Malgré la remontée des prix du gaz, l'Europe ne court pas à la catastrophe énergétique

Les prix du gaz en Europe remontent depuis quelques jours en raison des difficultés opérationnelles d’une usine en Norvège. Alors que les stocks sont au plus haut, et que l’Europe a tiré les leçons des difficultés de 2022, l’événement témoigne de la volatilité du marché.

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Site stockage gaz Gazprom Allemagne
Si seule la moitié des réserves françaises sont remplis, les stocks de gaz européens sont au plus haut, notamment en Allemagne.

Les prix du gaz en Europe remontent, et avec eux les souvenirs laissés par les sommets connus par le marché en 2022. Jeudi 15 juin, un mégawattheure (MWh) de gaz naturel sur le TTF, la place de marché qui fait référence en Europe, s’est négocié à un peu plus de 41 euros pour le mois prochain. Une remontée fulgurante, si l’on se souvient qu’au début du mois, la même quantité d’énergie se monnayait près de deux fois moins cher, aux alentours des 25 euros (et jusqu’à 23,1 le premier du mois). Mais ces prix restent encore très bas par rapport à la moyenne de 2022 (123 euros par MWh). La faiblesse de la demande industrielle dans le monde, les fortes températures du moment et des stocks européens au plus haut, limitent l'appréciation des cours.

Maintenances imprévues pour le gaz norvégien

La remontée des prix s’explique par une baisse imprévue des approvisionnements en gaz norvégien. Comme l’explique une note du cabinet Rystad Energy, l’usine de traitement de Nyhamna, ainsi que les champs de gaz du nord qui l’approvisionnent (Ormen Lange et Aasta) connaissent des difficultés opérationnelles. Des opérations de maintenance limitent leur production jusqu’à la mi-juillet au minimum. L’usine fait face à des problèmes dans son système de refroidissement, a expliqué le pétrolier britannique Shell, qui l’opère pour le compte de Gassco.

L'impact est modéré. Depuis que les prix ont commencé à monter début juin, les exportations norvégiennes par pipelines sont d'ailleurs en augmentation. Les analystes de Rystad notent tout de même qu'avec 274 millions de mètres cubes le 14 juin, elles restent «plus bas que les flux normaux, de 300 millions de mètres cubes ou davantage, observés à d’autres moment de l’année». Selon eux, la perte de production norvégienne devra être remplacée par une vingtaine de méthaniers chargés de gaz liquéfié. Les capacités de regazéification en Europe de l’est sont déjà encombrées, alors que le terminal de Montoir-de-Bretagne d'Elengy est en partie à l’arrêt pour cause de maintenance jusqu’à juillet. Une situation qui pourrait augmenter l’attente des navires chargés de gaz américain ou qatari, et qui peut justifier l’augmentation "temporaire" des prix du gaz à Rotterdam.

Un constat partagé par des analystes de Goldman Sachs, qui pointent dans une note datée du 13 juin que les interruptions de production en Norvège  sont «petites et de courte durée» et que le marché n’est pas tendu en raison d’une demande industrielle faible (estimée en baisse de 17% par rapport à l’année précédente). Ils pronostiquent qu’entre août et octobre, les prix tourneront autour de 50 euros du MWh en raison de la concurrence asiatique pour s’approvisionner en gaz liquéfié (GNL).

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Un marché volatile, mais qui se normalise

«Nous nous attendons à ce que le marché reste équilibré, même en l’absence de gaz russe», expliquait récemment la directrice commodités et matières premières de l’agence Fitch, Angela Valavina, devant quelques journalistes. Selon elle, le GNL et la baisse de la demande devraient largement suffire à répondre aux besoins, alors qu’un tiers du GNL s’achète en temps réel (en spot), «ce qui signifie que des volumes sont disponibles pour les pays les plus offrants, dont l’Europe, même si le marché est relativement tendu en l’attente de nouvelles capacités, qui n’arriveront que dans deux à trois ans [au Qatar et aux Etats-Unis]».

Autrement dit : même si le prix du gaz reste par définition variable, en fonction de l’activité économique, de la température hivernale, et d’événements industriels imprévus, « les prix se normalisent, et il ne devrait pas y avoir de volatilité de prix très importante, du type de celle de l'an dernier», juge Angela Valavina. Cela d’autant plus que la Chine augmente ses propres importations par pipeline russe et sa production intérieure, ce qui limitera la montée des prix des cargos de gaz en cas de reprise économique forte en fin d’année.

Des stocks au plus haut

Dernier facteur de tranquillité, enfin : l’Europe a déjà du gaz en réserve. «L’Europe est mieux préparée que l’année dernière, alors qu’il y avait déjà eu un effort de reconstitution des stocks à l’époque», juge Clément Audouin, associé principal dans l’équipe énergie de Roland Berger. «La capacité de stockage de l’Europe représente un quart de ses besoins annuels. Nous sommes à 50% de remplissage en France, mais à plus de 70% globalement, avec 75% en Allemagne», détaille-t-il.

Pour l’instant, le gaz fossile reste abordable. Et les pays de l’Union européenne peuvent compter sur un nouveau mécanisme d’achats groupés –  dont la première offre, en mai, a été un succès – pour remplir leurs stocks à de bons prix. «Arriver à 90%, peut-être dès septembre, ne devrait pas être insurmontable», rassure le consultant. Reste à voir si le désir de sécurité énergétique des plus grands consommateurs les poussera à accepter de signer des contrats de GNL à long-terme malgré l’avenir incertain du gaz. Un combustible fossile menacé par son empreinte carbone très élevée et l’électrification des process.

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