«Les prévisions de prix du gaz en 2023 ont beaucoup varié. Fin août 2022, le gaz pour 2023 s'échangeait à plus de 300€ du mégawattheure (MWh), alors que les prévisions aujourd’hui tournent autour de 60 €», entame François Kalaydjian. Lors de la présentation des dernières prévisions de marché de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (Ifpen), jeudi 9 février, le directeur économie et veille de l’institution publique de recherche a préféré se montrer prudent.
Les pronostics sont toujours un exercice incertain et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, début 2022, a montré les limites des anticipations des marchés de l’énergie, «qui sont toujours très sensibles à l’instant T». Ils n’avaient pas pu prévoir les envolées de prix des combustibles fossiles (+142% pour le gaz à 123€/MWh en moyenne, et +43% pour le pétrole, à 101$ le baril) qui ont marqué l’année 2022. Il n'empêche : malgré les nombreuses incertitudes et l’impact de potentiels événements extérieurs imprévisibles, le marché du gaz est moins anxieux qu’il y a six mois.
Des STocks au plus haut
En 2023, le gaz échangé en Europe devrait se négocier autour de 61 € du MWh prévoit l’Ifpen en reprenant les prix à termes début février avec lesquels l’institution se dit alignée. Un chiffre en baisse, mais encore élevé si l’on se rappelle que le même combustible se vendait à 47 € du MWh en 2021 et à 9 €/MWh en 2020.
De quoi se rassurer… au moins en partie. «Pour l’hiver 2023, la situation est beaucoup plus confortable que ce que l’on imaginait il y a encore quelques mois, explique François Kalaydjian.Les niveaux de stock aujourd’hui sont bien au-dessus de ce qu’ils sont habituellement. Nous devrions finir la période hivernale avec 55 milliards de mètres cubes en réserve. Il suffirait donc d’acheter 35 milliards de mètres cubes sur les marchés pour regonfler les stocks, au lieu des 50 milliards habituels.»
Mais le contexte, très incertain, pourrait favoriser la variabilité des cours. La consommation de l’Europe, qui a baissé de 12% en moyenne sur 2022 (autour de 450 milliards de mètres cubes), devrait repartir à la hausse. Surtout : l’incertitude porte sur la reprise économique chinoise. Longtemps orientés du nord-est au sud-ouest, les flux d’approvisionnement de gaz traversent désormais l’Europe d’ouest en est, à partir de plateformes de regazéification capable d'accueillir des navires méthaniers, dédiés au transport de gaz naturel liquéfié (GNL).
L'inconnue de la croissance chinoise
«Les importations de GNL en Europe ont augmenté de 70% en un an, chiffre Armelle Lecarpentier, ingénieure à l’Ifpen et cheffe économiste à l’association Cedigaz. Cela s’est fait en partie au prix d’une baisse en Asie, dont -14% en Chine… En comptant sur les projets en cours, nous prévoyons cette année une croissance de 5% de la production de GNL, ce qui fait à peu près 30 milliards de mètres cubes.» Or l’Europe devrait importer davantage pour compenser la baisse des exportations russes reçues par gazoduc. «Nous estimons que 20 milliards devront aller vers l’Europe, et 10 vers l’Asie, chiffre Armelle Lecarpentier. Mais un rebond en Chine pourrait changer la donne.»
Un calcul simple, en raison duquel «s’il y a une reprise économique en Chine, la tension sur le marché augmentera et le prix du gaz aussi», résume François Kalaydjian en soulignant tout de même qu’en cas de prix hauts, «certains pays, notamment en Asie, pourraient se tourner vers le charbon». De quoi détendre le marché du gaz ainsi que celui, lié, de l’électricité, que l’Ifpen estime autour de 180-140 €/MWh en 2023, soit près de deux fois moins que la moyenne de 2022. Une bonne nouvelle pour les industriels, mais qui est pointée du doigt en raison de la forte empreinte carbone du GNL. Dont les importations à venir pourraient, selon l'ONG Global Energy Monitor, empêcher l'Union européenne d'atteindre ses objectifs climatiques.



