Ch0C, la chaudière à gaz industrielle bas-carbone, débute ses essais en conditions réelles

Basée sur l’oxycombustion, la chaudière Ch0C permet d’optimiser le captage de CO2 contenu dans ses fumées. Une prouesse technique réalisée par un consortium réunissant 16 acteurs français.

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Chaudière Ch0C
Le pilote de Villers-Saint-Paul devra subir des essais pendant six mois, avant la commercialisation de la Ch0C.

A côté des deux chaudières à gaz traditionnelles de 18 MW installées dans une chaufferie opérée par Engie à Villers-Saint-Paul (Oise), le démonstrateur de Ch0C, d’une puissance de 3 MW, a tout d’un poids-plume. Mis en service fin juin, ce pilote a néanmoins été présenté en grande pompe par les 16 acteurs français ayant participé à sa conception, qui n’hésitent pas à le décrire comme une piste particulièrement prometteuse pour décarboner l’industrie.

Les partenaires soulignent que les chaudières industrielles représentent environ 23% des émissions globales de l’industrie tricolore, et assurent que la chaudière Ch0C permettrait de réduire de 90% les émissions de CO2 associées à la production de vapeur par rapport à un modèle à gaz classique. En se basant sur un objectif de 1000 chaudières remplacées, le consortium estime pouvoir éviter l’émission de 4 millions de tonnes de CO2 par an.

Un budget de 4 millions d’euros

La clé de ce faible impact environnemental réside dans un procédé simple : l’oxycombustion. Ce dernier consiste à troquer l’air habituellement brûlé avec le gaz contre de l’oxygène quasiment pur, de façon à éviter au maximum l’apparition d’azote à l’intérieur de la chaudière. Ainsi, les fumées rejetées contiennent un CO2 extrêmement concentré, qu’il est plus facile de capter, puis de stocker ou de valoriser. Par ailleurs, cette technique permet de faire chuter drastiquement la production d’oxydes d’azote (NOx), des composés chimiques toxiques et polluants, qui compliquent le traitement du CO2.

Les belles promesses de la Ch0C ont permis à ses concepteurs de remporter l’appel à projet France 2030 DEMIBaC, qui incitait au développement de démonstrateurs industriels bas-carbone, et d’obtenir 1,1 million d’euros de financement de la part de l’Ademe, sur un budget total de 4 millions d’euros. Le pilotage du projet, entamé en 2022, a été confié à la société d'ingénierie Naldeo, tandis que Babcock Wanson a été chargé de l’assemblage de la chaudière, à Nérac (Lot-et-Garonne), Pilliard, filiale du groupe Fives, de la conception du brûleur, et Verdemobil Biogaz du système de récupération et liquéfaction du CO2. Le consortium compte également parmi ses membres TotalEnergies, qui avait déjà testé une chaudière à oxycombustion sur son site de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) il y a une dizaine d’années.

Commercialisation début 2026

D’autres industriels ont participé à cette aventure, séduits à la fois par les vertus écologiques de cette solution mais aussi par les pistes de valorisation d’un CO2 de qualité alimentaire. Sur cette liste figurent notamment Bonduelle, Agro Mousquetaires, Coca-Cola ou encore Agrial. «Nos filières boissons ou légumes pourraient installer une Ch0C et utiliser le CO2 directement produit sur place, que ce soit à des fins de conditionnement ou de croissance des végétaux», illustre lors d’une présentation Alexis Marcheux, responsable innovation de la coopérative agricole. Un schéma d’économie circulaire qui permettrait de limiter les transports, et ainsi de réduire les coûts financiers et environnementaux. Le coût de fonctionnement de cette chaudière innovante fait d’ailleurs partie des principaux arguments du consortium, puisqu’il serait 40% moins élevé que celui d’une chaudière électrique et à peu près équivalent à celui d’une chaudière biomasse.

Prévue pour disposer d’une puissance comprise entre 1 et 20 MW, la Ch0C pourrait remplacer quelque 2000 chaudières à gaz industrielles installées sur le territoire français. «Parmi ces dernières, environ la moitié sont déjà suffisamment vieilles pour justifier l’achat d’une Ch0C», estime Pauline Plisson, directrice innovation de Naldeo. «Tous les industriels ne peuvent pas se permettre de passer à l’électrique, que ce soit en raison du coût ou de leurs procédés, complète Jérôme Chambin, directeur du développement de GRDF, également membre du consortium. Nous allons continuer à avoir besoin du gaz dans les années à venir, et ce projet prouve qu’il existe des solutions de décarbonation.»

Avant la commercialisation, prévue pour début 2026, le démonstrateur de Villers-Saint-Paul devra encore subir une batterie de tests, pour confirmer ses performances. Ces essais permettront aussi d’étudier, par exemple, une configuration où le gaz naturel serait remplacé par du biogaz ou du biométhane, et accroître ainsi son marché.

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