Avant l'avis de l'Anses, trois questions pour comprendre l'épizootie de grippe aviaire qui touche la France

Ce mercredi 6 janvier, l'agence nationale de sécurité alimentaire (Anses) doit rendre son avis sur la stratégie française pour lutter contre la grippe aviaire. Une publication qui soulève beaucoup d'espoir chez les producteurs du Sud-Ouest. L'Usine Nouvelle revient sur les risques de cette nouvelle épizootie pour la filière volaille. 

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Canard foie gras
Les éleveurs de canards s'inquiètent des conséquences de la résurgence de l'épizootie de grippe aviaire.

Quelle est la stratégie actuelle pour lutter contre l'épidemie ? 

C'est au mois de novembre que les premiers foyers de grippe aviaire H5N8 sont apparus sur le territoire national. Depuis, ce virus sans danger pour l'homme, mais mortel pour les volailles, a progressé. Selon le ministère de l'Agriculture, au 1er janvier 2021, la France comptait 61 foyers épidémiques, dont 40 dans les Landes. 

Face à la rapidité de l'extension de l'épizootie, le 28 décembre dernier, le ministère a autorisé les abattages préventifs dans un rayon de trois kilomètres autour des élevages touchés. Résultat, 200 000 canards ont déjà été abattus et près de 400 000 sont en attente.

De nombreux producteurs contestent la stratégie adoptée par le gouvernement, à l'image de la Confédération paysanne et du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux), troisième et quatrième organisations représentatives de la profession. Dans un communiqué commun publié le 31 décembre 2020, ces derniers réclament que "seuls les animaux affectés par le virus soient abattus (foyers) et que les abattages soient organisés sur site (l’élevage) car le transport des animaux positifs vers les abattoirs réquisitionnés est une véritable aberration sanitaire". Cette stratégie doit être évaluée par l'agence de sécurité sanitaire (ANSES) dans un avis attendu ce 6 janvier 2021. 

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Quelles sont les autres options envisagées ? 

La publication de l'Anses sera d'autant plus observée que la crise semble loin de toucher à la fin. Ce 5 janvier, un nouveau département, le Gers, annonçait être touché par l'épizootie. "Malgré les mesures prises, le feu ne s'éteint pas. D'autres solutions vont donc probablement être envisagées par l'agence sanitaire" explique Marie Pierre Pé, directrice générale du Cifog (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras), l'interprofession du secteur.

Parmi les options envisageables figure l'élargissement de la zone d'abattage préventif à cinq ou dix kilomètres. Autre piste: la mise en place d'un vide sanitaire, pour permettre le nettoyage et la désinfection d’une unité de production afin de décontaminer les lieux. Cette action avait été largement déployée lors de la précédente épizootie en 2017.

Les éleveurs de canards, organisés dans le mouvement "Les canards en colère" réclament la généralisation d'un vaccin. Ce dernier a été mis au point en 2017 par le laboratoire français CEVA. "Il est 100% efficace" affirme Didier Lapoule, fondateur du mouvement. "Mais il n'est pas encore développé. Ce n'est donc pas une solution pour l'épisode actuel" conteste Marie Pierre Pé.

La situation est d'autant plus complexe que la réglementation interdit à un pays d'exporter sa viande de volaille si cette dernière est vaccinée. "Certes, on ne pourra plus exporter, mais sans ce vaccin on ne peut même plus produire puisque nos bêtes sont abattues par précaution" s'emporte Didier Lapoule.

Du côté du Cifog, on reconnaît la nécessité d'ouvrir le débat sur le sujet. "Il va falloir mesurer le rapport coût - bénéfice pour l'ensemble de la filière" suggère Marie-Pierre Pé. Une opinion partagée par Marc Prikazsky, PDG du groupe Ceva, qui dans une interview accordée à Ouest France précise: "les solutions vaccinales existent, mais il vaut mieux les réserver au cas où l’influenza aviaire deviendrait difficile à contrôler". 

Quelles sont les conséquences économiques de la grippe aviaire ? 

Lors des deux dernières épidémies de grippe aviaire, en 2015 et 2017, près de 4 millions de volailles avaient été abattues pour une valeur de 540 millions d'euros. "Il est encore difficile d'évaluer les conséquences financières de l'épisode actuel, mais il aura un impact similaire à celui de 2017" prévient d'ores et déjà Marie-Pierre Pé.

Même si près de 80% des ventes de la filière se font sur les derniers mois de l'année, la période hivernale est capitale pour les éleveurs de canards. "C'est lors des mois d'hiver que l'on procède à l'engraissage des canards" explique la responsable du Cifog, qui compte sur l'avis de l'Anses pour permettre le redémarrage de la filière dans les plus brefs délais. 

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