-Pierre Pé, directrice du Comité Interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras (CIFOG), le soulagement se lit alors que l'interprofession présente les résultats de l'année 2020.
Le foie gras continue de recruter
Malgré une saison marquée par l'épidémie de covid-19 et l'épizootie d'influenza aviaire, le secteur a réussi à recruter de nouveaux consommateurs. "En 2020, nous avons connu une attractivité record depuis quatre ans avec 1,2 million de nouveaux acheteurs", confirme la professionnelle. Ces nouvelles recrues se sont pour la plupart manifestées lors du dernier mois de l'année 2020. "Dès la levée des premières restrictions, fin décembre, nous avons vu les ventes augmenter", constate Marie-Pierre Pé. Sur la semaine du 21 décembre, les ventes de foie gras ont augmenté de 32,2% et sur celles du 28 décembre de 27,3%. "Cela illustre que le foie gras reste une valeur refuge."
Résultat: les ventes de foie gras en décembre ont augmenté de 4,6%. "C'est une belle nouvelle pour la filière même si cela ne suffit pas à compenser les pertes liées à la fermeture des restaurants", observe Michel Fruchet, président du CIFOG. Ce dernier débouché pèse pour 40% des ventes du secteur. "Les ventes de foie gras dans les restaurants ont reculé de 36% et celles de magret de 21%", note l'interprofession.
Du côté de la production, la fin des promotions imposée par la loi Alimentation avait conduit les producteurs à revenir de leur production à la baisse de 8% en début d'année 2020. Face au contexte sanitaire, une nouvelle baisse de 5% avait été décidée au premier semestre. Au total, 26 millions de canards ont donc été produits en 2020 contre 30 millions en 2019.
20% de production en moins pour 2021
Pour 2021, l'interprofession mise d'ores et déjà sur une nouvelle baisse de 20%. En cause cette fois: l'influenza aviaire qui touche le secteur depuis l'automne 2020. 2,5 millions de canards ont déjà été euthanasiés et en raison du vide sanitaire imposé, c'est près de 4 millions de canards qui ne seront pas mis en production. "Actuellement, il n'y a aucune production dans le département des Landes et les deux tiers de la production des Pyrénées-Atlantiques et du Gers sont à l'arrêt", précise Michel Fruchet qui ajoute que la production de foie gras est revenue à son niveau de 2017.
L'interprofession ne souhaite pas encore chiffrer le manque à gagner lié à l'épizootie. "Il est encore trop tôt, nous devons avoir une date de redémarrage de la production pour faire une estimation", se justifie Marie-Pierre Pé. Les conséquences de l'épizootie sont particulièrement importantes chez les entreprises transformatrices de canard. "Elles sont très fragilisées", concède Michel Fruchet, "il y a un effet ciseau. Depuis l’influenza aviaire de la fin 2015, de gros investissements ont été réalisés dans les mesures de biosécurité avec la construction de bâtiments capables de mettre à l’abri les animaux en cas d’alerte. Cette augmentation des charges se conjugue très mal avec une baisse de la production."



