Pourquoi les ventes de chaudières à gaz sont reparties à la hausse en 2024 en France

Malgré l’arrêt progressif des aides, les ventes de chaudières à gaz murales ont rebondi en France en 2024. Au détriment des pompes à chaleur.

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Chaudière à gaz - murale
Les chaudières à gaz murales n'ont pas deserté les foyers français.

715000 unités en 2021, 508000 unités en 2022, 390000 unités en 2023… La baisse des ventes de chaudières gaz et fioul vendues par les industriels sur le marché français semblait inexorable, sous l’effet d’un arrêt des aides de MaPrimeRénov’ en 2023 et des certificats d’énergie en 2024 pour les appareils à gaz. Las ! A la fin octobre 2024, les ventes de chaudières à gaz murales étaient en hausse de 15% par rapport à fin octobre 2023 en France. 

311800 appareils ont été vendus contre 271250 un an auparavant, d’après les données du syndicat professionnel Uniclima (qui ne portent que sur les ventes de ses adhérents, mais donnent une bonne vision du marché). Sur la même période, les ventes de pompes à chaleur (PAC) air/eau chutaient de 42%, celles de PAC air/air de 14%, de 28% pour la chaleur solaire et de 51% pour les chaudières biomasse.

Des prix du gaz en baisse

Une situation qui n’étonne pas les industriels. Première explication avancée : la baisse des prix du gaz. «Les prix ont retrouvé des niveaux raisonnables par rapport à 2022, rendant les matériels plus accessibles financièrement», observe Diego Lepoutre, le responsable ventes France du groupe Vaillant, qui produit des pompes à chaleur, chaudières, chauffages et des chauffe-eau thermodynamiques sous les marques Vaillant et Saunier Duval.

Deuxième explication avancée, celle du coût d'équipement et d'installation. «Il n’est pas incompréhensible que les utilisateurs se reportent momentanément davantage sur des solutions de chauffage connues, éprouvées, peu aidées mais plus abordables et rapides à installer comme les chaudières murales gaz à très haute performance énergétique», estime Stanislas Lacroix, le président d’Uniclima. Là où une chaudière gaz coûte en moyenne entre 3000 et 6000 euros, installation comprise, celui d’une pompe à chaleur peut varier de 12000 à 15000 euros. Un calcul que relativise Intuis, un industriel français qui a cessé la production de chaudières gaz en 2020 pour se concentrer sur les pompes à chaleur. «Il faut prendre en compte le prix de l’équipement et la consommation. Une chaudière gaz impose d’avoir un abonnement supplémentaire à celui de l’électricité. Lorsque j’installe une PAC, quand je consomme 1kW électrique, je restitue 4kW en chaud, contre 0,96kW environ sur une chaudière», estime Eric Baudry, son directeur des affaires publiques.

L’instabilité de MaPrimeRénov’ toujours pointée du doigt

Troisième explication, les soubresauts du dispositif d’aides gouvernementales MaPrimeRénov’, difficilement rendu lisible ces derniers mois. «En 2024, il y a eu des mouvements politiques et des réécritures à deux reprises de MaPrimeRénov’ qui ont créé du trouble chez les installateurs de pompes à chaleur et chez les consommateurs. Le parcours administratif, aujourd’hui, est peu simple», constate Eric Baudry. Le sort du dispositif dans le budget 2025 n'est pas encore connu.

De nouvelles restrictions sur les aides

Côté aides, depuis le 1er janvier 2025, le financement de l’installation de chaudières à gaz dans les projets de rénovations de copropriété n’est plus possible. Les chaudières à combustible fossile, notamment à gaz, ne peuvent plus être financées par des aides pour les travaux réalisés sur un logement individuel, rappelle l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat, qui opère le dispositif de MaPrimeRénov’.

Ce dispositif pourrait encore évoluer. D'après "Le Parisien", le gouvernement réfléchirait à un nouveau coup de rabot sur MaPrimeRénov. Le budget 2025 passerait d'un prévisionnel de 2,5 milliards d'euros à 1,6 milliard. Après un aller-retour début 2024, les rénovations globales seraient de nouveau favorisées dans le cadre de MaPrimeRénov'. Le financement des monogestes pourrait, lui, être redirigé vers les certificats d'économies d'énergie.

Il n'y a pas que les aides qui sont modifiées, puisque la TVA sur le matériel et la pose de chaudières à gaz dites à condensation ou à très haute performance énergétique (THPE) est passée, au 1er janvier, de 5,5% à 10%. Les prestations d'entretien et de réparation des chaudières THPE restent, elles, à 5,5%.

Des conséquences sociales liées au recul de la pompe à chaleur

La légère hausse des ventes enregistrée sur certains modèles de chaudières intervient en parallèle d'un coup de mou sur le marché de la pompe à chaleur. Dans le groupe Vaillant, la chaudière gaz fait toujours partie du plan d’affaires. «C’est un mode de chauffage très apprécié en France et en Europe. L’installation est plus simple . Le problème pour l’écologie, ce n’est pas la technologie chaudière, c’est le gaz. Il faut pousser l’ensemble de la filière et des pouvoirs publics à réduire la consommation et à verdir le gaz», argumente Diego Lepoutre. Une diversité d'activités qui permet au groupe de ne pas dépendre uniquement de la pompe à chaleur, dont les ventes souffrent dans le résidentiel.

A Nantes (Loire-Atlantique), les 30 millions d’euros d’investissements prévus en 2024-2025 dans l’usine Saunier Duval ont été maintenus, mais étalés dans le temps. Une nouvelle gamme de pompes à chaleur, ainsi qu’une nouvelle ligne de production et une nouvelle ligne de peinture ont été lancés fin 2024, mais les effectifs ont été ajustés à la baisse, avec 250 postes supprimés.

Chez Intuis, qui compte six sites de production en France, les difficultés de la PAC se ressentent également. «Nous sommes un certain nombre d’industriels à avoir investi massivement sur un marché de la PAC qui était en croissance jusqu’en 2023. On avait déjà anticipé le déclin de la construction neuve, dans la mesure où nous avions réorienté une partie vers la rénovation», commente Eric Baudry. Depuis l’été 2024, les intérimaires n’ont pas été renouvelés, tandis que certains collaborateurs sont passés de la PAC résidentielle aux chauffe-eau thermodynamiques et aux PAC pour les bâtiments collectifs.

 

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